SALLUSTE
ces qualités justifient à mes yeux l'expression de Tacite : Summus aucturum divus Julius. Son style est l’image de son caractère : tandis qu'il renfermait au dedans les passions les plus violentes, à l'extérieur il semblait, comme les dieux, élevé au-dessus de toutes les passions, et rien ne paraissait assez grand pour que l'âme de César pût s’en émouvoir.”
M. Géruzez dit : ‘‘ la clarté, la rapidité, l’héroïque simplicité de la narration, l'exactitude des détails stratégiques font de ces mémoires le plus précieux monument de l’histoire romaine. Il a fallu, pour qu'on eût quelque chose à comparer aux Commentaires de César, que le plus grand capitaine des temps modernes dictât à son tour le récit de ses campagnes d'Italie. Le même génie à reproduit le même style. (1).”
Salluste.
Norice.—-Salluste naquit à Amiternum, dans le pays des Sabins, l’an 86 av. J.-C. Il mena d’abord à Rome une vie désordonnée, devint questeur et tribun du peuple. Exclu du sénat à cause de sa conduite infâme, il s’attacha à César dont le crédit lui permit de reprendre la questure et qui le nomma proconsul de Numidie. Ils’enrichit par ses exactions dans cette province, et, à son retour à Rome, il se livra aux lettres dans un palais environné de beaux jardins
qu'il s'était fait construire sur le Quirinal. Il mourut l'an 35 av. J.-C.
PRINOIPAUX OUVRAGES.—Salluste avait composé dans sa retraite une Aistoire romaine depuis Sylla jusqu’à la conjuration de Catilina Nous en possédons encore des fragments considérables, surtout de
(1) On sait que les Commentaires étaient la lecture habituelle de Henri ue sultan Sélim, du grand Condé etde Napoléon. La vie de César «
écrite par Suéton Plutarque et, de nos jours, Lemartine et par Napoléon III. ri 7
nier mani mnt aprem sais mere mmmaer me
magnifiques discours, mais le corps de l'ouvrage est perdu. Il nous reste de Salluste deux ouvrages entiers : la Guerre de Jugurtha et la Conjuration de Catilina. On lui attribue aussi des Lettres à César qui ne sont vraisemblablement pas de lui.
APPRÉCIATION GÉNÉRALE.—Salluste mérite d'être placé au rang des premiers histor‘-"s de l'antiquité.
Analyse.—Dans la Guerre de sugurtha, le meilleur de ses ouvrages, Salluste nous fait assister au duel terrible qui eut lieu entre Rome et le roi de Numidie. On y voit se dérouler comme dans un drame la description des batailles, le portrait des généraux romains, le caractère de Jugurtha, ses ruses secrètes, puis l'ambition naissante de Marius et son élévation au consulat. Dans la Conjuration de Catilina on voit la décadence de l’empire romain retracée dans la peinture énergique des mœurs de cette jeunesse romaine qui, corrompue par le luxe, convoitant toutes les jouissances, n'ayant aucune foi dans les choses divines, méprisant ses aïeux, fatiguée du souvenir de leur gloire, se précipitait dans les désordres les plus extrêmes pour satisfaire ses passions insatiables,
Critique. —Imitateur de Thucydide, Salluste se distingue par la vigueur de son style, par la concisition éloquente de ses discours et par la peinture énergique de ses portraits. Il est quelquefois obscur à force de brièveté et on lui a reproché avec raison l'emploi affecté d'expressions vieillies. La critique
nciture scur ison que