‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 20 sur 95 · ELOQUENCE · texte numérisé non relu

ELOQUENCE

APERQU DB L'HISTOIRE DE L'ÉLOQUENOE OCHEZ LES GRKOS, LES ROMAINS ET LES FRANÇAIS. (1)

APERQU DE L’HISTOIRE DE L'ÉLOQUENCE CHEZ LES GRECS. — L’éloquence se développa de bonne heure dans les Etats grecs où tout se traitait par la parole. Les Solon, les Pisistrate, les Thémistocle, furent d’habiles orateurs avant que les règles de l’éloquence eussent été données par les premiers rhéteurs. L'’éloquence de ces hommes d’Etat ne nous est connue que par ses résultats politiques ; nous n’avons le texte d’aucun de leurs discours. Pendant l’époque brillante qui s’ouvre avec Périclès et se ferme avec Démosthène, les dangers que court l’indépendance de la Grèce et le patriotisme de ses orateurs sont les ressorts de l’éloquence, qui äatteint alors sa perfection. Après la mort d'Alexandre, la ruine de la liberté et la chute de l’indépendance font succéder la déclamation à l’éloquence. La tribune politique d'Athènes est muette, et la parole déclamatoire de la Grèce dégénérée retentit surtout dans les écoles des rhéteurs. La propagation du chris. tianisme arrêta cette décadence et devint la cause et le signal du réveil de la véritable éloquence. Les orateurs chrétiens défendirent contre les calomnies des païens et des philosophes la doctrine enseignée au monde par le divin Législateur. L'’éloquence chrétienne s'éleva graduellement et les Pères de l'Eglise grecque, au quatrième siècle, rivaux par le génie des orateurs profanes de l'antiquité, eurent sur ceux-ci l'avantage de proclamer les vérités impérissables du christianisme. ;

APERQU DE L’HISTOIRE DE L'ELOQUENCE CHEZ LES ROMAINS. —Dans Rome républicaine, l’éloquence fut une puissance avant d’être un art ; elle se développa naturellement au sénat, au forum, dans les camps. La nécessité de haranguer pour convaincre et pour émouvoir fit du don de la parole la condition du succès dans l'administration des alaires et dans le commandement des armées. L'art perfectionna plus

(1) Avant d'aborder l'étude des principaux genres d’éloquence, nous donnons, comme nous l'avons fait pour la sie, un aperçu général de l’histoire de l’éloquence dans chacune des trois littératures.

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tard le talent naturel de la parole, lorsque la Grèce envoya ses rhéteurs aux Romains. L'éloquence romaine attéiguit son plus haut point de perfection dans les œuvres de Cicéron. Après le grand orateur, l’éloquence politique se réfugia dans l'enceinte du sénat, où elle ne produisit guère que des harangues officielles, pâle reflet de l'éloquence animée de la place publi ue. Le barreau continua d'illustrer et d’enrichir l'élite de la jeunesse romaine sortie des écoles des rhéteurs et des jurisconsultes, mais il*ne légua aucun monument à l’histoire. L’art de bien dire était tombé dans la déclamation et dans la frivolité, lorsque, dans tout l'Occident romain, les apologistes chrétiens lui rendirent son caractère sérieux et le ramepèrent au mouvement qui caractérise la haute éloquence. Dès le deuxième siècle l’éloquence chrétienne commença à jeter un vif éclk:' pour arriver à son apogée sous les Pères du quatrième siècle. Après la chute de la littérature latine, elle eut encore d’illustres interprètes ; elle ne s’éteignit, à proprement parler, qu'après avoir exhalé, par la bour de saint Bernard, de derniers et sublimes accents (XIIe siècle).

APERÇU DE L'HISTOIRE DE L'ÉLOQUENCE COCHEZ LES FRAN- ÇAIs.— L’éloquence française compte peu de monuments avant le dix-septième siècle. Cependant il y a déjà, avant cette époque, de bons orateurs dans tous les genres, dans la chaire, à la tribune politique (1), au barreau, à l’Académie (2). Au seizième siècle surtout l’éloquence se développe en participant au mouvement de la Renaissance et par un effet des luttes occasionnées par la prétendue Réforme protestante. Au dix-septième siècle, la grande éloquence sacrée brille d’un incomparable éclat qui s’atfaiblit sous les successeurs des Bossuet, des Bourdaloue, des Fénelon et des Massillon. Le dixhuitième siècle nous montre la décadence de l’éloquence de la chaire, mais le barreau et l’Académie fournissent des orateurs distingués, et la grande crise sociale qui éclate à la fin de ce siècle donne enfin à la France de véritables orateurs politiques.

(1) Dans les assemblées des états généraux.

(2) Le genre académique est particulier à la France,

ÉLOQUENCE DU BARRFAU 71

Eloquence du Barreau.

On range sous ce titre non-seulernent les plaidoyers et tous les discours prononcés par les avocats et les magistrats. dans l'exercice de leurs fonctions, ou sur les matières de leur état, mais encore tout discours adressé directement ou indirectemeut à une assemblée faisant office de tribunal.

Littérature grecque.

L’éloquence judiciaire grecque se trouve presque toute entière à Athènes. Les mouvements éloquents étaient interdits à ceux qui parlaient devant l’Aréopage, tribunal le plus élevé d'Athènes, qui jugeait au criminel ; il y avait plus de liberté devant les Prytanes, juges particuliers devant lesquels se plaidaient les causes qui n'étaient pas capitales ; mais c'était surtout dans l’ Agora, c’est-à-dire dans la place publique où s’assemblait le peuple, et où l’on discutait sur les lois comme sur les grands intérêts de la nation, que l’éloquence pouvait se déployer à son aise.

ANTIPHON, qui, le premier, enseigna l'application de l'art de parler aux affaires du barreau, a laissé quinze plaidoyers composés pour la défense de

citoyens accusés d’homicide,

Lysias avait écrit un nombre considérable de discours ; il nous en reste trente-trois qui appartiennent au genre judiciaire,

IsÉE a laissé onze discours qui sont des actions judi-

__ ciaires relatives à des affaires du succession.

LyouRGUE (l’orateur) n’a laissé, comme monument de son éloquence, qu’un discours contre Léocrate.

DiNARQUE à laissé quatre discours qui témoignent de son goût pour l'accusation ; l’un d'eux est dirigé contre Démosthène.

Esouine nous a légué trois discours qui se rattachent à la lutte qu’il soutint contre Démosthè- .ne : le discours contre Timarque ; une À puloyie de sa conduite dans l'affaire de l'ambassade auprès de Philippe de Macédoine ; et le discours contre Ctésiphon ou plutôt contre Démos thène dans l'affaire de la couronne, Les an:

ciens nommaient ces trois discours les Grâces d’'Eschine.

DÉMOsTHÈNE (1) a laissé, dans le genre judiciaire, quarante-deux discours dont plusieurs se rattachent à la politique. On doit citer parmi ces œuvres oratoires le célèbre Discours pour la Couronne, les Discours contre Androtion, contre Midias, etc ; la foudroyante invective contre Eschine, au sujet de l'Ambassade ; Ze Discours contre ses tuteurs, etc.

Après que l'influence ou la domination macédonienne se fut établie sur toute la Grèce, Athènes continua d’être la ville des beaux discours, des disputes et des plaidoiries. Mais il semble que l’éloquence judiciaire tirât tout son éclat des inspirations et des passions politiques ; elle ne nous a laissé aucun monument depuis cette époque jusqu'à la fin de l’Empire romain. Une foule de noms seulement ont survécu, ce sont ceux de déclamatenrs ou de rhéteurs qui brillaient à la fois duns l’école et au barreau, On ne trouve donc point chez les Grecs de l’époque romaine les traces de l’éloquence judiciaire, et le meilleur titre des déclamateurs que la Grèce vit apparaître dès le commencement de sa décadence, c’est qu’ils contribuèrent à former les premiers orateurs de Rome.

(1) Nous reproduisons dans tout ce passage, en y ajoutant quelques détails spé .aux, ce qui a été dit des orateurs attiques, p. 8.

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