‹ Manuel d'histoire littéraire [microforme]Chapitre 83 sur 95 · RAGES · texte numérisé non relu

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Analyse.—Il reste plus de quatre cents sermons du saint docteur ; ils comprennent des traités sur l'Evangile de saint Jean et sur les épîtres de saint Paul ; des homélies sur divers passages de l’Ecriture ; des entretiens relatifs aux grandes solennités ou aux fêtes des saints et un commentaire sur les psaumes. Ces sermons n'ont pas été écrits par saint Augustin lui-même, mais simplement recueillis par ses auditeurs. |

Crilique.—La lecture des sermons présente un enseignement aussi solide que varié. Mais l'effet oratoire a disparu. Cet effet était prodigieux. L’éloquence d’Augustin ne s’arrêtait point à l’épiderme, caressant pour ainsi dire l'intelligence et faisant sur l’âme l'effet d’une mélodie agréable ou d’un savant concert. Elle pénétrait, comme le glaive apostolique, jusqu’au céntre et à la moële du cœur, pour y enfoncer le trait victorieux de la grâce, le germe de la conversion et du salut (L'abbé Darras). A Carthage saint Augustin prenait soin de la forme littéraire de ses discours, mais à Hippone il cause avec ses amis et ne s'élève que lorsque le sujet entraîne son génie. Si toutefois l’art oratoire se résume dans la puissance d’instruire et de toucher, il posséda cet art dans la plus merveilleuse étendue (R. P. Broeckaert).

2 Cité de Dieu.—Cet immortel ouvrage, qui avait demandé dix-huit ans de labeurs, est resté comme le monument le plus complet de l’érudition et du génie de saint Augustin. Le plan providentiel

de Dieu dans le gouvernement du monde s'y déroule avec une majesté que Charlemagne admirait et que Bossuet s’est efforcé de reproduire dans le Discours eur l'histoire universelle.

Analyse.— L'auteur fait lui-même l'analyse des vingt-deux livres dont se compose l'ouvrage : ‘“ Les cinq premiers, dit-il, réfutent ceux qui pensent que le polythéisme est nécessaire à la prospérité des choses humaines, et qui attribuent les calamités présentes au délaissement général de ce culte. Les cinq autres sont écrits cc.tre .eux qui :avouent qu'il y aura toujours plus ou moins de calamités temporelles, mais qui prétendent que ?* pr'”théisme était utile pour la vie future. Ces deux vaines opinions sont donc réfutées dans les dix premiers livres ; mais pour qu'on ne nous reprochât point d’avoir renversé les idées des païens sans établir les nôtres, nous avons employé à cette fin les douze derniers livres de notre ouvrage. Nous constatons d’abord l’existence de deux cités, dont l’une est de Dieu et l’autre de ce monde. Les quatre premiers livres sont consacrés à exposer l'origine de ces deux cités et à en développer les divers caractères ; les quatre suivants en montrent les progrès à travers les temps, et les quatre derniers font connaître leurs fins différentes dans l'éternité.” (1).

Critique.—La Cité de Dieu est une triomphante

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apologie du dogme chrétien ; un monumont encyclopédique où le génie de l'évêque d’Hippone, embrassant le passé, le présent et l'avenir du monde, s’est élevé à une hauteur de vue qui n’a jamais été dépassée. Dans ce cercle providentiel, sous le regard de Dieu, se déroulent, s’enchaînent et se développent tous les événements humains, sans que ni le libre arbitre de l’homme ni la puissance divine souffrent la moindre atteinte. (L'abbé Darras, Histoire de l'Eglise, tome XII).

JUGEMENTS DIVERS. — Pour mieux faire comprendre l’éloquence de saint Augustin, nous reproduisons le passage suivant de Possidius : ‘Augustin préchait, publiquement et en particulier, dans les maisons et à l’église, la parole du salut. 11 combattait avec une ardeur infatigable les erreurs et les hérésies qui désolaient alors l'Afrique. Tantôt par des livres, tantôt par des discours d’apparat, tantôt par des polémiques improvisées où son éloquence atteignait une prodigieuse sublimité, il réduisait ses adversaires au silence. Les chrétiens le suivaient partout où il portait ses pas. On l’applaudissait avec transport et chacune de ses excursions était un véritable triomphe. On admirait les écrits d’Augustin se succédant avec une mp merveilleuse, ou bien on courait entendre le docteur lui-même. Les hérétiques se pressaient en foule à ses instructions toutes pleines de la majesté de l’Ecriture et de la plus pure sève de la vérité. On payait des tachygraphes pour recueillir chacune des pos qui tombaient de ses lèvres inspirées. Ainsi se répandait dans toutes les provinces d'Afrique la saine doctrine, la suave odeur de Jésus- Christ mieux connu et Es fidèlement adoré.”

L'évêque Victor de Vite, autre contemporain du grand docteur, dans son ouvrage de la Persécution des Vandales, appelle saint Augustin ‘un fleuve d’éloquence qui fécondait toutes les campagnes de l'Eglise, la gloire du sacerdoce, le maître des docteurs, le grand prédicateur de la parole du Verbe, l’invincible athlète dont le glaive avait frappé l’hydre aux cent têtes de l’hérésie. ”

On trouve dans les écrits de saint Augustin, comme dans

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la plupart des ouv de son époque, des barbarismes et des Jeux de mots. ‘ Mais, dit Bossuet, que ces minuties sont peu dignes d’être relevées !.,. Le fond de saint Augustin, c'est d’être nourri de l'Ecriture, d’en tirer l'esprit, d'en prendre les hauts principes, de les monier en maître et avec la diversité convenable. Après cela, qu'il ait ses défauts, comme le

“soleil a ses taches, je ne daignerais ni les avouer, ni les nier,

ni les excuser ou les défendre, ”

‘ La Règle qui porte le nom de saint Augustin, dit M. de Montalembert dans ses Moines d'Occident, est devenue le code fondamental d’une branche immense de l’ordre monastique. Cet ordre peut donc revendiquer la gloire de celui qui à été déclaré le plus c{!?re et le plus grand des RE ms le père et le maître de tqus les prédicateurs du saint Evangile, et qui se pus entre Platon et Bossuet, entre Cicéron et saint Thomas d'Aquin, au premier rang des rares esprits qui pla-

nent sur les siècles. C’est dans les exercices et les austérités de la vie claustrale que se forma définitivement cet homme aussi grand par la pensée que par la foi, par le génie que par la vertu, né pour exercer sur son temps et sur tous les temps

l’ascendant le plus légitime. ”

Bossuet.

Norioe.—-Bossuet naquit en 1627 à Dijon. lIlfit ses premières études au collège des Jésuites de cette ville (1). Il vint ensuite à Paris pour étudier la théologie au collège de Navarre. Après une jeunesse consacrée entièrement à l'étude et au service de la religion, il fut admis au sacerdoce et remplit les

(1) Le jeune Bossuet montra dès lorsla vigueur préopes de son génie. Nul ne se ettait avec autant de cœur aux obligations et aux devoirs de la vie d’écolier. Ses camarades avaient remarqué sa régularité laborieuse et sa constance à tracer son sillon, ils disaient de lui, en jouant sur son nom, Bos suetus aratro. À l'âge de seize ans il prêcha son premier sermon à l'hôtel Rambouillet ; l'auditoire d'élite qui l’6: coutait demeura frappé d'admiration devant sa brillante improvisation. ‘espèce d'épreuve ayant eu lieu à une heure avancée de la br er esprit Voiture dit ‘qu'il n'avait jamais entendu prôcher ni sitôt ni si tard.’ =

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fonctions d’archidiacre de Metz A l’âge de trentedeux ans, il reparut à Paris, où, pendant dix années, il fit dans la prédication l'emploi de ses forces déjà éprouvées par la controverse. Il fut alors nommé évêque de Condom ; mais, ayant été choisi par Louis XIV pour être le précepteur du Dauphin, il se démit de son évêché. Après avoir complété l’éducation de son royal élève, il fut promu au siège de Meaux ; il exerça son ministère pastoral avec la simplicité et le zèle d’un apôtre et, après avoir été mêlé à tous les grands événements religieux de son temps, il termina sa vie saintement à Paris en 1704.

PRINOIPAUX OUVRAGES.— Bossuet a composé un très grand nombre d'ouvrages dont les principaux sont : une Réfutation du catéchisme de Paul Ferry ministre protestant ; l'Exposition de la doctrine chrétienne, qui contribua à la conversion de Turenne ; le Discours sur l'Histoire universelle ; la Politique de l'Ecriture sainte ; le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, admirable résumé de philosophie, (ces trois ouvrages ont été écrits pour l’instruction du Dauphin); l'Histoire des variations de la réforme, écrasante réfutation du protestantisme par l’histoire même des variations de son symbole ; des Avertissements aux protestants, qui complètent l’œuvre précédente ; la Défense de la tradition et des saints Pères ; un Commentaire sur l'Apocalypse ; de nombreuses Lettres, daus lesquelles on s'étonne de voir l’éloquence et la science unies à l'abandon le

plus familier ; les Méditations sur l'Evangile ; Los Elévations sur les mystère, œuvre interrompue par la mort de l’illustre écrivain. Comme orateur, Bossuet a laissé des sermons, des panégyriques et des oraisons funèbres, ainsi qu’un discours prononcé à l’Académie française le jour de sa réception.

APPRÉOIATION GÉNÉRALE.—Bossuet a mérité par l'élévation et l'étendue de son génie d’être appelé l’Aigle de Meaux. Aucune littérature n’a un nom à opposer à celui qu'il s’est fait comme orateur par ses Oraisons funèbres, con me historien, par son Discours sur l'histoire universelle, et, comme controversiste, par ses ouvrages contre le protestantisme. Athlète infatigable, il accumule les chefs-d'œuvre sans paraître y songèr ; il met à tout ce qu'il touche le sceau de son génie. Sa marche est celle du géant qui parcourt une vaste distance en quelques pas ; en peu de mots il manifeste et éclaire tout un monde d’idées. Il étonne, il subjugue, il enlève. Vigueur et énergie, voilà le caractère de Bossuet ; cependant il ne manque ni de grâce, ni de sensibilité, mais sa sensibilité profonde n'est pas dans les mots, elle est dans les choses. Les mots ne sont rien pour lui ; il se fait une langue pour les besoins de sa pensée. haute, vaste ou profonde ; expressions, tournures, mouvements, construction, harmonie, tout lui appartient en propre. Son style est réellement extraordinaire comme son génie, il est à la fois le plus original et le mieux approprié à toutes les circous-

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tances. Par ses immenses travaux, il eût mérité d’être placé parmi les Pères de l'Eglise, si les circonstances ne l'avaient pas amené à devenir l’un des défenseurs des doctrines erronnées du gallicanisme (1).

APPRÉCIATION PARTIOULIÈRE DB QUELQUES OUVRAGES

1° Oraisons funèbres.—Bossuet avait préludé par quelques éloges funèbres aux six chefsd'œuvre qui constituent son premier et son plus glorieux titre à l’éloquence.

Analyse.—1° L'Oraison funèbre de la reine d’Angleterre (2) passe, aÿec celle du prince de Condé, pour le chef-d'œuvre du genre. Bossuet y instruit les rois sur la tombe d’une reine aussi grande que ses malheurs. Dans cette œuvre magistrale on remarque surtout l'exode, le récit des voyages de la reine fugitive à travers l'océan, les portraits de Charles 1er et de Cromwell, ete. 2° L'Oraison funèbre de Madame (3)..C'est dans ce discours que l’illustre arateur étale, dans le spectacle d’une seule mort, la vanité de toutes les espérances, de toutes les prospérités humaines. 30 L’Oraison funèbre d'Anne de Gonzague, princesse palatine. Bossuet y donne une foule de détails sur son héroïne et sur sa famille, il y peint les plaisirs frivoles et les ambitions ardentes

(1) Son châtiment a été, comme dit Montalembert, de se voir encore loué par les pires ennemis de l Eglise.

(2) Henriette-Marie de France, fille de Henri IV, veuve de l’infortuné Charles 1er, roi d'Angleterre.

1 Henriette-Anne d'Angleterre, fille de Charles 1er; duchesse d'Or-

ans.

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