ORIGINE DES ÉTATS DE L'ÉGLISE
H eut bientôt roccasion de montrer au pape sa reconnaissance.
4® Astolf s'empara de Ravenna et tourna ses armes contre Rome (752). Après la mort de saint Zacharie, Etienne !•' fut élu, mais étant mort trois jours après, il n'est pas ordinairement compté'. Son successeur Etienne II (752-757) essaya vainement de fléchir le roi^ ; alors il entama pendant Thiver (752-753) des négociations avec Pépin qui s'y prêta volontiers. L'issue des pourparlers fut le voyage du pape en Gaule ^. 11 alla d'abord à Pavie demander à Astolf, au nom de l'empereur, de restituer le territoire que les Lombards venaient d'enlever à l'exarchat de Ravenne ; après avoir essuyé un refus, il passa au delà des Alpes, arriva au palais de Pontion (Champagne), le 6 janvier 754, et demanda le secours de Pépin ; ce dernier s'engagea à lui donner toute satisfaction. Le pape sacra à Saint-Denis le roi et ses deux fils qu'il nomma Patrices des Romains*. Pépin envoya jusqu'à trois fois des ambassadeurs à Astolf; puis la guerre contre les Lombards fut décidée (le l^»* mars et le 14 avril) à Braisne et Quiercy*. Astolf, assiégé dans Pavie, jura de rendre tout, mais bientôt, revenant sur sa parole, il mit le siège devant Rome. Nouvelle ambassade du pape à Pépin*; alors celui-ci franchit les Alpes, battit Astolf et l'enferma dans Pavie. Là, une ambassade de Constantinople s'efforça d'arrêter le vainqueur et de l'obliger à rendre les villes conquises : « Imperiali cederet dîtioni». Le roi refusa absolument et déclara avec serment qu'il n'avait entrepris cette expédition que par amour pour saint Pierre et afin d'obtenir la rémission de ses péchés et qu'aucun trésor au monde ne saurait le décider à frustrer l'apôtre de ce qu'il lui avait offert^. Fuldrade fut
1. DocBESNE, Lib, Pontif,, I, p. 440 et 456, note 3. — 2. Jaffé, I, S71. — 3, Jaffé, n. 3311. — ^ Marsi, XII, p. 557, donne le récit du sacre. — 6. Pas unanimement; cf. Eginhard, Vita Karoli,6. Sur ce qui fut décidé à Quiercy. voir Schnürer-Uliyi, Dm Fragmentum Fantuzzianum neu herauègegeben und krititch unterstichL Ein Beitrag zur Geschichte der Bniatehung des Kirchenstaates, Freib, Met, Studiën, III, 1906. — 6. Jaffé, n. 2335, 3336, 2327. — 7. DucHESNE, Lib. Pont., I, 453 SB.
chargé par Pépin de remettre le pape Etienne en pos session des vingt-deux villes conquises, puis, se rendant à Rome, il déposa sur la Confession de saint Pierre les clefs des villes avec un acte par lequel Pépin faisait cette donation à saint Pierre et à ses successeurs. Cet acte est perdu, mais la Vie d'btienne II fait connaître la liste des villes cédées : Ravenne et vingt et une autres ^ Cette célèbre donation de Pépin, en 756, fut l'origine des États de rÉglise.
6** Astolf mourut cette même année. Sa succession au trône était disputée par le roi précédent, Ratchis qui avait abdiqué en faveur d' Astolf, son frère, pour se faire moine au mont Cassin, et par Didier, duc de Toscane ; ce dernier se mit en rapport avec le pape Etienne, signa, en présence de Fuldrade, rengagement de rendre les villes de Faënza, Imola, Ferrare, Ancône, Osimo, Umana et Bologne, et reçut aide et secours des Romains. Etienne II écrivit des remerciements à Pépin et le pria de presser Texécution des promesses faites par Didier^; celui-ci, devenu roi des Lombards (757-774), ne tint qu'en partie ses engagements. A Etienne succéda Paul I®' (757-767) qui ne devait que trop constater l'infidélité du roi. A cela, s'ajoutait la crainte continuelle de voir les Grecs et les Lombards former une alliance politique, ou de voir la fureur iconoclaste se répandre en Gaule. Paul mourut en 767 ; et, quand il fallut le remplacer, le duc de Népi et le roi des Lombards présentèrent deux antipapes : Constantin II (767-768) et Philippe (768) ; au milieu des troubles, les Romains élurent Etienne III (768-772) qui se recommanda à Charles et à Carloman montés sur le trône de Pépin en 768^. La situation des papes devint très critique lorsque, en 770, Charles choisit pour épouse Désirée, fille du roi des Lombards ; mais les bons rapports entre les deux princes alliés ne furent pas de longue durée, puisque Charles la renvoya dès 771 chez son père*.
1. DucHESNE, Lih, Pont, I, 454. — 2. Jaffé, n. 2335. — 3. JàFFÉ, n. 3380. — 4. Sur les raisons de cette répudiation, cf. Hergenrötber-Kirsgh, Kirchengeschichte, Frib.-en-Br., 1904, p. 71 ss.