ORIGINE DES ÉTATS DE L'ËGUSE
domination des Byzantins ; Rome et l'Italie furent heureuses de trouver la paix sous la protection de Justinien * , mais cette joie dura bien peu, car en 569, les Lombards envahirent le pays. A cela s*ajoutaient les nombreuses exactions des Byzantins qui, en échange des lourdes contributions qu'ils imposaient, auraient dû fournir un secours efficace contre le roi Alboin et ses successeurs. Sous le pape Jean VI (701-705), Gisulphe dévasta la Campanie, emmena beaucoup de prisonniers, et le pape dut les racheter et obtenir la paix avec Pargent de rÉglise {Apostolicis donariis) *. Quoique Jean VII (705-707) eût recouvré les patrimonia pris sur les côtes de Gènes, la situation resta critique. Rome étant toujours plus étroitement cernée par les Lombards, le pape Sisinnius (798) commença la restauration des murs de la ville.
Au lieu d'offrir du secours, Constantinople tourmentait les papes par son ingérence dans le domaine spirituel : Justinien II demanda au pape Constantin (708- 715) l'approbation des canons ' du concile In Trullo; tandis que Léon Tlsaurien (717-741) réclama l'assentiment du pape Grég^oire II (715-791) pour les destructions iconoclastes. Les deux papes répondirent par un refus ^. Les Byzantins cherchèrent à faire mourir Grégoire, envoyèrent des troupes contre Rome qui fut délivrée par Luitprand, roi des Lombards. Grégroire III (731-741) tînt ferme et la lutte avec Léon l'Isaurien continua. Les Lombards envahirent de nouveau le territoire romain (739) ; le pape réclama à Luitprand les villes prises, mais celui-ci refusa de les rendre.
2** Ainsi pressé par les Byzantins et les Lombards, Grégoire III tourna ses regards du côté des Francs et envoya une ambassade au duc d'Austrasie, Charles Martel; elle fut reçue avec honneur, mais n'obtint aucun secours ; une seconde et une troisième demande n'eurent
1. DucHESNE, Le Lih. Pontif,, I, 305 : Erat enim tota Italia gaudens, — 2. DOCBESNE, {. c, I, 383. — 3. jAFFé, 2* édit., p. 348. — 4. Jaffé, n* 9180
pas plus de succès*. Charles Martel ne voulait pas se brouiller avec Luitprand. Grégoire mourut et eut pour successeur Zacharie (741-742) dont l'influence parvint à dominer Luitprand (-f 744) et son successeur Rachis (744-749) ; mais la situation devint plus périlleuse quand Astolphe monta sur le trône des Lombards.
3** Entre temps se produisit un fait qui pour Rome et pour les Francs eut les suites les plus importantes. Depuis longtemps déjà les princes dégénérés de la dynastie mérovingienne avaient, tout en gardant le titre de roi, laissé passer toute Tautorité effective entre les mains d'une famille austrasienne, issue des Francs ripuaires, dont les membres se léguaient de père en fds la charge de maire du Palais.
En 751, les seigneurs francs se décidèrent à faire cesser cet état de choses anormal en plaçant sur le trône Pépin le Bref (741-768) à la place de l'incapable Childéric 111. Sur le conseil de saint Boniface, ils envoyèrent l'abbé de Saint-Denis et Févèque de Wurtzbourg, avec mission « d'interroger le pape Zacharie au sujet des rois qui étaient en France sans exercer \e pouvoir royal et de lui demander si cela était bon ou mauvais ». La réponse n'était pas douteuse. Saint Boniface la connaissait sans doute par avance lorsqu'il dicta la démarche de Pépin. Aux envoyés du maire, Zacharie déclara « qu'il était meilleur que celui qui avait déjà le pouvoir suprême eût aussi le titre de roi, et que cela serait plus dans l'ordre^ ».
Sur la réponse affirmative du pape^, Pépin fut élu roi par les Francs assemblés à Soissons (novembre 751).
1. jAFFi, n. 2249, 4250, 2252. — 2. Intei^ogando de regibus in Francia^ qui illis temporibus non habentes regalem potestatem^ si bene fuisset, an non. Et Zacharias Papa mandavit Pipino, ut melius esset, illum regem vocarif qui potestatem haberet, quam illum, qui sine regali potestate manebat; ut non conturbaretur ordo, per auctoritatem apostolicam jussit Pipinum regem fieri. Annal. Laurissenses^ ad an. 749. Mon. Germ.^ Script., 1, 136. Cf. Eginq., Annal., p. 137. ~ 3. Sur le jogementt cf. Georg Waitz, Deutsche Verfassungsgeschichte, t. III, p. 3u, — Jungmank, Dtssert., t. III, 113.