DÉMOSTHÈNE
il triompha des défauts naturels qui semblaient lui interdire l’accès de la tribune. A l’âge de vingt-cinq ans, il était maître de tous les secrets de l’action oratoire. Il devina les projets ambitieux de Philippe de Macédoine, et lutta pendant quinze ans contre l'oppresseur de sa patrie. Après le désastre de Chéronée, il triompha d’Eschine dans l'affaire de la couronne. Il se prononça contre Alexandre avec la même véhémence que contre Philippe. Banni à la suite d’une accusation de vénalité, il revint à Athènes après la mort du vainqueur de l’Asie. Il souleva de nouveau la Grèce contre la Macédoine et fomanta la guerre contre Antipater. Mais Athènes succomba encore dans la lutte et Démosthène se réfugia dans l’île de Calaurie (mer Egée) où il se donna la mort par le poisor, l’an 322 av. J.-C.
PRINCIPAUX OUVRAGES.—I1 existe de Démosthène soixante et un discours, soixante-cinq exordes ou introductions que l’orateur avait composés pour s’en servir à l’occasion, et six /ettres qu'il écrivit au peuple d'Athènes pendant son exil.
APPRÉCIATION GÉNÉRALE.--Démosthène est le plus grand orateur de la Grèce, et, suivant beaucoup de critiques, le premier orateur de l'antiquité. Toute sa gloire est renfermée dans son éloquence judiciaire et politique. Il n'était qu’orateur ; mais aucun homme peut-être n’a mieux soutenu ce grand titre, et toute la science de la parole, tout l'empire que dans les républiques anciennes la voix d’un citoyen exerçait.
130 TROISIÈME OATÉGORIE
sur un peuple, nous es révélé dans ses ouvrages qui sont des monuments de style et de génie.
Analyse.—Les discours de Démosthène se partagent ainsi : deux appartiennent au genre démonstratif, l’un est l’Æloge des Athéniens morts à Chéronée ; douze sont du genre judiciaire se rattachant à la politique, entre autres le Discours pour la Couronne, la foudroyante invective contre Eschine au sujet de l'Ambassade, les discours contre Leptine, Androtion, Timocrate, Midias, ete. ; trente sont relatifs à des affaires privées, entre autres le Discours contre ses tuteurs ; enfin dix-sept appartiennent au genre délibératif, entre autres les Olynthiennes et les Philippiques proprement dites (1).
Les Philippiques, monuments immortels de la vigilance patriotique de Démosthène, forment l’ensemble de la grande accusation intentée par le citoyen d'Athènes contre un monarque perfide et conquérant.
Le Discours pour la couronne est le chef-d'œuvre de l’éloquence attique. Après la destruction de Thèbes, lorsque toute la Grèce était soumise :, Alexandre, Eschine reprit une accusation qu’il avait tentée huit ans auparavant, à l’occasion d’un décret pe lequel Ctésiphon proposait de décerner une couronne d’or à Déiuorthène. La célébrité des orateurs attira dans Athènes un jin:aense concours On vint de toute la Grèce pour assister à ce combat d'éloquence et de génie. Eschine attaqua le décret comme illégal et peignit des plus noires couleurs la conuuite politique et privée de son rival. Ce discours produisit une profonde impression, mais déjà Démosthène avait paru à latribune. Attaqué de toutes
(1) Les Philippiques sont au nombre de‘onse. Ces harangues comprennent les quatre Philippiques proprement dites, et sept autres qui ont des noms spéciaux : les trois Olynthiennes, les Discours de la Aa de !’ Halonèse, de la Chersonèse, la Réponse à la lettre de Phiippe.
Ed