‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 75 sur 95 · LE TASSE · texte numérisé non relu

LE TASSE

paladin, qui fut l’un des quatre fils Aymon. 3° l’4minte est un drame pastoral dont les chœurs comptent parmi ies plus belles productions de la lyre italienne. 4° Les sept joure de la création sont l’œuvre d’un temps où le génie du poète était affaibli. 50 La tragédie de Torrismond, quoique remarquable par la beauté du style, est médivcre comme drame. 6° Les poésies diverses, réunies sous le nom de ÆRimes, comprennent surtout des madrigaur, des sonnets et des canzoni dont la forme élégante et riche suffirait à la gloire d’un poète ordinaire. 70 Les Dialogues philosophiques, les réfutations et apologies contre ses ennemis et ses envisux, ainsi que les Letires familières constituen' des compositions qui placent le chantre de la croisade au rang des bons prosateurs italiens.

Critique.—La Jérusalem délivrée est la première et peut-être la plus belle épopée des temps modernes. Le sujet surpasse en grandeur celui de l’Zliade et de l'Enéide. Autour de l’idée fondamentale du triomphe de la croix sur le croissant, viennent se grouper les épisodes les plus variés, et l’unité du poème est parfaite. Si les caractères ne sont pas tracés avec autant de vigueur que ceux de l’Zliade, ils sont plus élevés, ils: sont chrétiens. Godfroy et Tancrède, deux noms historiques, sont des créations admirables, Nous ne pouvons en dire autant des féeries et de tout le merveilleux, du.poème ;: nous blâmons: surtout les tableaux voluptueux qui s’y rencontrent, Quant au

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style, il a la majesté et l'agrément qui conviennent à l'épopée, mais il pèche par un certain raffinement ; le clinquant sy mêle à l'or, moins cependant que Boïleau ne le donne à entendre (R. P. Broeckaert) (1).

JUGEMENTS DIVERS. — Métastase, qui fut le Quinault de l'Italie, apprécie ainsi la Jérusalem délivrée : ‘ Cette action grande et unique, la variété des événements dont elle se compose, la we d’un style toujours pur, clair, élevé, harmonieux, le coloris si vigoureux qui brille surtout dans les comparaisons et les descriptions ; cette évidence de narration qui séduit et persuade, ces caractères si vrais, ce bel enchaînement Ges idées ; tant de science, tant de jugement et surtout cette chaleur Fimegrntion qui semble aller toujours crnissant jusqu'au but ; voilà ce qui me pénètre d’un plaisir dont je ne m'étais d'abord pas formé l’idée. . .”

Voltaire met ie Tasse au-dessus d'Homère, mais la critique n’o pas ratiñé ce jugement.

La Biographie universelle dit : ‘ Ce poème si beau dont le plan est si sage et l'exécution si briliante, n’a pas cependant trouvé grâce aux yeux de la critique. Les jeux de mots et l'esprit d'imitation, qui sont deux des chefs d'accusation dirigés contre le Tasse, formaient le caractère distinctif des écrivains du seizième siècle. Mais que de beautés dans cette œuvre !... À la voix du poète on voit #ecourir les esprits invisibles, moteurs des cieux et de l'enfer. D'2puis le trône de l'Eternel, jusques aux sombres demeures des damnés, tout est

-en mouvement pour favoriser ou arrêter le triomphe des croi-

sés. Ces moyens surnaturels ne sont pus déplacés duns un sujet chrétien. La Jérusalem délivrée doit être regardée com-

(1) Le Tasse refit vers la fin de sa vie son poème en entier ; il en retrancha tout ce qui lui parut trop profane et chercha à l’envelopper d'un voile homérique, mais il lui ôta ainsi toute son originalité ; il changea même le titre et appela le nouveau poème la Jérusalem conquise. La postérité a réservé toute son admiration pour le premier poème, l’autre est tombé dans l'oubli.

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