MADAME DE SÉVIGNÉ
nerveux, pathétique, également capable de réflextion et de sentiment, et doué avec avantage de cette invention qui distingue la main des maîtres et qui caractérise le génie. ”
‘6 Les Caractères de La Bruyère, dit le P. Broeckaert, attestent une grande finesse d'observation et une souplesse admirabie de style. Plusieurs portraits sont des morceaux achevés par la justesse du dessin, la délicatesse du trait et une douce
teinte d’ironie. ” Madame de Sévigné.
Norice.—Marie de Rabutin de Chantal, marquise de Sévigné, naquit en 1626 dans le château de Bourbilly en Bourgogne (1). Orpheline dès l’âge de six ans, elle fut élevée sous la tutelle de son oncle, abbé de Coulanges, qui lui fit donner une éducation dis. tinguée. Elle brilla à l'hôtel de Rambouillet, sans en prendre les travers. Après la mort de son époux, le marquis de Sévigné, elle se consacra toute entière à l'éducation de sa fille qui devint la comtesse de Grignan, et de son fils, qui ne répondit guère à ses soins. Elle mourut en. Provence en 1696, victime de son dévouement maternel, à la suite des fatigues qu’elle avait éprouvées en soignant sa fille dans une grave maladie.
PRINOIPAUX OUVRAGES. - Madame de Sévigné a laissé un volumineux recueil de Lettres.
APPRÉCIATION GÉNÉRALE.—AÀ son insu, Madame de Sévigné s’est placée au niveau des plus grands
(1) On n’est pas d'accord sur la date et le lieu de sa naissanoe. Con trairement à l’apinion qui est exprimée ici, d'autres anteurs prétendent que eos de Sévigné naquit à Paris en 1627, Elle était petite fille de sainte Françoise de Chantal, la sublime amie de saint François de Sales, fondatrice de l’ordre de là Visitation.
écrivains. Il faut la ranger, a-t-on dit avec raison, à côté de La Fontaine et de Molière, dans ce groupe
d'auteurs que l'on essaierait vainement de traduire ou d’imiter,
Analyse. (1) — Dans ses Lettres, Madame de Sévigné paraît n'avoir d'autre but que d'exprimer à sa fille ce qu’elle a de tendresse et d'affection pour elle. Mais, tout en lui répétant sans cesse ces témoignages d’attachement, elle lui parle de ce qu’elle a vu, de ce qu'elle a appris, et de tout ce qui s'est passé autour d’elle.* Elle retrace de la manière la plus agréable le tableau du grand siècle de Louis XIV ; elle en caractérise les principaux personnages, et il n’est pas possible de trouver ailleurs une connaissance aussi détaillée et aussi profonde des mœurs de la
cour, et c’est ce qui constitue leur we historique. (L'abbé Drioux).
Critique. — Les Lettres de Madame de Sévigné sont des modèles incomparables de style épistolaire, des chefs-d'œuvre de grâce, de naturel et d'élégance, formant un mélange admirable et presque inimitable de tous les tons et de tous les sentiments, un tableau pittoresque et vivant de la cour et de la ville, qui charmera toujours les esprits délicats (2).
(1) On n’analyse ici que les lettres de Madame de Sévigné à \adame de Grignan, sa fille, de 1647 à 1596 ; elles constituent presque tout le recueil et c’est à elles que l’auteur doit toute se gloire. Quelques autres lettres avaient été adressées à Bussy et à M. de Pomponne sur. le procès de Fouquet.
(2) Nous fsons remarquer ici, avec p'asieurs critiques, que Madame de Sévigné, quoique sincèrement religieuse, avait une légère teinte de jansénisme et une certaine frivolité de femme du monde qui n'excluait pas d’ailleurs un très grand bon sens.