‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 66 sur 95 · VOLTAIRE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE

croyances et les hautes aspirations dont vit l'humanité. Sa nièce, Madame Denis, semble l'avoir parfaitement caractérisé en deux mots quand elle lui écrivait : “ Vous êtes le premier homme du monde par l'intelligence et le dernier par le cœur.”

Analyse.—1° Voltaire poète. Il essaya d’abord de lutter contre Virgile et le Tasse en donnant à la France la Henriade, poème froid et sans couleur qu’il avait la vanité de regarder comme une épopée, et dont le sujet est la conquête de la couronne par Henri IV (1). Il composa des tragédies dont quelques-unes eurent du succès, entre autres Œipe, qu’il prétendit opposer aux tragédies de Sophocle et de Corneille ; Brutus qui fait voir le berceau sanglant de la république romaine, et la Mort de César, celui de l'empire qui s’éleva sur ses ruines ; Mahomet, qui retrace la fondation de l’islamisme ; Zaïre, qui reporte le spectateur à l’époque des croisades ; Alzire, qui le fait en quelque sorte assister à la conquête du Nouveau-Monde ; Mérope, dont le sujet est le rétablissement d’Egisthe sur le trône de Messène, grâce au dévouement de sa mère, etc. Voltaire échoua complètement dans la comédie ; lZz/fant prodigue et l'Indiscret firent verser des pleurs sur la scène consacrée au rire. Ilne réussit guère mieux dans ses opéras de Pandore, de Samson et du T'em-

(1) Faut-il nommer cet autre poème pseudo-épique. la Pucelle, dans lequel il souille honteusement l’une des gloires les plus pures de la France, ct montre, comme en tant d'autres occasions, que le patriotisme n'existe plus dans les cœurs corrompus et impies ?

ple de la Gloire. Il fit aussi quelques mauvaises odes et plusieurs poèmes soi-disant philosophiques, tels que les sept Discours sur l’homme, le Poème sur la loi naturelle, ete. Enfin, il composa des épiîtres, des satires, des contes et un grand nombre de poésies légères où il réussissait mieux que dans les genres élevés. — Voltaire prosateur. Dans le genre historique il a laissé l'Histoire de Charles XII, roi de Suède, œuvre un peu romanesque ; l'Histoire de l'empire de Russie sous Pierre le Grand ; le Siècle de Louis XIV, où se retrouve le tableau vivant et animé d’une grande époque ; les Annales de l'Empire (d’Almagne) œuvre pleine de mauvaise foi ; un Æssai sur les mœurs et l'esprit des nations, espèce d'histoire universelle où il s'attache à détruire le pouvoir ecclésiastique. Voltaire écrivit aussi des romans qui sont plutôt des contes en prose ; les uns ressemblent à ceux que l'Orient nous a transmis, les autres sont, en partie, des emprunts faits à la littérature anglaise. Les ouvrages philosophiques du patriarche de Ferney constituent un débordement de haine antichrétienne ; cn peut citer parmi les plus violents : la Bible commentée, les Lettres philosophiques, l'Histoire de l'établissement du christianisme, le Dictionnaire philosophique, qui n’ont d’autre but que de combattre toutes les vérités religieuses. Voltaire s’exerça aussi dans la critique littéraire ; son principal ouvrage en ce genre est intitulé Commentaires sur Corneille. Enfin ses innombrables Leitres le montrent excitant

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le zèle de ses disoiples, étendant partout les fils de la vaste conspiration ourdie contre la religion chrétienne , il y apparaît aussi vil de caractère que brillant d'esprit,

Critique.—Tout en visant à l’universalité littéraire, avec sa facilité inépuisable et sa souplesse merveilleuse, Voltaire ne s’est placé au promier rang dans aucun genre élevé. Comme poète, il a échoué dans l'épopée, et a mis dans sa Henriade plus d'histoire que de poésie ; il est resté inférieur à Corneille et à Racine dans la tragédie, et n’approche de ces deux grands maîtres que dans Mérope, Zaïre et Alzire. Avec toute sa verve railleuse, il n’a pas su faire uns comédie passable, et il n'a pas mieux réussi dans l'opéra. Ses odes sont très mauvaises, et ses épîtres, ses poèmes philosophiques et ses satires sont fort médiocres. Il n’a excellé, comme poète, que dans un seul genre, la poésie légère, et il y est souvent licencieux jusqu’à provoquer le dégoût. Sa versification est inégale et négligée. Dans la prose, son style est spirituel et vif ; mais il manque de gravité et ne sait pas être sérieux. Par la légèreté avec laquelle il traite l’histoire, il la fait descendre du haut rang qui lui appartient au rôle d’un futile passetemps. Voltaire, le coryphée du siècle qui s'est dit philosophique, n'avait aucun système en philosophie, il se bornait à une ironique négation de toute religion et de toute morale. Le roman ne fut pour lui qu'un moyen de répandre le sarcasme eur toutes les insti-

tutions divines et humaines. Enfin dans ses Lettres, il paraît tel qu'il est; il montre à nu la hideuse laideur de sa nature. (L'abbé Crampon).

JUGEMENTS DIVERS. — Le philosophe J. J, Rousseau est très sévère dans son jugement sur Voltaire : ‘* La satire, le noir mensonge et le fitélle sont ses armes, dit-il ; ce fanfaron d’impiété, cette âme basse, cet homme si vil par l'usage qu'il fait de ses talents, laissera de longs et cruels souvenirs parmi nous...”

‘6 Dans la Henriade, dit M. Nisard, on remarque l'essor de cette poésie philosophique où brillent toutes les beautés que peuvent inspirer une morale sans religion et une mataphysique sans croyance, beautés d’un ordre inférieur qui n’élèvent pas l'âme et qui ne remuent pas.”

‘ Le génie de Voltaire, dit M. Philarète Chasles, était à la fois puissant et stérile. Poète facile et brillant, il manqua d’enthousiasme ; historien, il réussit à ne pas comprendre l’histoire ; philosophe, il ne féconda pas l'esprit hnmain. Voltaire se défit de Dieu, et sa rare intelligence perdit ainsi ce qui fait l’immortalité du génie, ce qui est le génie dans sa pleine acception.” (1)

Shakespeare.

Norice. —Shakespeare (2) naquit à Stratfort-sur- Avon, dans le comté de Warwick, en 1564 et mourut dans la même ville en 1616. A l'exception de ces deux points, la biographie de l’illustre poète anglais est pleine d’incertitudes. On sait qu’il quitta Stratfort en 1586 pour chercher fortune à Londres. Arrivé dans la grande ville, il paraît qu’il occupa d’abord

(1) On peut lire une bonne appréciation dans la Vie de Voltcire par M. l'abbé Maynard et dans l'Histoire générale de l'Eglise par M. l'abbé Darras, (Histoire abrégée, tome IV.)

(2) La plupart des auteurs français écrivent Shakspeare ; on trouve dans quelques auteurs anglais Shakspere et même Shakeper. La controverse sur l’orthographe véritable de ce nom se continue encore de nos jours. ,

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