‹ Manuel d'histoire ecclésiastique;Chapitre 98 sur 205 · LE COLLÈGE DES CARDINAUX · texte numérisé non relu

LE COLLÈGE DES CARDINAUX

Rome, une position fixe ne portèrent pas le nom de cardinal-prêtre, mais il fut donné seulement au premier de chaque titre, et le nom de cardinalis eut dès lors le sens de principalis.

2® Pour le soin des pauvres, les papes divisèrent Rome en sept régions et établirent pour chacune un diacre qui dirigeait l'hospice et Téglise y attenante. Leur dénomination : diacre de TÉglise romaine indiquait en même temps qu'ils devaient assister le pape dans les offices religieux; bientôt ces diacres formèrent un haut clergé, et devinrent cardinaux-diacres. Adrien I" (772-795) en porta le nombre à 18, ce qui resta jusqu'au xvi« siècle *.

3* Depuis les temps anciens, les évêques des petits diocèses aux environs de Rome {sièges suburbicaires) étaient en très étroites relations avec le pape ; à mesure que s'étendait la primauté et qu'augmentait le nombre des affaires, ils étaient plus souvent appelés à aider aux fonctions ecclésiastiques et surtout épiscopales. Etienne III (768-772) présuppose déjà leur installation au Latran. Si les prêtres des 28 titres et les diacres des régions furent nommés cardinaux à cause de leur participation aux offices religieux célébrés par le pape, il va de soi que les représentants du souverain pontife au Latran durent porter le nom de cardinaux-£ vêques. Us étaient alors au nombre de 7, et les évêchés étaient : Ostiey Albano, Porto, SiWa Candida ou Sainte^Rufîne, Sabine, Préneste ou Palestrine, Tusculum ou Frascati, Calixte II (1119-1124) réunit Sainte-Rufine à Porto.

La haute importance des cardinaux dans le clergé de Rome date surtout du règne de Nicolas II (1058-1061) qui remit entre leurs mains l'élection des papes. Au XIII' siècle, ils ont déjà le pas sur les archevêques et les patriarches; leur nomination et leur déposition appartiennent au pape seul. Leur nombre a varié selon les temps. Dès le xii« siècle, il y eut des cardinaux résidant

1. On voit mentionner aussi parfois des cardinaux-sous^diacres (Jaffé, n. 4336, 4337, 4338, 4346).

hors de Rome. Le collège des cardinaux formait le conseil des papes et avait une grande part dans Fadministration des États pontificaux et de toute l'Église, surtout pendant la vacance du siège apostolique. Innocent lY (1243-1254) donna le chapeau rouge aux cardinaux du clergé séculier; à ceux du clergé régulier, il fut donné seulement par Grégoire XIII (1572-85); plus tard on ajouta le manteau de pourpre et, par ime faveur d'Urbain VIII (1630), le titre d'éminence. En 1289, les cardinaux reçurent des revenus personnels qu'ils administrèrent eux-mêmes; bientôt ils eurent en partage la moitié du revenu de l'Église de Rome, ce qu'on nommait serntia communia^ census, et le casuel provenant des dispenses, etc.

4** La plupart des fonctions principales étaient exercées par les cardinaux, mais il y avait encore dans le palais pontifical ou curie, les camerlingues [cubicularii)y les judices palatinij le trésorier (aerarius), le sacellariusy les employés des archives (scriniarn), le maître du sacré palais [ncedominus) et le vestiarius. Plus tard, la curie fut notablement modifiée. La publication des sentences papales passa du primicier^ ou premier des notaires, au bibliothécaire (ix* siècle); puis au chancelier (xi® siècle), qui fut plus tard vice-chancelier. Les affaires qui devaient être étudiées à fond furent confiées à un collège de jurisconsultes [auditores). Au xiii^ siècle seulement, il sortit de ce collège l'institution fixe du tribunal de la i^ote ^ .

S 67. — Les Métropolitains. Les décrétales du peudo- Isidore. Organisation des évêchés^.

1<^ Le pouvoir des métropolitains se développa en

1. Tüb. Quarlalschrift, t. LXXVH, p. 97 ss. — 2. Phillips, Kirchenrechtj t. IV, p. 61 ss. — Thomassin, Vêtus et nov. Ecclesiae discipl., t. I, 1. 2, c. 6 ss. ; 1. % c. 21 ss. — S&GMÜLLER, Entwickiung des Archipresbyterates und Dekanates, Tübingae, 1898. — Imbart de la Tour, Les élections épiscopales dans VÈglise de France (814-1150), Paris, 1891 ; Les paroisses ru-

LES METROPOLITAINS. 343

Occident jusqu'au vni^ et au ix® siècle. D'après Hincmar de Reims, ils examinaient, confirmaient et consacraient les nouveaux évêques; convocpiaient et présidaient les synodes, instituaient les administrateurs des sièges épiscopaux vacants ; exerçaient le pouvoir judiciaire sur leurs suffragants, surveillaient toute la province ecclésiastique et rappelaient à l'ordre les évêques qui s'écartaient du devoir. Depuis le milieu du viii® siècle, le titre d'archevêque remplaça celui de métropolitain, bien que la signification de ce dernier fût plus étendue : l'histoire de saint Willibrord et de saint Boniface nous le prouve, car tous deux portèrent le titre d'archevêques quoique le premier n'ait jamais eu de suffragants et que le dernier n'en ait eu que bien tard. Les évêques de Metz portaient le nom d'archevêques non parce qu'ils avaient des suffragants, mais parce qu'ils possédaient le pallium. Depuis que saint Boniface, dans le concile national franc (747), eut fait accepter le canon qui obligeait le métropolitain à demander \q pallium à Rome ^ l'usage établit que le métropolitain n'exerçât pas sa juridiction avant la réception An pallium. Le nom Aesuffragani n'apparaît que vers la fin du vin® siècle.

Sous les derniers Carolingiens, le pouvoir des métropolitains diminua beaucoup : la première cause fut probablement le partage réitéré de l'empire, par suite duquel maint suffragant se trouva séparé de son métropotitain sous le rapport politique et aussi par suite quant à la juridiction ; ce fut plus encore peut-être en raison de la sévérité avec laquelle certains métropolitains jugeaient et condamnaient, sans les entendre, leurs évêques suffragants. Rien d'étonnant qu'on en appelât facilement à Rome. Déplus les métropolitains, en Allemagne surtout, s'occupaient beaucoup trop de politique, négligeaient les synodes et vivaient plus en princes qu'en évêques.

raies de l'ancienne France^ Paris, 1901. — S. Zorell, Entwicklung des Parochialsy stems bis zum Ende der Karolingerzeit^ Heidelberg, 1901. — Lesne, La Hiérarchie episcopale. Provinces, métropolitains, primats en Gaule et en Germanie (742-882), Paris, 490Ö. — 1. Hefele, ni, 553-554.

2"^ Saivant quelques-uns, les dé.cr étales du pseudo- Isidore^ avaient pour but d'affaiblir Tautorité des métropolitains; il est difficile de nier qu'elles y ont beaucoup contribué, mais on ne voit pas suffisamment que telle ait été Tintention de leur auteur ; cependant les critiques sont divisés sur ce point. Qu'il ait voulu rehausser les droits de primauté du pape, c'est ce que nient ceux qui connaissent le mieux l'ouvrage, même les protestants Hinschius et Richter. Le pseudo-Isidore passe sous silence un bon nombre de droits alors déjà exercés par les papes, tels que : la remise du pallium et les translations d'évêques; l'autorité des métropolitains est maintenue et la réunion des synodes imposée. Le peu d'opposition que rencontra ce recueil prouve bien qu'il n'innovait pas ou presque pas : les décrétales supposées sont rédigées d'après des données connues pour la plupart, tirées des Pères et des écrivains ecclésiastiques. Quoique le recueil n'ait jamais été en usage en Espagne, le droit ecclésiastique était dans ce pays le même que partout ailleurs. C'est donc une grossière exagération de croire que le pseudo-Isidore a voulu établir un droit nouveau. Innocent I*'' (401-417) réclamait déjà pour le saint siège le jugement des causes majeures^. Et pour la déposition des évêques, on en appelait au pape dès le IV* siècle. Les décisions des conciles provinciaux étaient transmises aux papes dès le temps de saint Cyprien et plus tard de Jules P% Innocent P"* et Zosime. Du reste, les décrétales n'établirent pas cet usage d'une manière permanente; mais le pseudo-Isidore eut une réelle influence sur la généralisation des usages déjà existants.

1. p. FouRNiER, Études sur les fausses Décrétales^ Louvain, 1907. — Cf. Rev, d'hist, ecclés., 4906-1907. — Anal, Boll., t. XIX, p. 53-53. — Décrétales Pseudo-Isidoriani et capitula Angilramnij éd. Hinschius, Leipzig, 1863. — La coUection apparaît d'abord dans la province de Tours, et probablement dans le diocèse du Mans, cf. VUniversité catholique^ Lyon, 1899, p. 626; d'autres assignent la province de Reims comme lieu d'origine. — 2. « Majores causas ad sedem apostolicam post judicium episcopale referendas ease^ Jàffé, I, 286.

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