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pervers et aux suggestions perfides d’un affranshi corrompu. :
Critique.—Dans cette tragédie, que les connaisseurs placent au premier rang, les événements forment une chaîne solide et souple, dont tous les anneaux se tiennent et se déroulent naturellement. Le poète interprète l’histoire selon les règles de l’art et redouble l'intérêt du fait réel. Les caractères sont admirablement tracés et soutenus. Le style défie la critique. Racine égale Tacite qui l’inspire, mais qu'il ne copie pas (1).
2° Iphigénie.—Tragédie en cinq actes où le poète imite Homère et Euripide. (Voir le sujet à la page 124).
Critique.— Cette pièce que Voltaire regardait comme le chef-d'œuvre de l’art, n'offre pas une image fidèle des mœurs antiques ; mais les caractères et les
: faits s’y enchaînent et s’y dessinent avec harmonie ;
les sentiments de l'ambition, de la politique, de l'amour maternel y sont peints avec tant de profondeur, que, sans égard au temps, on accepte l’ensemble comme un tableau éternellement vrai (Géruzez) (2).
8° Esther.—Tragédie en trois actes, précédés
(1) Le succès de ce chef-d'œuvre n’eut point d'éclat et fut longtemps disputé ; les vrais connaisseurs étaient en trop petit nombre et d'’ailleurs les partisans de Corneille se liguèrent pour déprécier la pièce.
(2) On n’apprécia pas d’abord le mérite d’Iphigénie ; loin de là, la tourbe des mauvais auteura s’acharna contre ce chef-d'œuvre et osa même lui opposer l'Iphigénie d’un poète obscur norimé Leclerc. Phèdre devait encore être plus maltraitéo, une puissante cabale fit apnlaudir pendant quelque su la Phèdre de Pradon, l’auteur qui succomba sous les coups de Boileau.
d’un prologue et terminés chacun par un chœur. Elle-est tirée de la Bible, Racine la composa à la demande de Madame de Maintenon pour les élèves de Saint Cyr, après avoir renoncé au théâtre depuis dix ans.
Analyse.—Le sujet d'Esther est la délivrance des Juifs, dont le ministre Aman avait arraché la proscription à Assuérus, roi de Perse. Sur les conseils du sage Mardochée, son oncle, Esther, qui est juive, se dévoue pour ses compatriotes, découvre au roi, son époux, la perfidie d’Aman et obtient la grâce du peuple proscrit, tandis que le cruel ministre reçoit le châtiment de son crime.
Critique.—Æsther est, après Athalie, l'ouvrage le plus parfait qu'’ait produit la poésie française. Jamais Racine n'avait parlé un langage plus pur et plus harmonieux ; en outre, il avait enfin trouvé un lieu propre à l’ailiance de la poésie lyrique et du drame, alliance qu’il enviait au théâtre d'Athènes. L'action dramatique offre peu de mouvement dans cette pièce dont le charme consiste surtout dans le style.
4’ Athalie.—Tragédie en cinq actes, dont les quatre premiers sont terminés par un chœur. Elle est également tirée de la Bible (IVe liv. des Rois) (1).
(1) Athalie. composée, comme Esther, pour la maison de Saint-Cyr, n'y fut pas représentée. Jouée seulement devant Louis XIV par les membres de sa famille, Racine la fit imprimer; le public l’accueillit froidement, et bientôt on le dédaigna. Boileau protesta seul à peu près contre cette iniquité : ‘! On y reviendra,’ disait-il à Racine. On y revint en effet dès le temps de la régence et depuis lors Afhalre a conquis tous les suffrages.
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Analyse.—Le sujet de cette pièce est le rétablissement du jeune Joas sur le trône de Juda, que la reine Athalie, son aïeule, avait usurpé. Cette révolution, due au courage du grand prêtre Joad, est consommée par la mort violente de la veuve impie de Joram qui avait établi dans Jérusalem le culte de Baal.
Critique. —Athalie réunit toutes les perfections : la pensée religieuse dans toute sa grandeur, les caractères dans toute leur force et toute leur vérité, le plan le plus simple et le mieux conduit, la surprepante beauté du langage. La critique des puristes les plus exigeants n’a rien trouvé à reprendre dans ce style qui passe si naturellement de la magnificence à la simplicité, et qui s'élève sans effort jusqu'à l’extase sublime des prophètes. Les chœurs d’Afhalie demeurent le chef-d'œuvre de la poésie lyrique en France.
JUGEMENTS DIVERS. — Boileau disait ‘ qu’il avait appris à Racine à faire difficilement des vers faciles. ”
Voltaire, qui avait fait un commentaire sur les œuvres de Corneille, étant prié d’en faire un sur celles de Racines ; ‘11 n’y a, dit-il, qu’à mettre au bas de toutes les pages : beau, pathétique, harmonieux, admirable, sublime !”’ Le même Voltaire, entendant un jour déclamer par le célèbre acteur Lekain une scène d’Athalie, s'écria : ‘* Quel style ! quelle
ésie ! et toutè la pièce est écrite de même ! Ah! quel ns que Racine !” Un autre jour, Voltaire ayant déclamé devant La Harpe une scène de Phèdre, s’écria : ‘Mon
ami, je ne suis qu’un polisson en comparaison de cet hommelà. ”
heureuse et si naturelle, qu’il ne paraît pas qu’on ait pu en trouver une autre, et eo mot est placé de manière qu’on n’imagine pas qu'il ait été possible de le placer autrement.”
‘tt Chez Racine, dit La Harpe, l'expression est toujours si
262 TROISIÈMF CATÉGORIE
À Telle est la perfection de Racine, dit à son tour M. Royer, qu il n’y a peut-être pas, dans toutes ses pièces, nous ne isons pas une seule scène, mais un seul vers qui puisse être remplacé par un autre. Tout y est juste et vrai ; tout y est rempli de cette poésie d'images et de sentiments, de cette élégance continue, que, depuis les Grecs, Virgile et lui ont seuls possédée. C’est surtout dans les chœurs d’ÆEsther et d’Athulie, qu'appuyé sur le plus sublime des modèles, la Bible, il est presque toujours sublime lui-même.’
“Avant de dire un dernier adieu à la poésie et au monde, dit M. Schlegel, Racine déploya toutes ses forces dans Athalie. C'est non-seulement son ouvrage le plus parait, mais c’est encore, à mon avis, parmi les tragédies françaises, celle qui, libre de toute manière, s'approche le plus du grand style de la tragédie grecque. . . Un souffle unique, un souffle divin anime toute la pièce, et cette inspiration pieuse atteste la sincérité des sentiments du poète autant que sa vie toute entière.”
Molière.
Norice.— Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, naquit à Paris en 1622. Il fit ses humanités au collège de Clermont, dirigé alors par les Jésuites, et fut ensuite initié par Gassendi aux principes de la philosophie d'Epicure. Entraîné par un penchant irrésistible pour la scène, il forma une troupe de comédiens, avec laquelle il quitta Paris en 1646 (1). Auteur et acteur en même temps, il joua ses premières pièces en province. Revenu à Paris, il obtint la protection de Louis XIV,. qui le gratifia d’une pension et le mit en possession du théâtre du Palais-
(1) C'est alors qu’il changea son nom en celui de Molière qu’il devait rendre si célèbre. I M cé changement, pense-t-on, afin que ses parents n’ussent pas à lui reprochér de traîner un nom honorable sur les tréteaux. La profession de comédien était alors très décriée.
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