TACITE
On lui reproche d’avoir accueilli avec trop de facilité des faits merveilleux, mais il ne les admet que comme traditions accréditées et à titre d'ornement. On lui reproche aussi sa partialité en faveur des Romains, mais c'est ce sentiment qui fait l’unité de son œuvre, et luia donné l'ardeur nécessaire pour accomplir cet immense travail (Géruzez) (1).
JUGEMENTS DIVERS. — Suétone nous apprend que Caliguls comprit dans la même haine Homère, Virgile et Tite-Livre, gs appelait verbeux, et qu'il entreprit de bannir de toutes es bibliothèques leurs écrits et leurs images. Ce fait expliquerait la perte d’une partie des œuvres de l’historien romain.
Quintilien compare Tite-Live à Hérodote ; il trouve son goût si pure et si parfait qu'il le place à côté de Cicéron, en indiquant ces deux écrivains comme ceux qu'il faut mettre de préférence entre les mains des jeunes gens.
Harpe dit ‘‘ que le génie de Tite-Live, sans jamais laisser voir le travaille ni l'effort, paraît s'élever naturellement jusqu'à la grandeur romaine. ”
L'abbé Crampon dit que ‘le monument élevé par Tite- Live à la gloire de sa patrie, reste, quoique mutilé, un des Sr beaux modèles historiques que nous ait légué l’antiquité.
ite-Live se montre à la fois grand peintre et grand orateur.
Le principal défaut de son ouvrage, c’est l'exagération de la grandeur romaine. ” (2)
Tacite. 64. 154 Norioz.— Tacite naquit vraisemblablement à Intéramne (aujourd’hui Terni) en Ombrie, vers l’an 54 ap. J.-C., c'est-à-dire, si cette date est exacte, l’année
(1) Pollion lui adresse le reproche de patavinité, On a dit, non sans vraisemblance, que ce grief porte sur les opinions de ‘lite-Live, resté fidèle au souvenir de la république et à la mémoire de Pompée, qui conservait encore, sous Auguste, de nombreux partisans à Padoue.
(2) On lira avec fruit l'appréciation de Tite-Live par le P. Broeck-
scrt dans son Histoire de la littérature. Tite-Live, comme Salluste, a 4 traduit dans toutes les iangues.
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même de l’avénement de Néron, ‘“ comme le remords à la suite du crime,” dit Châteaubriand. Il parut d’abord avec éclat au barreau de Rome. Il épousa la fille d’Agricola. Successivement questeur, édile et préteur, il fut sans doute envoyé dans quelques provinces avec le titre de propréteur ; il revint, vers la fin du règne de Domitien, à Rome où il plaida avec Pline le Jeune, son ami, la cause de la province d’Afrique. On ne sait rien de la vie de Tacite depuis cette époque ; on ignore même la date précise de sa mort que l’on place vers l’an 134 ou 135 ap. J.-C,
PRINOIPAUX OUVRAGES.—Nous ne possédons qu’une partie des écrits de Tacite. Il ne subsiste rien de son panégyrique de Virginius, ni de son discours contre le proconsul Priscus, ni de ses autres plaidoiries, ni de ses poésies, ni d’un livre de facéties qu’on lui attribue. Mais on a le Dialogue sur les orateurs, qui lui a été longtemps contesté, et quatre ouvrages historiques qui sont ses titres de gloire devant la postérité, Deux sont complets : la Vie d’4gricola et les Mœurs des Germains, les deux autres : les Histoires et les Annales sont mutilés.
APPRÉCIATION GÉNÉRALE.—Tacite dont les ouvrages ont donné lieu à bien des jugements (1), est généralement considéré comme l’un des historiens les plus éloquents et les plus profonds de l'antiquité.
Analyse.—19 La Vie d'Agricola est un modèle d’éloge historique. Ce livre, tout en remplissant un
(1) Voir plus loin les JUGEMENTS Divans.
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pieux devoir à l'égard de l’illustre victime de Domitien, raconte l’histoire et la conquête de la Grande- Bretagne. Il contient de vives peintures et d'éloquents discours : il offre l’expression, toujours noble et vraie, des sentiments les plus fiers et des affections les plus tendres. 20 Les Mœurs des Germains sont à la fois une étude politique sur ces peuples du Nord, une étude philosophique sur leurs mœurs et un trait de géographie. Ce livre est pour l'empire romain un triste reproche et un terrible avertissement ; quelques critiques l’ont considéré comme une satire indirecte, mais énergiques des mœurs romaines. 30 Les Annales étaient composées de seize livres. Tacite racontait dans cet ouvrage les événements qui se succédèrent depuis la mort d'Auguste jusqu’à cellé de Néron : les livres qui nous sont parvenus contiennent seulement le règne de Tibère, la fin du règne de Claude et le commencement du règne de Néron. 4 Les Histoires comprenaient, en vingt livres, les temps écoulés depuis la mort de Néron, jusqu'à Nerva. Il n’en reste que les quatre premiers livres et le commencement du cinquième (1).
Critique.—Les écrits de Tacite ont la majestueuse tristesse d’un drame raconté par un témoin. Moraliste profond, il a une grande force de pensée et d’expression. Il peint ce qu’il raconte avec la plus saisissante vigueur de touche, et flétrit avec l'accent de l’in-
(1) Tacite avait résolu de compléter ces deux grands ouvrages, en outant à l’un l’histoire d'Auguste, et à l’autre celle de Nerva et de rajan, on ne sait s’il exécuta ce projet .
154 TROISIÈME OATÉGORIE
dignation la tyrannie des mauvais empereurs, et la bassesse de leurs courtisans. Son style toujours nerveux est quelquefois concis jusqu’à l'obscurité et n’est pas exempt d'incorrection ; mais, s'il a perdu quelque chose de la pureté du grand siècle, il a donné à la langue latine une énergie qu’elle n’a que chez ce grand historien (1).
JUGEMENTS DIVERS, — Peu d'écrivains ont été aussi diversement jugés que Tacite (2).
Tertullien l’accuse de mensonge, tandis que Sidoine Apollinaire et Urose louent sa bonne foi et son talent.
S. Jérôme, Sulpice-Sévère, Cassiodore et Jornandès citent avec honneur les œuvres de Tacite.
Côme de Médicis et le pape Paul III ont cherché dans ‘acite les leçons de la plus profonde politique. .
La plupart des savants du XVIe siècle ont contribué à expliquer, à répandre ou à recommander les écrits de Tacite, tunidis que quelques censeurs rigides ne trouvaient en lui qu'un auteur du second ordre.
Bossuet l'appelle ‘‘ le plus grave des historiens ” ; et Racine: ‘le plus grand peintre de l'antiquité, ” tandis que Voltaire et Rollin lui adressent beaucoup de reproches.
D’Alembert l'appelle ‘ le premier des historiens ” et d’après Montesquieu, il n’a fait que des chefs-d’œuvre ; l’académicien Thomas dit qu’il a donné à l’histoire le caractère le plus imposant.
‘ Nourri des souvenirs de la république, dit M. Géruzez, Tacite vit avec une indignation contenue les restes de l’ancienne liberté périr sous la tyrannie de Domitien. . Son indignation put s’exhaler lorsque, sous Nerva, il fut permis ‘ de penser ce qu’on voulait et de dire ce qu’on pensait. ” La contrainte qu'il avait subie trempa plus fortement son génie, et donna dans son âme une énergie nouvelle au sentiment de la
() D'Auzr-Dumssniz, Dictionnaire d'histoire et de géographie, art. Tacite.
(2) Ce sont les savants Bénédictins qui ont sauvé les œuvres de Tacite du one des temps. Le pape n X à fait réunir et imprimer une édition de tout ce qui avait été découvert de ces œuvres. Depuis ce temps il en a paru 1065 éditions dont 49 traductions fran-