‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 113 sur 155 · ORDRE DES SAURIENS · texte numérisé non relu

ORDRE DES SAURIENS

L’ordre des Sauriens (de aaûpoç, lézard) comprend les Reptiles dont le corps est écailleux, allongé, suivi d’une queue, portant le plus souvent quatre membres à doigts munis d’ongles, dont le tympan est superficiel. Le corps des vertèbres est concave â la partie antérieure, oblong, transversal et convexe à la partie postérieure (biconcave chez les Geckos). Le crâne s’unit à la colonne vertébrale au moyen d’un seul condyle. Les côtes sout nombreuses et libres; le sternum existe et reste en partie cartilagineux; l’épaule est formée de plusieurs os qui sont , comme

REPTILES. — SAURIENS, chez l’IIomme, en dehors des côtes : ce sont la clavicule et le coracoïdien, qui s'articulent t avec la partie supérieure et latérale du sternum, et un troisième qui tient lieu en partie d’omoplate. Le bassin est représenté également par trois os distincts : l’iléon, le pubis et l’ischion, qui sont réunis chez l’homme. Les membres sont très-courts; les mâchoires sont réunies solidement sur la ligne médiane.

Les Sauriens n’ont pas de venin ni de crochets. La langue est extensible et protractile. L’ouverture du cloaque est transversale. Leur cœur n’a que trois cavités; cependant, chez les Iguanes, i le ventricule se partage en deux chambres distinctes, et la chami bre gauche, qui est très-petite, donne naissance â une aorte gauche.

Les poumons sont au nombre de deux, bien développés, mais le tissu alvéolaire ne se trouve qu’à la périphérie, et les mouvements respiratoires sont irréguliers, tantôt vifs, tantôt d’une lenteur extrême.

Les Sauriens ont le tympan et ordinairement les paupières i visibles ; les mâles ont une verge extérieure bifurquée; les œufs sont toujours protégés par une coquille, et les petits ne subissent pas de métamorphose.

C’est à tort qu’on regarde comme venimeux plusieurs Sauriens; i tous sont inoffensifs, ou s’ils mordent, les plaies n’ont pas de

i gravité.

Les Orvets ( Anguis fragilis , L.), nommés souvent Serpents Je verre, Anveaux, Borgnes, ne sont nullement à redouter. Ce | sont de petits Reptiles qui ressemblent aux Serpents ; leur corps I est allongé, de la grosseur d’une plume de cygne, muni d’une

ii longue queue, et ne porte pas de pattes visibles. Cependant, sous la peau, on distingue des vestiges d’épaule et de bas-

|i sin. La membrane du tympan est visible, ce qui n’a pas lieu eboz \ les Serpents; les écailles du corps sont lisses, rhombo'idales K ou hexagonales et plus larges en travers qu’en long; la tête est I couverte de plaques. La génération est ovovivipare. Ces petits B animaux vivent dans les bois, les endroits sablonneux, se nour- I rissent d’insectes, de vers, et fuient avec rapidité à l’aspect de ■il’Homme. Lorsqu’on parvient à les saisir, ils se roidissent, et leur 1 queue se casse le plus souvent; de là leur nom. Ce phénomène

BOCQU1I.LON. /iq

est dû à la facilité avec laquelle se détachent de leur insertion les muscles courts de la queue, lorsque l’animal les contracte brusquement.

Le Scinque officinal (Scincus officinalis, L.), qui vit dans le nord de l’Afrique, et qui a la forme de nos Lézards, a joui d’une grande célébrité dans la thérapeutique ancienne. On n’en parle plus aujourd’hui.

Les Geckos, ces hideux Sauriens à corps verruqueux, h griffes aiguës, qui montent le long des murs des habitations, sont encore aujourd’hui employés dans certaines contrées comme remèdes sûrs contre des maladies de la peau; dans d’autres, ils passent pour donner la lèpre. On les trouve dans le Nord de l’Afrique, dans le sud de l’Europe, dans quelques villes maritimes i du midi de la France, etc. 11 a été démontré que ces animaux ne ; sécrètent aucun liquide par la peau et qu’ils ne lancent pas un jet de salive, comme on l’avait affirmé à tort.

Quelques Sauriens, tels que les Basilics, les Iguanes, certains • Lézards, etc., sont employés comme aliment; on les accuse de provoquer des élevures, des rougeurs à la surface de la peau.

C’est à l’ordre des Sauriens qu’il faut rapporter les Caméléons, ü dont les pieds indiquent l’habitude de grimper; les Dragons, qui sont pourvus de membranes en forme d’ailes; tous les Lézards de notre pays, etc., etc.

ORDRE DES CROCODILIENS.

Les Crocodiliens ont été longtemps confondus avec les Sauriens, mais ils diffèrent assez de ces derniers animaux pour constituer un ordre particulier. Avec la forme générale du corps des Lézards, ils ont la queue aplatie, de fortes et larges écailles sur le dos. Leurs pieds postérieurs portent quatre doigts palmés; ils n’ont pas de clavicule; l’os tympanique ou carré n’est plus mobile avec le crâne. Les maxillaires et les incisifs sont les seuls os qui portent des dents : ces dénis sont en cônes creux et implantées dans les alvéoles. Leur langue est courte, charnue, non bifide ni prolractile, comme chez la plupart des Sauriens. L’orifice du cloaque est arrondi. Le cœur est à quatre cavités, parce que la cloison du ventricule csl complète; de sorte que, comme

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chez l’homme, la chambre droite, ou ventricule droit, donne naissance â une artère pulmonaire qui porte le sang veineux aux poumons, et la chambre gauche, ou ventricule gauche, donne naissance à une aorte contenant du sang artériel pur. Cependant aucune partie du corps ne reçoit de sang vraiment artériel, car, à l’origine des artères, il existe entre elles une petite ouverture de communication connue, sous le nom de pertuis de Panizza, permis aortique, qui permet un très-léger mélange des deux sangs. Un peu au-dessus, l’aorte fournit h la tète les troncs qui contiennent le sang le plus artériel, et s’anastomose bientôt avec un tronc veineux né du ventricule droit. Toutes les branches auxquelles elle donne naissance ensuite ne contiennent plus que du sang mélangé.

Tandis que les Sauriens ont la membrane du tympan à fleur de tête, les Crocodiliens l’ont placée plus profondément, et il existe chez eux un conduit auditif externe. Les narines sont garnies de soupapes et placées en avant du museau; les fosses nasales sont profondes, elles débouchent dans l’arrière-gorge, audessus de la glotte. Chez les mâles, la verge n’est pas bifurquée. La génération est ovipare.

Les Crocodiliens habitent les fleuves des pays chauds de l’an cien et du nouveau continent. Ils se nourrissent principalement de poissons. Ils fuient l’homme, disent tous les voyageurs actuels, et dans les cas excessivement rares où des nageurs malheureux h; ont été saisis par ces animaux, on a toujours retrouvé intactes les diverses parties du corps. Les vertèbres du cou étant munies de grandes apophyses en forme de côtes, empêchent les Crocodiles de faire des mouvements de tête latéraux.

Les peaux de ces animaux sont expédiées aujourd’hui â Paris en assez grande quantité; on en fait des chaussures.

L’ordre des Crocodiliens a été partagé en :

Crocodiles, dont les dents sont inégales; les inférieures de la première paire s’enfoncent dans l’os incisif, et finissent par le traverser; celles de la quatrième paire, au contraire, passent en dehors de la mâchoire supérieure. Les membranes interdigitales sont bien développées aux membres postérieurs. Ces animaux sont beaucoup plus communs dans l’ancien continent que dans le nouveau.

Caïmans, à dents inégales; les inférieures delà première paire, comme celles de la quatrième, s’enfoncent dans les fossettes de la mâchoire supérieure. Les membranes interdigitales sont peu développées. Ces animaux sont peu aquatiques. On ne les rencontre qu’en Amérique;

Et Gavials, dont le museau est étroit et allongé. Leurs dents sont presque semblables, aucune des inférieures ne pénètre dans la mâchoire supérieure. Les membranes interdigitales des pieds de derrière sont très-développées. Des deux espèces connues, l’une, celle du Gange, atteint jusqu’à 6 mètres de long, l’autre vit dans l’île de Bornéo.

ORDRE DES CIIÉLOMENS.

Les Ciiéloniens (de tortue) se distinguent à première

vue des autres Reptiles. Une boîte solide, faite aux dépens de leur peau ossifiée et du squelette, protège leur corps. Elle présente une échancrure en avant pour le passage de la tête et des pieds antérieurs, et une autre en arrière pour l’extension des membres postérieurs et de la queue. La partie dorsale est bombée, et porte le nom de carapace-, la partie ventrale est un peu concave chez les mâles, et est appelée plastron.

Les vertèbres dorsales et la première sacrée ne sont pas mobiles; elles forment un cylindre courbe, rigide, sur la ligne médiane de la carapace, à laquelle elles sont intimement unies par leurs apophyses épineuses. Les côtes sont également immobiles; elles sont réunies aux parois latérales de la carapace, avec laquelle elles font corps. Le sternum contribue à former le plastron; il en occupe la ligne médiane, tandis que les portions latérales sont dues à la réunion de huit autres pièces unies à la peau. Six de ces pièces représentent le prolongement des côtes et les deux autres, des dépendances des os de l’épaule. L’articulation du crâne avec la colonne vertébrale se fait par un seul condyle. Il existe quatre membres; les os de l’épaule et du bassin sont en dedans de la carapace, par conséquent en dedans des côtes.

Les mâchoires ne portent pas de dents; elles sont revêtues le plus souvent d’un bec corné. L’os carré est fixé au crâné. La

REPTILES. — CHÉL0N1ENS.

langue est d’une seule pièce, charnue, épaisse. L’ouverture du cloaque est longitudinale.

Fig. H 5. — Squelette d'une Tortue marine dépouillée du plastron, p, point d’articulation avec le sternum.

Le cœur est è trois cavités, mais le ventricule unique est partagé incomplètement en deux loges inégales. Le mécanisme de la contraction, ainsique les dispositions anatomiques, fait que le sang mélangé qui circule dans l’aorte renferme moins de sang veineux que celui des Batraciens.

Les poumons des Chéloniens ne sont (tas libres comme chez les Sauriens et les Crocodiles ; ils sont appliqués sur les parois de la cavité viscérale et y adhèrent. Les divisions de la trachée ne s’arrêtent lias ii l’entrée du poumon et ne s’y ramifient pas ; elles pénètrent dans l’organe, distribuant l’air à droite et à gauche dans des séries longitudinales de poches séparées par des

cloisons. Les côtes, étant fixes, ne peuvent pas se soulever, par suite augmenter la capacité de la cavité qui contient les poumons, par suite encore favoriser l’arrivée de l’air dans ces organes; aussi a-t-il fallu pour l’inspiration un mécanisme particulier. Ce mécanisme est probablement très-complexe. L’air pénètre par les narines, arrive à la gorge et est dégluti, mais en ce moment des muscles attachés aux flancs, et qui simulent le diaphragme des Mammifères, entrent en contraction et favorisent l’expansion des poumons. L’expiration a lieu par suite de la contraction de quatre ventres musculaires qui compriment les viscères contre les poumons; d’ailleurs- ces derniers organes reviennent sur eux-mêmes, en vertu de leur élasticité (1). La génération est ovipare. Les mâles ont la verge non bifurquée, mais creusée en dessous d’un canal longitudinal.

Les Chéloniens habitent en général les pays chauds. Les uns sont terrestres, ils ont reçu le nom de Chersites (de yO-Jm xspoaia, tortue de terre, Aristote), d’autres vivent dans les marais, ce sont les Ëlodites (de sXukS'yk, de marais); d’autres encore dans les fleuves, ce sont les Potamides (de worap-o;, fleuve); enfin certains n’habitent que les mers, ils ont reçu le nom de Tiialassites (de Ov.\a.aac/., mer).

Les Chersites, ou Tortues de terre, sont les Tortues vraies. On les reconnaît à leur carapace fortement bombée ; à leurs pattes courtes, non aplaties, dont les doigts sont très-courts, avec écailles non imbriquées, munis d’un petit sabot corné ou ongle très-fort. La tête, la queue, les membres, peuvent rentrer sous la carapace. Ces animaux vivent le plus souvent dans les bois et se nourrissent d’insectes, de vers.de limaçons, etc.

C’est à ce groupe qu’appartiennent :

La Tortue rordée ( Testudo marginata , Schœpf), qui habile les régions méditerranéennes, particulièrement le nord de la Barbarie. Elle vit très-bien dans nos départements méridionaux. Sa carapace est ovale-oblongue, bombée, abord postérieur trèsdilaté. Sa couleur générale est noire; le milieu des plaques est ordinairement marqué d’une aréole jaunfltre entourée de stries

(t) Extr . des ftccherches sur la respiration che* les Chéloniens, par Michelet et G. Moreliouso, in Ann. sr. nat., 4865, p. 24 4.

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