‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 78 sur 95 · SCHILLER · texte numérisé non relu

SCHILLER

Schiller a dénaturé Ja vérité historique en reproduisant les calomnies dont les protestants ont chargé une reine malheureuse, et en entremêlant de fictions sans vraisemblance l’histoire de la Pucelle d'Orléans. Guillaume Tell, que beaucoup de critiques considèrent comme le chef-d'œuvre de cet auteur, représente l'épisode le plus dramatique des annales de la Suisse. 20 Les poésies lyriques de Schiller ss composent surtout d’odes, de ballades et de chansons sur des sujets pris dans l’histoire ou la mythologie. 3° Ouvrages historiques. L'Histoire des révolutions des Pays-bas et l’histoire de la guerre de Trente ans sont les principales œuvres de Schiller en ce genre ; il s’y montre historien peu véridique (1).

Critique.—Grand poète dramatique, Schiller excelle à exprimer la passion ; mais son style, souvent ravissant et sublime, est quelquefvis déclamatoire ; son scepticisme philosophique altère la beauté de ses productions. Chantre païen des dieux de la Grèce et apôtre de la religion de-a-nature, il a été le père de l'idéal moderne, qui émancipe ses héros de toute autorité divine. L'histoire, qu'il a traitée comme la poésie, n’était de son propre aveu +‘ qu'un magasin pour son imagination. ” Ses poésies diverses sont l'expression lyrique de sa tendance constante vers un vague idéal (L'abbé Crampon.) |

() Nous bornons cette analyse déjà longue aux œuvres qui ont été considérés comme les titres de gloire de cet auteur. Nous ne parlerons ni de ses traités philosophiques, ni de ses oritiques littéraires, ni de son roman du V! naire.

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‘ 204 TROISIÈME OATÉGORIE

JUGEMENTS DIVERS. — ‘‘ Schiller, dit le P. Broeckaert, est lus près de Shakespeare que de Racine, c’est Caldéron perectionné. Il fixa par de vrais chefs-d’œuvre la forme de la

tragédie allemande. Guillaume Tell, la Mort de Wallenstein et Marie Stuart n’out pas été surpassés ; ils servent encore de modèles .”

.… “Comme poète lyrique, dit M. Philarète Chasles, Schiller tient le purs rang parmi les écrivains de l’Allemagne ; comme dramaturge, on peut lui contester quelqnes qualités nécessaires.”

‘4 Poète idéaliste avant tout, dit un autre critique, Schiller ne craint pas d’altérer l’histoire et de la plier aux exgigences de l'idée qu’il veut rendre. Inférieur sans doute à Shakespeare, il est à la tête du théâtre allemand. Ses autres poésies offrent moins de défauts que ses poésies dramatiques. ” (1)

(1) Le Théâtre de Schiller a été traduit en français par M. de Barante. Le poète allemand a traduit lui-même l’Iphigénie de Racine.

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Seconde division.

Quand, où a vécu l’auteur—Enumération de ses principaux ouvrages.

—Appréciation générale de l’auteur—Appréciation particulière des ouvrages indiqués dans le programme.

Homère.

Norios.—La vie d'Homère est enveloppée d’une impénétrable obscurité. On ne sait pas où il est né, ni bien précisément quand il a vécu, quelques-uns même ont nié son existence. Ce qu'il y a de plus probable, au milieu des nombreuses opinions émises à ce sujet, c'est qu'Homère naquit au neuvième ou au dixième siècle av. J.-C. près de Smyrne ; que sa vie fut errante, comme celle des poètes de son temps ; qu’il visita dans de fréquente voyages les villes grecques, composant des hymnes pour les fêtes des dieux, et récitant ses poèmes dans les assemblées religieuses et solennelles ; qu'il vécut pendant quelque temps à Chio, et qu'il mourut assez âgé dans la petite tle d’Ios (auj. Nio, l’une des Cyclades).

Homère a été le sujet de bien des controverses. Sa vie, telle qu’on la raconte, est une légende fabuleuse. Sept villes se disputaient l'honneur de lui avoir donné le jour : Cumes, Smyrne, Chio, Colophon, Pylos, Argos et Athènes. Entre toutes ces villes, Smyrne paraît avoir fait valoir des droits supérieurs aux autres. Il semble établi d’une manière incontestable qu'Homère vécu vers le neuvième ou le dixème siècle avant Jésus-Christ. D'après le savant Larcher, il serait né vers l’an 884. Quant aux faits de la vie même de ce poète, on en est réduit à des conjectures plus ou moins vraisemblables. Tout ce qui tend à le représenter sous la figure d’un

mendiant vieux et aveugle, ne repose sur aucun document sérieux. L'existence d’Homère n'a été révoqué en doute

qu'au siècle dernier, mais cette opinion est rej-tée par la critique contemporaine.

PRINCIPAUX OUVRAGES.—Homère a laissé deux grandes évopées : l’Zliade et l'Odyssée. On a également sous son nom des Æymnes mythologiques et des épigrammes — ces derrières ne portent aucun caractère d’authenticité— ; un poème burlesque, la Batrachomyomachie (guerre des grenouilles et des rats), qui appartient vraisemblablement à un temps postérieur ; et enfin les Margitès, poème satirique dont il ne reste qu’un fragment ; il contenait, suivant Aristote, le germe de la comédie, comme l'Zliude avait donné naissance à la tragédie.

APPRÉCIATION GÉNÉRALE.—]lomère est l’un des plus grands poètes de l'antiquité. Il serait le premier, si l'inspiration divine n'avait fait des chants sublimes des nrophètes, des psaumes de David et du livre de Job, des œuvres que nulle littérature n’égalera jamais. Avec Homère la muse hellénique atteignit, dès son premier essor, un poiat si élevé qu'il ne put être dépassé. Le chantre d'Achille ne fut pas seulement le père de la poésie épique, il fut le géographe et l'historien de son siècle. Il ne créa point la myhologie grecque, mais il fixa l’image des dieux en traits ineffaçables dans l'imagination populaire. De même que la tragédie lui emprunta les principaux personnages de ses chefs-d'œuvre, les arts plastiques lui durent les types de beauté idéale dont s'inspirèrent avec tant de bonheur les Phidias et les Pra-

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xitèle. L'antiquité lui demanda des leçons de sagesse, et quelques auteurs n’hésitèrent pas à le compter parmi les plus éminents philosophes.

APPRÉCIATION PARTIOULIÈRE DE QUELQUES OUVRAGES

1° L’Iliade, épopée de vingt-quatre chants, n’est qu'un brillant épisode de la guerre de Troie ; ce célèbre poème chante la colère d'Achille dont il montre les causes et les résultats ; c'est le développement d’une grande passion dans un caractère héroique.

Analyse.— Le vaillant Achille, roi des Thessaliens, insulté par Agamemnon, le ‘“ roi des rois,” se retire dans sa tente. Son absence affaiblit l’armée des Grecs et ranime le courage des Troyens; qui sortent de leurs murailles et livrent plusieurs combats heureux. Ils portaient déja la flamme sur les vaisseaux ennemis, lorsque Patrocle, Ami d'Achille, se revêt des armes du héros et tombe sous les coups d'Hector, fils du roi Priam. Achille, qui n'avait pu fléchir les prières des chefs, retourne au combat, immole Hector à sa vengeance, ordonne les funérailles de son ami, et rend à Priam le corps de son fils. Tous ces faits se passent en quarantie-sept jours. Le fond de l’Zhade est historique. Homère y a ajouté tous les ornements, toutes les inventions que poug vaient lui fournir le génie poétique et la mythologie.

Critique.— Les poèmes d'Homère étaient pour les Grecs le code de leur religion et le plus ancien

document de leur histoire. L'JZiade, qui semble être l'explosion ardente du premier feu de la jeunesse du poète, offre une vivante image des combats et des délibérations publiques ; elle a été la source principale de teut le développement du génie grec et du génie romain. Par ses qualités dominantes,. la proportion harmonique de son ensemble, le charme des descriptions et des comparaisons, le mouvement dramatique de l’action, la beauté des épisodes, la gran-

deur des idées et la simplicité de l'expression, ce.

poème a commandé l'admiration de tous les siècles. La critique s'accorde toutefois pour reprocher à Homère des longueurs et des expressions grossières, mais elle n’insiste pas sur ses défauts qui sont largement compensés par des beautés auxquelles tous les peuples oùt rendu hommage.

2 L'Odyssée, poème épique en vingt-quatre

chants, offre le récit des aventures d'Ulysse (en grec Odysseus) après la ruine de Troie.

Analyse.—Tous les chefs grecs, étaient rentrés

dans leurs Etats ; Ulysse, en butte. à. la colère de: Neptune, errait depuis dix ans sur les mers sans.

pouvoir atteindre son royaume d’Ithaque. Cependant d’injustes ravisseurs dissipaient ses biens, et, affirmant qu'il était mort, voulaient. contraindre Pégélope, ss femme, à se choisir un, nouvel époux parmi eux. C’est à ce moment que commence le. poème. Télémaque, fils d'Ulysse, part à la recherche de son

père. Pendant ce voyage, Ulysse s'échappe de l'île

CS. Po ot ni:

de Calypao, mais est jeté par. la tempête sur l'ile des Phéaciens. Attendris par le récit de ses malheurs, ces hommes hospitaliers lui donnent un vaisseau qui le ramène enfin à Ithaque. Il se fait reconnaître de son fils Télémaque, se concerte avec lui, ct, après être sorti victorieux d’une épreuve saprême, ;! immole tous les prétendants L'Odyssée ne dure que quarante jours, car l’action du poème ne remriit que les derniers chants ; les autres se composent d'épisodes où le poète fait entrer le récit des aventures du héros depuis le départ de Troie.

Critique.—L'Odyssée, fruit tranquille de la maturité ou même de la vieillesse du poète, est considérée comme inférieure à l’Zliade, mais elle est digne du génie d'Homère. L’J/iade est pleine de chaleur, vive et bouillante comme son héros ; l'Odyssée nous retrace dans toute la naïveté de leurs charmes la pointure des vieilles mœurs, les affections douces et paisibles du bonheur domestique. Le style de ce poème est simple, clair, harmonieux, abondant, plein d'images et de comparaisons. |

Jueruewrs pivers. — Les deux législateurs du goñt chez les Grecs et chez les Romains, Aristote et Horace, ont admiré l’unité des poèmes d'Homère, contrairement à l'opinion de

ceux qui ont prétendu que ces grandes compositions épiques étaient d'auteurs différents ensure ON

Bossuet a dit, après saint Basile, des deux poèmes d'Homère : ‘ Les mœurs antiques qu’ils nous représentent, et les vestiges qu'ils gardent encore, avec beaucoup de grandeur, de l’ancienne simplicité, ne servent pas peu à ous faire. entendre les 5 Va ru smame plus recdlées, et la divine simplicité de l’Ecriture.” |

‘4 L'admiration qui s'attache aux œuvres d'Homère n'a guère trouvé de contradicteurs, dit M. Géruzez. Le nom du seul détracteur qu'Homère ait rencontré, Zoïle, est couvert d'opprobre, Lamotte, en France, n’a pas échappé au ridicule pe avoir été insensible à la beauté de ces poèmes, On peut

c dire avec Joseph Chénier :

Trois miile ans ont passé sur la cendre d'Homère, Et depuis trois mille ans Homère respecté Est jeune encor de gloire et d'immortalité.

Pope, dans son Essai sur la vie et les écrits d’Homère, dit que ces poèmes ‘sont une vaste campagne, où l’on rencontre es beautés naturelles de toute espèce, qui ne se présentent {! pas aussi méthodiquement que dans un jardin régulier ; une { abondante pépinière qui contient les semences de tous les LIN fruits ; un grand arbre qui pousse des branches superflues qu’il faut couper. . .”

‘ Noble et puissante autorité du génie ! dit un critique contemporain. Celui d'Homère préside, depuis trente siècles, aux destinées de toutes les littératures du monde. C’est dans ce vaste répertoire de toutes les connaissances utiles ou agréa- FE di bles que les Eschyle, les Sophocle, les Euripide cat puisé les [A sujets de leurs tragédies et les charmes variés de leur style. Hi? C'est au génie de ce grand homme que non-seulement les poètes épiques, tels que Virgile et le Tasse, ont dû leurs bautés sublimes, mais que les grands artistes, dans l'antiquité et souvent chez les modernes, ont emprunté leurs plus belles conceptions. De même qu’Homère a été appelé le Poète, l’expression de beautés homériques est devenue, chez tous les peuples lettrés, le nom par excellence du grand et du beau poétique ” (1).

(1) On croit que Lycurgue réunit le premier en corps d'ouvrage les ents épars ph à poèmes d’Homère ; mais la gloire de les disposer dans l'ordre où tls nous sont us était réservée à Pisistrate et à on fils Hi ue. Solon et te ont commenté et ce à ces poèmes, et Trieuce, le célèbre critique d'Alexandrie, les a, partagés en vingt-quatre chan’s.-— Homère a ét6 uit en français par adame er, Lebrun et Dugas-Montbel: en re. et fs en italien Ÿ vd Monti, etc.— On peut lire l'éloge d'Homère dans le Voyage d'Anacharsis. ,

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Virgile.

Norice.—Virgile naquit à Andes, près de Mantoue, l'an 70 av. J.-C. Il étudia à Crémone, à Milan, et à Naples. Il avait 30 ans lorsque Pollion le présenta à Mécène, l’illustre protecteur des lettres, et dès lors son génie poétique s'épanouit à l’ombre de la faveur d’Auguste. Après avoir publié ses prmiers ouvrages, il voulut, pour donner plus de fidélité à ses descriptions, visiter la C‘rèce et l'Asie Mineure ; mais, ayant rencontré Augu. .e à Athènes, il retourna avec lui en Italie. Il mourut en débarquant à Brindes, l'an 19 av. J.-C. (1).

PRrINoIPAux OUVRAGES. — Virgile a laissé les Bucoliques, les Géorgiques et l'Enéide (2).

APPRÉCIATION GÉNÉRALE.— Tous les siècles ont décerné à Virgile le titre glorieux de Prince des poètes latins. Virgile est la gloire la plus pure du Parnasse romain. Aucun poète païen ne s'est attaché, plus que lui, à faire servir la poésie à des vues supérieures. Il est un des meilleurs modèles du goût ; il apportait à la composition une haute idée de la perfection requise en littérature, jointe à un juge-

(1) Son corps fut, suivant son désir, transporté à Naples. On grav mo sur son tombeau le distique suivant qu’il avait FlmbmS com

Mantua me genuit ; Calabri rapuere ; tenet nunc . Parthenope ; cecini pascua, rura, duces.

ae lui a attribué également, sous 1c nom de Catalecta, plusieurs pièces dont une ssule, intitulée Ouwlexz (le Moucheron) lui appartient

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ment sévère à l’égard de son propre travail (1). Il ne possédait pas le génie de la création ; mais il rachetait cette lacune par une entente exquise des situations et une admirable beauté de détails ; du reste, c'est assez pour sa gloire d'occuper, après Homère, la première place dans l'épopée.

APPRÉCIATION PARTICULIÈRE DE QUELQUES QUVRAGES

1° Les Bucoliques sont un recueil de dix poèmes du genre pastoral, connus sous le nom d’£glogues , dans lesquels le poète rappelle avec amour les scènes champêtres dont il avait été témoin.

Analyse.—Parmi les églogues on remarque parti- ” culièrement la première, qui est un remerciement délicat adressé à Auguste pour avoir fait rendre au père du poète ses champs donnés comme les autres en récompenss aux soldats ; la quatrièr*. qui, à l’occasion de la naissance d’un fils de Pollion, rap- | pelle les prédictions des Sybilles relatives à la nais- | sance d’un enfant extraordinaire, attendu des peuples comme devant ramener l'âge d’or parmi eux ; et la dernière, consacrée à Gallus, poète ami de Virgile, et qu’on ne connaît que par les éloges de ses contemporains.

Critique.—Virgile a imité Théocrite, mais il à prêté à ses bergers des mœurs plus chastes et un lan-

(3) De là le snin qu’il mettait à remanier ses vers, à retrancher tout ne qui ne répondait pas. à.son idéal. Il ordonna, à sa mort, de brûler

. toute |’ Enéide,.qu'il ne trouvait pas assez parfaite et qu'il n'avait pas

le temps de revoir. Auguste, qui connaissait en partie le poème, s’0»posa à cette destruction.

ail (1). Il ne mais il rachese des situails ; du reste, près Homère,

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