‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 59 sur 95 · SAINT BERNARD · texte numérisé non relu

SAINT BERNARD

Mœurs et les devoirs des évêques et sur la Réforme des clercs. 3° Les lettres de saint Bernard, au nombre de plus de quatre cents, offrent des documeñts très précieux sur son siècle et des modèles d’éloquence dans tous les genres.

Critique —L'apôtre du XIIe siècle était naturellement éloquent ; son caractère distinctif, c'est la douceur, On sent, surtout dans les discours qu'il adresse à ses religieux, qu’il ne fait que répandre le parfum dont son âme s'est remplie auprès de Dieu. Sa pensée est nourrie des saintes Ecritures et son style, sans avoir toute la correction classique, le fait pénétrer au fond des cœurs. On trouve tour à tour dans ses œuvres l’exquise douceur du sentiment, l'énergie de l’indignation, la vigueur du raisonnement, les profondes tristesses de l’âme au spectacle des misères de l’homme, enfin l’onction, la force, la sensibilité et parfois la véhémence.

JUGEMENTS DIVERS. — Geoffroy, moine de Clairvaux, contemporain de saint Bernard, caractérise ainsi l’éloquence du saint docteur : ‘ Docte avec les savants, simple avec les simples, riche des préceptes de la sagesse et de la perfection avec les hommes spirituels, il se mettait à la portée de tous, désirant de les gagner à Jésus-Christ. Dieu l'avait heureusement doué pour calmer et persuader, et lui avait appris quand et comment il devait parler. Telle était la grâce répandue sur ses lèvres, tels le feu et la véhémence de son élocution, que sa plume elle-même, si exquise qu’elle soit, n’en a retenu ni toute la douceur ni toute la chaleur. Le miel et le lait découlaient de sa langue, et néanmoins la loi de feu était dans sa bouche. C'est pour cela que lorsqu'il parlait aux peuples de la Germanie, ces hommes, qui n’entendaient pas sa langue, étaient plus vivement émus au son de ses paroles que lorsque les interprêtes les plus habiles :eur en expliquaient le sens.”

168 TROISIÈME OATÉGORIE

fs Au milieu d’une vie si active, dit l’abbé Darras, saint Bernard trouvait encore le tempe d'écrire de nombreux ouvrages, qui ne se sentent en rien de la précipitation qu’il a dû mettre à {ès composer. Son style est vif et fleuri, ses pensées ingénieuses, son imagination brillante et féconde en allégories ; l'Écriture sainte lui était si familière, qu'il la possédait presque en entier dans sa mémoire, et qu'il en reproduisait naturellement, à chaque phrase, les idées et les expressions.”

odier dit : ‘Saint Bernard, fondateur d’un ordre religieux qui a influé entre tous sur la restauration des lettres; écrivain fécond, judicieux, poli, éloquent, plein de force et d'autorité, est regarder dans l’ordre des temps comme le dernier des Pères de l'Eglise (1). C’est un de ces rares génies que la Providence marque, d'espace en espace, pour l’exécution de ses desseins et dont l’ascendant immmense fait toutes les destinées d’un siècle. L'Eglise le reconnaît pour un grand docteur et l’histoire pour un grand homme.” .

‘6 L'habitude de saint Bernard, dit M. Géruzez, était de méditer profondément le sujet qu’il voulait traiter et de s’abandonner pour l'expression de ses pensées aux chances de l'improvisation. C’est le procédé des À te orateurs et le plus sûr moyen d’unir l'éclat à la solidité.”

Bourdaloue. ° 1682. 1704.

Norios.—-Bourdaloue naquit à Bourges en 1632. À l’âge de 16 ans, il renonça au monde et entra dans la Compagnie de Jésus. Lorsqu'il eut achevé ses études, il professa successivement les belles-lettres, la philosophie et ia théologie et fut ensuite uniquement appliqué au ministère de la prédication. Après avoir débuté dans les provinces, il fut appelé par ses supérieurs à Paris, où il prêcha pendant trente ans avec le plus éclatant succès. Envoyé en Languedoc après la révocation de l’édit de Nantes, il sut, par ses

(1) On sait que saint Alphonse de Liguori et saint François de Sales ont été déclarés Docteurs de l’ Eglise par le pape Pie IX.

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