‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 62 sur 95 · MASSILLON · texte numérisé non relu

MASSILLON

Il faut encore citer parmi les œuvres oratoires de Massillon le magnifique discours qu’il prononça à l’occasion de sa réception à l’Académie française (1). 20 Ecrits divers. Les Discours synodaux de Mas- .

‘ sillon, ses Mandements et sa paraphrase inachevée

des Psaumes sont les seuls monuments littéraires qui soient, pendant la durée de son épiscopat, tombés de sa plume élégante et facile.

Critique. —Massillon, qui succéda à Bourdaloue dans les principales chaires de ia capitale, n'avait ni la science, ni la dialectique de son prédécesseur, mais il connaissait le cœur humain et les voies qui y conduisent. Ses discours tendent moins à former de fortes convictions qu’à entraîner par de grandes émotions. Pour en venir à bout, il trace les tableaux les plus fins, il étale le style le plus harmonieux, mais il n’a pas toujours toute l’exactitude qu'exige le ministère de la parole de Dieu. Le Petit Carême est d’une élégance parfaite, mais ne va pas au fond des choses : sous ce rapport, il ne vaut pas les autres sermons de l'orateur, encore moins ses Conférences ecclésiastiques. (R. P. Broeckaert) (2).

JUGEMENTS DIVERS. — Après la prédication de l'Avent, Louis XIV adressa à Massillon, en présence de toute la cour, “les paroles suivantes : ‘* Mon père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs, j'en ai été content ; pour vous, toutes les fois que je vous entends, je suis très mécontent de moimême.”

(1) Quelques censeurs sévères reprochent à Massillon des redites et de la monotonie.

(2) On peut lire avec fruit le parallèle que l’abbé Drioux établit entre Bourdaloue et Massillon dans son Histoire de la littérature française.

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Un jour que Bourdaloue était allé entendre Massillon à Notre-Dame, il s’appliqua cette parole de saint Jean-Baptiste : Hunc oportet crescere, me autem minui. ;

Voltaire avait toujours sur sa table de travaï! :» Petit Curéme qu’il appelait ‘l’un des meilleurs modèles de l’éloquence de la prose.” Buffon en portait le même jugement dans son discours sur le Style.

La Harpe ne tarit pas en éloges, sur le talent de Massillon, qui a mérité, dit-il, d’être appelé le Racine de la chaire et le Cicéron de la France, et dans lequel ‘‘ tous les juges éclairés où: reconnu un homme du très petit nombre de ceux que la nature fit éloquents. ”

Le philosophe d’Alembert, dans son Æloge de Massillon, dit entre autres choses : ‘ Sa diction toujours facile, élégante et pure, est partout de cette simplicité noble, sans laquelle il n’y a ni bon goût, ni véritable éloquence.”

Le cardinal Maury l’upprécie dans les termes suivants : ‘ Massillon, le plus digne rival de Bourdaloue dans l’ensemble des stations soutenues et complètes de la chaire, est toujours intéressant, quoiqu'il ait rarement des traits sublimes. Mais s’il paraît trop souvent inférieur à sa renommée comme orateur, il est du moins incontestablement au premier rang

comme écrivain ; et nul de nos auteurs les plus célèbres n’a

rté l'élégance et la beauté continues du style à un plus ut degré de perfection. ” (1)

La Bruyère.

. Norioz.—Jean de la Bruyère naquit à Paris en 1645 (2). Sa vie fut studieuse et obscure. Il occupa d’abord une place de trésorier à Caen; sur la recommandation de Bossuet, il enseigna l’histoire au petitfils du grand Condé, qu'on appelait Monsieur le Duc, et passa le reste de ses jours auprès de ce prince en

(1) C’est le Petit Carême qui a ouvert à l'illustre prédicateur les portes de l’Académie.

(2) Jusqu'à nos jours on avait ignoré la date précise et le lieu de ;a naissance de La Bruyère. La date que nous citons ici est conforme aux données de 1a critique la plus récente.

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LA BRUYÈRE 175 : qualité d'homme de lettres. [1 fut reçu à l’Académie 3 en 1693 et mourut à Versailles en 1696.

yré- PRINOIPAUX OUVRAGES.— La Bruyère commença nce LT par traduire Théophraste, et, lorsqu'il l’eut traduit, cs l'idée lui vint de l’imiter. Ilintitula son livre les on, Caractères ou les mœurs de ce siècle, et ne cessa d'y cas U ajouter et de le corriger jusqu’à sa mort ; il en était e la | alors à sa neuvième édition (1).

, dit APPRÉOIATION GÉNÉRALE.—La Bruyère est un oble il servateur profond et un habile peintre de portraits. Analyse.— L'auteur nous a révélé lui-même, dans ints : ef à “ .

ser son Discours de réception à l'Académie, quels avaient .tou- été le but et le plan de son livre. “ De seize chapitres vs qui composent le livre des Caractères, il y en x rang 4 quinze, dit-il, qui, s’attachant à découvrir le faux et. En ridicule qui se rencontrent dans les objets des passions et des attachements humains, ne tendent qu’à ruiner tous les obstacles qui affaiblissent d’abord et qui éteignent ensuite dans tous les hommes la connaissance de Dieu. Ainsi, ils ne sontqu’une prépais en ration au seizième et dernier chapitre, où l’athéisme cupa est attaqué et peut-être confondu, où les preuves de COM Dieu sont apportées, où la Providence est défendue vetit- contre l’incrédulité” Le premier chapitre, qui traite Duc, des ouvrages de l'esprit, constitue un véritable traité e en de l’art d'écrire.

mé bd (1) On a aussi sous le nom de La Bryère des Dialogues sur le Quiéde ia “ tisme, ouvrage qu'il avait laissé inachevé et dont sa gloire n’a aucun forme besoin.

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