‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 79 sur 205 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

S 56. — Conversion des Fiisons i.

1* Avant le vii« siècle, le christianisme ne pénétra pas dans le nord, chez les Frisons. Les tentatives faites par les Francs n'avaient pas eu de résultats durables : le Frison haïssait le Franc, adversaire de son indépendance, et détestait également le culte de son ennemi juré. Les Bretons étaient vus de meilleur œil : Tanalogie du langage, les rapports commerciaux avaient formé entre eux une certaine liaison d'amitié. La Providence voulait se servir des apôtres bretons pour convertir et civiliser la Frise.

Persécuté en Angleterre, saint Wilfrid ^ abordait en 679 sur les côtes de la Frise et prêcha pendant un an, non sans quelque succès. Six ans plus tard, saint Wigbert arrivait, mais il récolta peu de fruits, parce que le roi Radboud (680-769) entravait l'extension du christianisme.

1. V. BEDE, HisL Ecclesiastica gentis Anglorumt III, i3; Y, 10-li. P. L., XCY. — Alcuin, Vita S, Villibrordi libri duo, P, £., CI, 693-744. — H. Alberdingk Thum, De H. Willibrordus, Amsterdam -Bruxelles, 1861. — W. HOLL, Kerkgeschiedenis van Nederland voor de Hervorming^ l'<» partie, Utrecht, 1864. — H. J. A. Connus, Algemeen overzicht der Kerkgeschiedenis van Noord-Nederland^ Utrecht, 1902. — j, A. F. Kronenburg, Neerlands Heiligen in vroeger eeuwen, 2« édit., Amsterdam. — 2. Vita Wilfridi chez Mabillon, Acta SS, Ordin, S. Ben,, saec. iv, I append., p. 676 ; Suppl. 3, p. 550 SS V

2<* L'apôtre principal des Frisons fat saint WlUîbrord. Né en 657, il entra de bonne heure dans Tordre de saint Benoît ; et, à Ripon en Angleterre, puis à Rathmelsig en Irlande, fit de rapides progrès dans la science et dans la vertu. Dans sa trente-troisième année, probablement en 691, il débarqua à Katwijk, avec onze compagnons, et se rendit de suite auprès de Pépin d'Héristal, pour lui demander aide et protection dans sa difficile entreprise. Après un voyage à Rome, où il reçut du pape Sergius P** des reliques et la mission d^apôtre, il se mit au travail. Dieu bénit l'œuvre, et la parole de Willibrord opéra en peu de temps beaucoup de conversions. Le missionnaire partit de nouveau pour Rome et, le 21 novembre 695,* fut sacré, par le même pape Sergius, archevêque des Frisons *. A son retour Willibrord s'étant fixé à Utrecht, y fonda le célèbre évêché qui a fait plus qu'on ne peut dire pour la conversion et la civilisation de la Hollande. Après avoir, tant dans les Pays-Bas qu'au dehors, immensément travaillé pour son Dieu, affermi solidement la foi, bâti des églises et des monastères, il mourut de la mort des saints, le 7 novembre 739, à Echternach dans le Luxembourg.

On compte parmi les plus célèbres disciples et compagnons de saint Willibrord, saint Suitbert (•}• 713) qui prêcha ensuite chez les Saxons^, Werenfried, les deux Ëwald et Tilman, saint Wiro, saint Plechelmus et saint Otger qui prêchèrent dans les pays de Clèves et de Gueldre, saint Adelbert et saint Engelmund ; enfin saint Wulfran venu du monastère de Fontenelle.

3® Sous la direction de saint Willibrord, puis après là mort de celui-ci, saint Boniface travailla chez les Frisons ^ ; ainsi que son célèbre disciple saint Grégoire

1. BEDE, Hist, Eccl, V, 10. — 2. BfeDE, H. E., V, 11. U Vie de Suitbert, par Marcellinus, est postérieure. — 3. S. BOBiface reçut de Charles Martel une charte de sauvegarde et quelques années plus tard il déclarait que, sans la protection et le concours des autorités franques, il lui eût été impossible de poursuivre son œuvre d'évangélisation. En retour, c'est lui qui était destiné à donner l'onction royale à Pépin le Bref.

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