‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 42 sur 95 · DÉMOSTHÈNE · texte numérisé non relu

DÉMOSTHÈNE

parts, frappé dans toutes les actions de sa vie, calomnié dans toutes ses pensées, le grand orateur revient d'abord sur les coups qu'on lui porte et raconte à son tour sa conduite politique, il confond sa cause avec celle d'Athènes et retourne l'aceusution contre son adversaire. Démosthène est sorti triomphant de ce grand duel oratoire, et la postérité a ratifié le jugement du peuple d'Athènes (1).

Critique.—Le principal caractère de l’éloquence de Démosthène, c’est une brièveté rapide, jointe à une abondance d'arguments pleins de force. La verve, la précision, le bon sens sont les principales qualités de ses harangues ; il sait descendre à une familiarité énergique, relevée par des images entraînantes et remouter à la plus haute éloquence par une transition savamment ménagée. Son style excelle surtout par le naturel, par la force et par la concision. Sa véhémence réveille les passions, il faut le suivre et marcher avec lui ; le mouvement, l’action se font sentir dans tous ses discours et frappent d’autant plus que l’art du style reste caché. Tous les anciens ont reproché à Démosthène des plaisanteries lourdes et froides et quelques expressions violentes et bizarres ; il possède au plus haut dégré le pathétique véhément, mais il paraît entièrement privé du pathétique attendrissant, du pouvoir de faire couler les larmes.

JUGEMENTS DIVERS.—Cicéron décerne à Démosthène la palme de l’éloquence et déclare qu’en tout il est le premier.

(1) Eschine, exilé d'Athènes à la suite de ce procès, ouvrit un cours d’éloquence à Rhodes. Il débuta, dit-on, par la lecture de son plaidoyer contre son rival : aussitô: les applaudissements éclatèrent. Et comme on s’étonnait qu'avec un pareil chef-d'œuvre il n’eût pas vaincu : ‘‘Attendez”, dit-il, et il lut le discours de démosthène : les applaudissements redoublèrent. Alors lschine s’écria : ‘‘ Que serait-ce donc, si vous aviez entondu rugir le monstre lui-même |’?

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Longin, parlant de la véhémence de l'orateur grec, dit: ‘4 11 est plus facile de regarder d’un œil indifférent les foudres tombant du ciel, que de n’être pas ému des passions violentes qui partout éclatent dans ses ouvrages.?”

Quintilien le rappelle sans cesse à ses contemporains comme le modèle de cette beauté sévère, si supérieure aux frivoles parures de l’affectation.

Denys d'Halicarnace dit : “ Démoathène a traïsporté dans ses harangues politiques plusieurs des qualités de Thucydide ; ces traits rapides et pénétrants, cette Âpreté, cette amertume, cette véhémence qui réveille les passions ; mais il n’a pas imité les formes se et inusitées qu'il ne jugeait pas convenables à l'éloquence sérieuse de la tribune. Il n’a jamais recherché les figures inexactes et peu suivies, les tours hasardés ; il s’est tenu dans la simplicité du langage habituel, qu'il orne et anime par des métaphores, n’sxprimant presque jamais sa pensée sans images.”

Villemain a caractérisé comme suit l’éloquence de l’orateur grec : ‘* La précision de Démosthène n’ôte jamais rien aux développements, aux tableaux, aux effets de l’éloquence : autrement serait-il grand orateur ? Mais la première vertu de son style, c’est le mouvement ; voilà ce qui le faisait triompher à la tribune ; il fallait le suivre et marcher avec lui: à deux milie ans de Philippe et de la liberté, ses paroles entratnent encore. La diction est soignée, énergique, familière ; les bienséances, adroites et nobles ; le raisonnement, d’une force incomparuble ; mais c’est le discours entier qui est animé d’une vie intérieure et poussé d’un snuitle impétueux. Au milien de cettc véhémence, on doit être frappé de la raison supérieure ct des connaissances politiques de l'orateur. Ses discours, pleins de verve et de feu, renferment les instructions les plus saluiaires sur les détails dn gouvernement et de la guerre. L'orateur ne déclame jamais dans un sujet où la déclamation pouvait paraître éloquente. Il expose une entreprise de Philippe, en montre les moyens, les obstacles, les dangers ; il peint la langueur des Athèniens, il les conjure de faire un grand effort, il les instruit de leurs ressources, il leur compose une armée, il leur trace un plan de campagne : une courte harangue lui a suffi pour tout dire. Cette précision de langage et cette plénitude de sens appartiennent à un véritable homme d'Etat ; le grand orateur a l’art d’y joindre la clarté et la popularité du langage.” +

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