BOLETS
Les Bolets ( Boletus ) diffèrent des Agarics et des Chanterelles
Ien ce que les spores nesont plusplacées sur des lames, maisdans l’intérieur de tubes cylindriques ou polyédriques placés verticalement sous le chapeau. Ces tubes sont distincts du chapeau, s’en séparent facilement et se séparent entre eux.
Bolet comestible. — Le Bolet comestible ( Boletus edulis, Bull.), ou Cep, Bruijnet, Gyrole, se reconnaît;» son chapeau uni, lisse, ondulé sur les bords, souvent rouge brique, plus ou moins brun, à substance intérieure blanche». Leslipe est épais, plus gros à la base qu’au sommet, blanc ou jaune pâle, marqué de points roux clair. Les tubes sont réguliers, étroits, d’abord blancs, passant plus tard au jaune, puis au jaune verdâtre (fig. 178, 179).
Ce Champignon est très-commun dans le sud-ouest de la
l\ 72 CHAMPIGNONS.
France, particulièrement aux environs de Bordeaux; il croît pendant l’été au milieu des clairières et ne se montre jamais sur les souches des arbres.
Il est Irès-eslimé comme comestible. Une autre variété, connue sous les noms de Cep bronzé, Cep gendarme, croît dans les mêmes
Fis. 178. — Bolet comestible.
Fig. 179. — Coupe horizontale d'un tube hyméninl, pour montrer les basides et les cystides.
localités que le précédent et a les mêmes usages; il en diffère par ses dimensions plus grandes, par la couleur bronzée du chapeau, par la couleur jaune des tubes.
Bolet pernicieux. — Le Bolet pernicieux ( Boletus perniciosus, Roques) est un Champignon vénéneux. Son chapeau est brun ou fauve, cotonneux. Son stipe est peu renflé â la base, jaune, marqué de la base au sommet par des lignes rouges souvent parallèles, parfois entrecroisées sur un fond jaune verdâtre. Les tubes sont de couleur jaune, leur orifice est d’un rouge vif. Tandis que la chair des Bolets comestibles coupés garde sa couleur blanche, celle du Bolet pernicieux prend une teinte bleuâtre foncée. 11 naît au milieu des Bolets comestibles, et se trouve aussi aux environs de Paris.
Bolet azuré. — Le Bolet azuré ( Boletus cyanescens, Bull ) a les dimensions du Bolet pernicieux et est vénéneux. Le chapeau et le stipe sont d’abord roux clair cl deviennent blancs en vieil-
POLYPORES
lissant; les tubes passent du blanc au blanc grisâtre. Lorsqu’on coupe ce Champignon, sa chair passe subitement du blanc au bleu foncé. On le trouve à la fin de l’été, dans les bois des environs de Paris.
POLYPORES
Les Polypores ( Pohjporus , Fries) ont, comme les Bolets, un chapeau et des tubes tapissés par l’hyménium, mais ces tubes ne sont plus séparables du chapeau, ils y sont intimement unis ; le stipe manque assez souvent.
Polypore du Mélèze. — Le Polypore du Mélèze ( Pohjporus officinalis, Fries), ou Agaric blanc, croît sur le tronc des Mé-" lèzes. Il a la forme d’un sabot de cheval, est sans pédicule et recouvert supérieurement d’une croûte lisse présentant des zones alternantes de blanc, de jaune et de brun. Les tubes sont pressés, jaunâtres. Sa chair est blanche, son odeur faible; sa saveur est d’abord douce, puis amère, âcre.
Ce Champignon contient 72 pour 100 d’une résine amère qui l’avait fait employer comme drastique; on l’utilise encore aujourd’hui isolé ou uni au sirop diacode, contre les sueurs nocturnes des phthisiques.
Polypore amadouvier. — Le Polypore ajiadouvier ( Poly porus igniarius, Fries), ou Agaric des chirurgiens, ne diffère guère comme forme du Champignon précédent, mais il croît assez souvent sur les Hêtres, les Saules, les Peupliers, les Poiriers, les Pommiers, et de préférence sur les Chênes. 11 est jaune, brun ou gris, â croûte supérieure marquée de zones foncées.
Ce Polypore sert à la confection de l’Agaric des chirurgiens. A cet effet, le Champignon est débarrassé de la membrane superficielle du chapeau et des tubes qui garnissent sa face inférieure; ce qui reste est placé dans l’eau, y séjourne quelque temps, et est retiré pour être battu et aplati ensuite au moyen d’un maillet de bois. On se sert de ce Champignon préparé pour arrêter les hémorrhagies; il agit mécaniquement. Trempé dans une dissolution d’azotate de potasse ou de poudre à canon, il devient l’amadou ordinaire.
La plupart des Polypores peuvent fournir de l’amadou.
CHAMPIGNONS
Ulti
UST1LAGO.
Les Ustilago, L., sont de petits Champignons parasites qui vivent dans l’intérieur des tissus végétaux, et dont quelques-uns produisent celle maladie des céréales connue sous le nom de charbon.
Selon MM. Tulasne (1), les Ustilago diffèrent des Uredo, nonseulement par leur organisation, mais encore par leur habitat: tandis que ceux-ci n’occupent que la partie sous-épidermique des plantes, ceux-là végètent dans les parties profondes du parenchyme, et entraînent habituellement la destruction de l’organe qui leur a servi de matrice. Lorsqu’un organe se gonfle, s’hypertrophie par suite de la présence de l’entophyle, on voit, dans les lacunes et môme dans les cellules de cet organe, de pelils nucléus de matière azotée nageant dans une sorte de gangue et devenant plus tard des spores à double enveloppe.
Les Ustilago les plus connus sont : YUstilago carbo, Tul., qui se développe dans les axes et appendices floraux du Blé, de l’Avoine, de l’Orge et du Brome; il a des spores simples, lisses, globuleuses ou elliptiques, de couleur de suie, ou noires ou olivâtres, et est parfois appelé le verdet; YUstilago Maydis, qui se développe dans la tige, les feuilles supérieures, les bractées, les parois de l’ovaire et l’ovule du Maïs. Ce dernier produit la maladie connue sous le nom de charbon du Maïs, a des spores noires ou couleur de suie, sphériques, parsemées de pointes.
11 ne faut pas confondre avec un Ustilago cet enlophyle qui produit la carie du Blé, et que de Candolle appelait Uredo caries. MM. Tulasne, après en avoir fait une élude approfondie, l’ont décrit sous le nom de Tilletia caries. 11 se développe dans l’intérieur de l’ovaire des Graminées, et particulièrement dans celui du Froment; occupe aussi parfois l’intérieur de l’ovule, naît en même temps que la fleur, et amène l’atrophie des stigmates comme celle des étamines. Lorsqu’il est parvenu à l’âge adulte, ses spores sont noires ou couleur de suie, épaisses, sphériques,
(1) L. U. cl Cli. Tulasne, Mémoire sur les Uslilaginées comparées aux Urédinées, in Ann. sc. nul., 1847, vol. VII, p. 12.
USTILAGO. 475
réticulées, occupent toute la cavité de l’ovaire, et remplacent la matière farineuse. Les spores, en germant, donnent, comme celles des Ustilago, un mycélium lilamenteux.
La farine du Blé, du Mais qui contient des Uslilago carbo, est crise, regardée aujourd’hui comme la cause de la pellagre,^ et donne un pain moins nutritif ; celle du Blé carié a la même couleur et est d’une mauvaise odeur. Transformée en pain, celleci donne lieu à des accidents que plusieurs hygiénistes assimilent aux accidents les plus bénins déterminés par les farines ergotées.
Malgré les travaux récents sur les Champignons, on est loin d’être fixé sur la nature et les principes vénéneux de ces végétaux. Les auteurs ne s'accordent que sur ce point : que le principe vénéneux est de nature basique, puisque uni aux acides, il donne lieu à des sels; ces sels sont eux-mêmes excessivement vénéneux. 11 est probable que ce principe n est pas le même pour tous les Champignons, car ces derniers n’agissent pas tous de la même manière sur l’économie. Ainsi, tandis que 1 empoisonnement par les Agarics vénéneux est signale d abord, en général, par des pesanteurs d’estomac, puis par des vomissements, des envies fréquentes d’évacuer restant sans effet, des rétentions d’urine, et quelquefois par la mort, qui arrive ordinairement de trois h cinq jours après l’ingestion, l’empoisonnement parla fausse Oronge est indiqué le plus souvent par une tendance insurmontable au sommeil, et le sommeil devient si profond, qu’il est souvent difficile de faire avaler les contre-poisons i nécessaires.
Les praticiens recommandent, dans les cas d’empoisonnement, de provoquer les selles et les vomissements dès les premiers symptômes, d’administrer des boissons mucilagineuses ; d’éviter de donner de l’alcool, de l’éther, du vinaigre, de l’eau salée, qui hâteraient la dissolution du principe vénéneux et ne feraient que hâter l’empoisonnement.
On ne connaît aucun moyen rapide cl général de distinguer les bons d’avec les mauvais Champignons, ['expérience seule doit être consultée pour connaître les effets de chacun d’eux (1).
(1) V. J.-C.-L. Lctellicr et Spencux, Expàr. iiouv. sur les Champ- vénéti. , leurs poisons et leurs contre-poisons, 1800.
LICHENS
4° LICHENS
Les Lichens ( Lichenes , Hoffm.) sont des végétaux cryptogames cellulaires et vivaces, à vitalité obtuse, dont l’organisation rappelle à la fois celle des Algues et celle des Champignons. Ce sont des Algues émergées, a dit M. Montagne; mais ces Algues émergées présentent les caractères de fructification des Champignons thécasporés. Ils recherchent l’air et la lumière; croissent sur la terre, les pierres, les arbres; reprennent souvent,
au moyen de l’humidité, la vie qu’ils paraissaient avoir perdue par dessiccation.
Pour se faire une idée de l’organisation d’un Lichen, on peut observer avec quelque attention le Parmelia parietina , Ach. ,
Fig. 180. — Parmeiia ou physcia adulte, etl’on y remarquera deux
sortes d’organes : les uns dits de végétation, les autres dits de reproduction.
Organes de végétation. — Les organesde végétation sont représentés par cette croûte feuilletée, grisâtre, informe, multilobulée, frisée, qu’on a sous les yeux, et queleslichénographes désignent sous le nom de thalle (fig. 180). Le thalle est presque l’analogue de ce qui dans les Algues porte le nom de thalle ou de frondes. A sa face inférieure, on pouvait, lorsqu’il était jeune, apercevoir des filaments byssiformes qui avaient l'apparence de racines, mais qui sont les représentants du mycélium des Champignons; ils naissent également despores. Ces filaments n’ont qu’une durée temporaire, de sorte que le Lichen ne peut, à l’âge adulte, se nourrir qu’aux dépens de l’atmosphère. Si l’on fait une coupe verticale du thalle, on voit son tissu formé de trois couches principales : une supérieure, formée de cellules sèches, et nommée couche corticale ou épidermique; une moyenne, ordinairement verte et appelée couche gonidiale, parce qu’elle renferme des globules verts ou gonidics, regardés généralement comme des parties analogues aux bulbi I les des Phanérogames;
LICHENS
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enfin, une couche médullaire formée de filaments blancs enchevêtrés, représentant un feutrage blanc. Chez quelques Lichens, on trouve même, à un âge assez avancé, sous cette troisième couche, une quatrième, qui a été la première formée, qu’on désigne par les noms d 'hypothalle ou de rhizines, selon qu’elle consiste en couches horizontales ou en fibrilles.
Rien n’est variable dans les Lichens comme la forme, la couleur et la composition du thalle. Il est foliacé dans l’exemple que nous prenons, ainsi que dans le Lichen pulmonaire ( Sticta pulmonacea,
Ach.); il a la forme d’un petit arbrisseau dans TOrseille des Canaries ( Roccella tincloria, Ach.); il est squameux dans le Squamaria crassa. il est souvent si peu développé dans certaines espèces, que la présence de celles-ci n’est décelée que par l’existence de leurs fructifications. Ces fructifications se retrouvent souvent sur d’autres Lichens, et compliquent les déterminations.
Organes de reproduction. —
Outre les parties qui peuvent reproduire le Lichen par gemmation, par gonidies, on en distingue deux autres qu’on peut regarder comme des organes sexuels: les apothécies et les spermogonies.
Fig. 181. — Coupe verticale du Pavmclia pavietüia passant par une apotliécie.
a, a, a, thèques contenant des spores ; 6,6, purapliyscs ; e, liypothéeium ;
c, couche gonidiale avec gonidies ;
d, couche médullaire; c, gonidies; />/, zone corticale. (D’après M. Tulusne.)
Les apothécies sont ces plaques peltées, parsemées h la face supérieure du Lichen, jaunes, un peu concaves, entourées d’un bourrelet de couleur claire (fig. 182). C’est h peu près l’analogue de ce qu’on appelle con-
BOCOUILLON. 27.
LICHENS
ceptacle femelle dans les Algues, et péridium dans les Champignons thécasporés. Tout le tissu qui tapisse peut être considéré comme un véritable hyménium. Lorsqu’on pratique une coupe verticale de l’apothécie, on remarque que sa couche superficielle est formée de cellules placées de champ, et, comme dans les Algues et les Champignons, les unes sont stériles, ce sont les paraphyses, les autres, plus développées, contiennent des
spores, et portent le nom de thèques (analogue de sporanges). Thèques et paraphyses sont maintenues dans leur position au moyen d’une substance amorphe dans laquelle elles sont plongées (lig. 181). Chaque thèque renferme huit spores simples, ellipsoïdes, dont le grand diamètre mesure à peu près 0,nm,0l5. L’hyménium repose sur une couche de cellules qui composent ce qu’on est convenu d’appeler hypothecium, et qui bleuit par l’action de l’iode.
La forme, la couleur des apothécies varient avec les genres. Chez le Fhyscia ciliaris, DC., le rebord de la cupule est élégamment ciliée, la cupule elle-même est d’un rouge-brun ; dans le Pyrenula nitida, Ach., les apothécies ressemblent ;ï des verrues et sont presque complètement closes; dans les Opegraplia, elles sont allongées, rameuses, et sont connues sous le nom de Lir elles; etc.
Les spores se forment dans l’intérieur des thèques, aux dépens du protoplasma qui y est contenu et qui se groupe en autant de portions qu’il y a de spores. Chaque spore a deux enve-
Fîg. 482. — Portion grossie du thalle du Parmelia pnrietina.
il, apotliécie ; l, b, spermogonies.
Fig. 483. — Coupe verticale d'une npothécie.
«, hyménium ; b, rliizines.
LICHENS. 479
loppes, et, quand elle doit se segmenter, la segmentation a toujours lieu avant la naissance del’enveloppe interne.
Les spermogonies sont ces renflements d’une extrême petitesse qu’on voit à peine sur le thalle (fig. 182); elles sont l’analogue des spermogonies des Champignons et des conceptacles males de quelques Algues. On peut constater dans le Parmelia parietim que le sommet du renflement est muni d’une petite ouverture, et si l’on fait une coupe verticale qui intéresse cette ouverture (lig. 185). le renflement montre une cavité dont les bords internes
Fig. 184. — Spores on germination.
Fig. 185.—* Coupc verticale d'une spermogonie de Parmelia parietina.
a , ostioie ; b , spermaties s’échappant ; c, gonidics.
sont tapissés de filaments courts, étroits, appelés slérigmates, et qui portent eux-mêmes un très-grand nombre de corpuscules cylindriques appelés spermaties. Ces corpuscules sont regardés comme les analogues des anthéridies des Algues, mais il faut remarquer qu’ils sont loin d’en avoir l’agilité; ils nagent dans une gangue amorphe, s’échappent par l’ouverture de la spermogonie, mais n’exécutent guère que des mouvements browniens.
Les spermaties sont très-variables de forme; elles sont en fuseau chez les Usnea, sont cylindriques dans le Lichen pulmonaire, aciculaires dans \eRoccella lincloria, etc., mais ne prennent jamais la forme sphérique.
Comme les Champignons, quelques Lichens possèdent des pyenides, petits conceptacles dans lesquels il se forme des organes que M. Tulasne assimile aux spores.
LICHENS
Les Lichens possèdent dans l’intérieur de leurs cellules des substances qui les font utiliser. Quelques-uns contiennent delà fécule; la plupart, et particulièrement les Lichens foliacés, renferment dans leur hyménium une substance amyloïde connue sous le nom de lichénme. Les Lichens crustacés fournissent une assez forte proportion d’oxalate d’ammoniaque; la chlorophylle est en proportion relativement faible; on y rencontre assez souvent du sel marin et du phosphate de chaux.
Les Lichens ne sont pas des plantes vénéneuses. Les uns sont employés en thérapeutique, d’autres dans la teinture, quelquesuns comme nourriture des bestiaux.
Lichen d’Islande. — Le Lichen d’Islande ( Cetraria islandica , Ach.) a le thalle fruticuleux, papyracé, grisâtre, souvent
rouge-brique à la base, à échancrures arrondies, formant desdivisions échancrées, entrelacées.
II est parsemé de taches blanches qui tranchent sur le fond gris et qui sont produites par la destruction d’une partie de l’épiderme. Les apothéciessont marginales, arrondies, grandes, brunâtres, entourées d’un bourrelet ordinairement entier, et lesthèques fournissent chacune huit spores elliptiques. Le liquide qui réunit les thèques et les paraphvses bleuit par l’iode.
Les spermogonies sont à l’extrémité des cils roides qui bordent les frondes (fig. 186), isolées ou groupées en petit nombre; les spermaties sont cylindriques.
Ce Lichen croît sur la terre, les rochers; il est plus abondant dans les régions froides, sur les hautes montagnes. On le trouve en Europe, dans l’Asie boréale et l’tlimalaya, dans l’Amérique septentrionale, etc.
11 contient un principe amer appelé cétrarin, et une très-
LICHENS
grande quantité de fécule. Le principe amer disparaît en partie par des lavages répétés; la fécule reste, et permet d’employer ce Lichen comme nourrissant dans les cas de bronchite, de phthisie pulmonaire. On l’administre en infusion, en pâte, en gelée.
Lecétrarin est un tonique assez puissant, qui peut être employé
dans les affections dépendantes canal digestif (Boucha rdat).
Fin. d 87 . — Portion grossie du tlinllo d’un Lichen d’Islande.
a, npothécie; b,b} spermogonies.
ou accompagnées d’atonie du
Fin. 188. — Spermogonie très-grossie d’un Lichen d’Islande.
o, ostiole ; b , spermntie3 s’échappant.
La manne des Hébreux n’était autre chose que des Lichens que Pallas a rapportés au Lichen esculentus, connu aujourd’hui | sous le nom de Parmelia esculenta. Ce Lichen se développe avec t une très-grande rapidité, et il est très-commun en Perse, aux < environs de la mer Morte, etc.
Le Lichen d’Islande est le seul employé aujourd’hui en thérai peu tique. On a délaissé le Lichen pulmonaire (Sticta pulmonacea, Ach.), qui croît sur les vieux arbres, et rappelle par ses aréoles l le tissu du poumon ; il offre la même composition que le Lichen P d Islande avec une plus forte portion du principe amer. On l’emploie parfois en teinture pour donnera la soie une couleur carmélite solide.
Le Lichen des Hennés ( Cladonia rangiferina, Iloffm.), qui est >- cosmopolite, fait l’unique nourriture des Rennes dans’ la zone arctique, et ces animaux y trouvent les principes nutritifs qui i leur permettent d’être employés comme bêtes de trait, qui leur n fournissent un lait agréable, une chair appétissante.
LICHENS
Orseille des teinturiers. — L’Orseille des teinturiers ( Roccella tinctoria, Ach.), ou Orseille des Canaries, a l’aspect d’un petit arbrisseau dépourvu de feuilles. Son thalle se compose d’un nombre plus ou moins considérable de branches grises, arrondies, se bifurquant, se trifurquant sans ordre, à divisions atténuées en pointe. Les apothéciessont éparses sur lesbranches, jamais terminales ; elles sont arrondies, peu saillantes et de couleur gris foncé ou noires. Chaque ihèque fertile contient huit spores elliptiques ou fusiformes, tricloisonnées. Le tissu qui environne les thèques et les paraphyses se colore en rouge vineux par l’action de l’iode. Dans plusieurs variétés, les spermogonies sont distinctes; elles apparaissent à l’œil nu comme autant de petites taches noires disséminées sur le tissu gris du thalle; les spermaties sont linéaires et faiblement arquées.
Ce Lichen croit sur les rochers du bord de la mer aux îles Canaries, dans quelques îles de la Méditerranée, au cap de Bonne- Lspérance, sur les côtes de la Sénégambie, des Indes orientales, de l’Amérique tropicale et méridionale.
En soumettant le Roccella tinctoria ii l’action simultanée de l’ammoniaque, de l’air et de l’eau, on détermine la formation delà belle couleur connue sous le nom d 'orseille ou rouge de lichen. Celle coloration est due, d’après M. Neeren, à lacombinaisond’un corps particulier non coloré, Vérythrine, avec l’ammoniaque.
Le Roccella Montagne i , Belang., qui croit sur les troncs des Mangliers, et qui est abondant sur les rivages des Indes orientales, fournit une substance colorante analogue, mais en moins grande quantité et de qualité inférieure.
Fig. 189. — Orseille des teinturiers a, a, a, apothécies.
Lichen des murailles. — Le Lichen des murailles ( Par melia parietina, Ach., Physcia parietina, Nyl.), dont nous avons donné plus haut la description, est excessivement commun. 11 croît sur les vieux murs, les vieux bois et les rochers; fournit une matière colorante jaune soluble dans l’alcool, dans l’éther, crislallisable, qui passe au rouge lorsqu’on l’unit à un alcali.
Le Parmelia saxatilis , Ach., qu’on trouve dans les forêts de l’Europe, particulièrement sur les rochers; le Parmelia con- ! spersa, Ach., qu’on rencontre fréquemment sur les rochers granitiques ou siliceux, donnent aussi une matière colorante qui, dans les pays Scandinaves, sert à teindre les étoffes de laine.
Parelle. — La Parelle, ou Orseille d'Auveryne ( Lecanora parella, Ach.), est un Lichen à thalle crustacé, 'formant de petites rugosités d’un gris jaunâtre. Les apothécies sont nombreuses, disséminées sur le thalle et de même couleur que lui ; elles ont,
I comme forme, une certaine ressemblance avec les pustules ombiliquées de la variole. L’Orseille d’Auvergne croit sur les rochers, rarement sur les troncs d’arbres, dans les montagnes d’Auvergne, du Limousin, etc.
Elle est comptée au nombre- des Orseilles de terre ou de mon-
Itagne, et sert à la préparation de deux principes colorants : l’orseille de terre et le tournesol en pains.
5° HEPATIQUES.
Les Hépatiques ( Hepalicœ , Juss.) sont des végétaux cryplom games cellulaires, dont l’organisation rappelle celle des Algues i et des Lichens, mais se rapproche plus de celle des Mousses. La d conformation de leurs organes de fructification ne permet pas de les confondre avec les végétaux des groupes voisins.
On peut, sous le rapport des organes de la végétation, établir dans les Hépatiques deux divisions : l’une comprend les plantes telles que les Marchantia, les Pellia, qui ont un thalle ii la manière des Algues; l’autre renferme celles qui, comme les Junn germannies, affectent en apparence la forme de lige, de feuilles,
analogues â celles des Phanérogames. Le thalle est ordinairement attaché au sol par des filaments cellulaires qui font office de racines.
Marchantia polymorpha. — Dans le Marchantia polymorpha, qui a été si bien étudié par M. de Mirbel, le thalle est très-riche en matière verte et formé de trois couches de cellules. L’une, supérieure et superficielle, forme l’épiderme supérieur; elle est partagée en un grand nombre de petits losanges dont le centre est occupé par une petite ouverture elliptique. Cette petite ouverture est un stomate qui donne entrée à l’air, et sur la fonction duquel nous reviendrons plusloin. La couche moyenne forma le parenchyme. La couche inférieure, ou épiderme inférieur, est roussâtre, blanchâtre, dépourvue de stomates, riche en cordons saillants appelés improprement des nervures ; elle porte ordinairement sur ces nervures des racines, filaments incolores et cellulaires qui s’enfoncent dans le sol .
Le Marchantia polymorpha est dioïque. Les anlhéridies comme les sporanges sont contenus dans l’épaisseur d’un chapeau ou rosette stipitée qui s’élève au-dessus du thalle. Le pied du chapeau part de la face inférieure, et semble être la prolongation d’une nervure qui s’avance jusqu’au tissu qui sépare deux lobes.
11 est facile de reconnaître à la forme du chapeau si le Marchantia porte des anlhéridies ou des sporanges. Lorsque le chapeau a ses bords découpés profondément en huit ou neuf lobes, sa face supérieure concave, il porte des sporanges ; si les bords sont simplement sinueux ou faiblement lobés, si le bord supérieur est convexe, le chapeau porte des anlhéridies.
Le chapeau qui contient les anlhéridies présente à sa face inférieure une foule de mamelons ; chacun est placé sur une ca- • vité en forme de bouteille placée dans l’épaisseur du tissu. Chaque cavité contient une anthéridie ovoïde qui communique au dehors par un petit conduit aboutissant au sommet du mamelon ; les parois de l’anthéridie sont d’une extrême minceur, et laissent voir par transparence les cellules internes contenant les anthérozoïdes. A leur maturité, ceux-ci se déroulent, rompent leur enveloppe, et sortent par le sommet de l’anthéridie; ils sont fort petits, un peu spiraux, munis à l’une de leurs extrémités de deux cils très-longs.
Dans les Algues, les Lichens, les Champignons, le nom de sporanges ou de thèques a été donné aux utricules qui contiennent les spores, et ces utricules conservent à peu près leur forme et leur composition depuis l’apparition des spores jusqu’à leur complète évolution. Il n’en est pas de même chez les Hépatiques, l’organe dans lequel se développent les spores subit avec l’âge de grandes modifications. C’est afin de rappeler ces différences qu’on a créé le mot archégone (de âp^ri, commencement, et 70'vGç, naissance), pour désigner le premier âge, en laissant au mot sporange sa signification, porteur de semence, pour désigner l’âge adulte. Souvent même le mot sporange est remplacé par la dénomination urne. 11 y a entre les dénominations archégone et sporange un rapport presque analogue à celui qui existe entre l’ovaire et le fruit des Phanérogames.
C’est à la face inférieure du chapeau multilobé que se trouvent les archégones. D’abord simples mamelons cellulaires placés au milieu des filaments, ils prennent bientôt la forme exacte d’une bouteille renversée, c’est-à-dire le fond en haut, l’ouverture en bas, présentant une panse, un goulot effilé, une ouverture renflée. On voit par transparence une masse celluleuse verte qui occupe le fond de l’archégone; c’est dans son intérieur que se formeront les spores. Une sorte de sac cellulaire s’élève peu à peu et entoure cette hase, puis la partie allongée ou goulot de l’archégone se dessèche et tombe. Enfin, la masse cellulaire intérieure devient le siège d’un travail particulier : les cellules qui en occupent le centre se multiplient, se désagrègent et deviennent des spores; celles de la périphérie s’allongent considérablement, s’introduisent entre les spores, et deviennent deux longs filaments enroulés l’un sur l’autre, et désignés sous le nom d 'élatères.
Les spores sont arrondies, composées d’une double enveloppe et d’un contenu granuleux jaunâtre. Dans le sporange, elles sont accolées pour la plupart aux élatères chargés de leur dissémination.
Lne spore de Marchanda, placée dans les conditions favorables à son développement, donne naissance à d’autres utricules qui forment le thalle, comme chez les Algues, et non un mycélium, comme les spores des Lichens et des Champignons.
MOUSSES
Le Marchantia polymorpha se reproduit aussi par bulbilles. Ces bulbilles sont de petits corps oblongs, verdâtres, bilobés, qui développent des racines lorsqu’on les place à terre, qui se couvrent de stomates, etc. Elles se développent dans les corbeilles, organes cyalhiformes très-élégants, à bords dentés, qui se trouvent à la face supérieure des thalles adultes. 11 se reproduit encore par innovation, comme les Algues, c’està-dire que d’un groupe de thalles il peut s’en détacher un ou plusieurs qui continuent à végéter.
On employait autrefois le Marchantia en tisane comme diurétique, et comme dissolvant des engorgements du foie.
C’est au groupe des Hépatiques qu’appartiennent les Jungermannies, les Pellia, les Riccia, les Ànthoceros, que l’on distingue par la disposition de leurs organes de végétation, par la place qu’occupent les organes de fructification, par la déhiscence, l’enveloppe simple ou double de ces mêmes organes.
Fo. 490. — Anthéridies du Pellia cpiphylla (fig. empruntée à M. Tliuret).
a, anthérozoïde dans son enveloppe ; 6, anthérozoïdes libres.
6° MOUSSES
Les Mousses ( Musci , Juss.) sont des plantes cryptogames cellulaires, le plus souvent vivaces, rarement annuelles, chez lesquelles on distingue facilement des organes de végétation et des organes de reproduction. Les organes de végétation affectent la forme générale des racines, des tiges, des feuilles des Phanérogames, bien qu’ils en diffèrent considérablement par leur structure, puisqu’ils sont formés uniquement de cellules. Outre la reproduction par gemmes, par bulbilles, on constate chez les Mousses une véritable reproduction sexuelle. Leurs fleurs sont loin d’avoir la composition et l’éclat des fleurs de nos parterres: les unes sont unisexuées, mâles et contenant des anthéridies, ou femelles et contenant des spores ; les autres sont hermaphrodites
MOUSSES
et renferment par conséquent des spores et des anthéridies.
Les Mousses croissent dans tous les pays, à presque toutes les latitudes, un peu de terre leur suffit. Elles sont sociales ou solitaires. Les unes ne viennent quesur les roches siliceuses, comme \eBryumpallescens ; d’autres préfèrent les roches calcaires, comme YOrthotrichum cupulatum; un grand nombre vivent à terre, comme le Polytrichum piliferum, VHypnum cuspidatum; plusieurs s’attachent aux tiges et aux rameaux d’arbres vivants, comme YOrthotrichum pumilum; enfin certaines émigrent d’un milieu sur un autre, trouvant dans les deux cas la faible nourriture qui leur convient : tels sont le Barbula ruralis, le Dicranuin congestum.
Polytrichum commune.— Si le lecteur a devant les yeux celte grande et belle Mousse qui croît en grande abondance dans les bois humides, le Polytrichum commune, L. (tig. 191), et qu’on appelle encore Mousse dorée, Perce-mousse, il pourra remarquer il sa base une souche ou partie souterraine brunâtre ou noirâtre (lig. 191) qui vivait dans le sol, et qui est garnie d’un bon nombre de petits filaments : ces petits (ilaments, sont des racines, et paraissent avoir pour but de soutirer au sol l’humidité nécessaire. La souche se continue supérieurement par une tige aérienne, d’un brun noir brillant, couverte de feuilles, sur une coupe de laquelle on distingue presque toujours trois systèmes différents de cellules : « Un système extérieur, nommé cortical, composé de cellules à parois épaisses et solides, ordinairement colorées en brun; un système moyen, composé de cellules plus larges, â parois moins épaisses, sans coloration particulière, et renfermant dans leur intérieur une plus ou moins grande quantité de matières amylacées et chlorophylleuses (1) ; et enfin, le. système axile ou médullaire, formé de cellules plus étroites, à parois moins épaisses et souvent remplies de grains amylacés et chlorophylleux ; les cellules qui occupent l’axe même se lignifient quelquelois avec l’âge et prennent une teinte plus foncée. » (Schimper.)
Les feuilles sont petites, étroites, scaricuses â la base de la tige, et à mesure qu’on s’élève, elles deviennent de plus en plus
(I) Voyez plus loin le développement de l'amidon et de la chlorophylle.
MOUSSES
vertes, de plus en plus grandes ; leur milieu longitudinal porte une saillie, leurs bords sont dentés; elles sont insérées sur la tige
Fig. 191. — Polytric commun.
1. Polytric mtde : a, pied terminé par une rosette de fleurs milles ; b, pied formé de plusieurs axes successifs.
2. Polytric femelle : a, rameau avec son urne complète ; rameau dont l’urne est dépouillée de la coiffe.
avec une très-grande régularité, dans un ordre mathématiquement déterminé; leur tissu est entièrement cellulaire (1).
Le Polytriohum commune est dioïque.
(1 ) Voyez, pour lo développement des feuilles des Mousses, C. Nageli, in Zeitschrift /ür wissenschaftlichc Bolanik, von Sclilciden und C. Niigeli, 2e livr., p. 176, et Evlr. W. l1. Schimpcr, in Icônes morphologicec...., p. 13, pl. v,
MOUSSES
Les individus mâles se trouvent ordinairement à la proximité des individus femelles, sont les moins forts, les moins élevés; on les reconnaît particulièrement à la rosette rouge et cyathiforme qui occupe le sommet de la lige (fig. 491, 192). Chaque pied s’accroît par son sommet; un nouvel axe sort du milieu delà rosette, surmonte le premier, et se termine aussi en rosette; un troisième axe s’établit sur le second, etc.
Cette rosette de fleurs mâles, ou perigonium (Schimp.), est formée de folioles; chacune a dans son aisselle des organes mâles ou anthéridies. Les anthéridies sont des cylindres allongés portés sur un pied étroit; à leur maturité, elles s’ouvrent au sommet par rupture de la cuticule qui les recouvre. Leur contenu est d’abord granuleux, puis il forme une multitude de petites cellules sphériques, à parois diaphanes, contenant chacune un anthérozoïde. A la déhiscence des anthéridies, ces petites cellules sont chassées par saccades, leur tissu périphérique disparaît sous l’eau, et les anthérozoïdes deviennent libres. Ces derniers sont de petits corps linéaires, courbes, renflés en un point cl portant deux longs cils â l’une de leurs extrémités (fig. 193). Les anthéridies sont accompagnées de filaments plus ou moins grêles et de cylindres souvent vides: les premiers sont des paraphyses; lesseconds, des anthéridies dépouillées de leur contenu.
Les pieds femelles sont plus forts, plus élevés que les pieds
Fig. 192. — Coupe horizontale de la tige du Polytric commun.
Fig. 193. — Anthérozoïdes du Polytric mûle.
a, écorce ; 6, cellules contenant de l’amidon et de la chlorophylle; c, cellules du centre.
a, anthérozoïde dans son enveloppe; anthérozoïdes libres. (Figure empruntée à M. Thuret.)
MOUSSES
mâles; ils se terminent à l’âge adulte par une petite urne quadrangulaire, verte, portant des stomates, recouverte d’un chapeau pointu et poilu (fig. 191, 19G). Ils ne végètent pas à la manière des pieds mâles; chaque axe de nouvelle génération naît latéralement, et non sur le sommet des axes anciens.
Avant de porter une urne, le pied femelle se termine par un petit nombre ù'archégones analogues par la composition à ceux des Marchcintia; ils ont la forme d’une bouteille, sont dressés, . accompagnés de paraphyses, et entourés de folioles dont la réunion constitue le perigijnium (Schimp.). Les archégones portent dans leur partie renflée une masse verte ou cellule germinative au sein de laquelle devront plus tard se développer les spores. . Ordinairement, un seul d’entre ces archégones continue son développement.
Lorsque la fécondation doit s’effectuer, les cellules du sommet : de l’archégone se gonflent, se disjoignent, déterminent une ou-
Fig. 194. — Fleur femelle du Polytric commun.
archégone qui suivra son complet développement ; 6, archégone qui s’atrophiera probablement; c, pnraphyses; d, sommet île la tige; c, folioles du perigynium.
Fig. 195. — Base ilu fruit du Polytric commun.
a, pùrichèse dont les folioles ont été un peu écourtées; h, vagi mile ; c, base de la soie ou péd icelle.
verture, un évasement terminal ; la cuticule se rompt; les anthérozoïdes amenés des Poly tries mâles voisins profitent de la formation de celle espèce d’entonnoir pour s’y introduire, gagner le canal qui suit, et aller trouver la vésicule germinative.
MOUSSES
Dès lors cette vésicule germinative devient le siège d’une segmentation plus active; la cellule terminale inférieure s'engage dans le fond de l’archégone, pénètre dans la tige en se divisant à son tour, et va jusqu’au niveau des feuilles les plus élevées. Cette portion de tige se dilate progressivement et forme plus lard la vaginule.
C’est particulièrement dans l’épaisseur de la vésicule germinative que de grands changements s’opèrent. L’enveloppe générale, n’étant pas assez dilatable pour renfermer le contenu, se déchire circulairement : l’une des parties, la vaginule, reste à la base; l’autre partie est soulevée sur le haut de la vésicule germinative fécondée, qui s’allonge, et elle se retrouve dans le fruit sous le nom de coiffe ou calyptra.
Quand le fruit est presque adulte, on y distingue, de la hase au sommet, les parties suivantes : un involucre de feuilles modifiées, placées à la partie supérieure de la tige et qui forment le
Fig. 196. — Fruit du Polytric commun.
1. Fruit complet. — 2. Fruit dépouillé des poils de la coiffe : a, apophyse ; b, urne ; d, coiffe portée sur le côté et dépouillée de ses poils ; c, opercule. — 3. Urne dépouillée de la coiffe ; l’opercule est enlevé pour montrer le péris tome a,
périchèse; une vaginule, sorte de gaine qui sort du milieu du périchèse, et qui était avant la fécondation le sommet de la lige ; la soie ou pédicelle, filament brillant, rouge à la base, jaune au sommet, où il se termine par une partie renflée, nommée l’apophyse; la soie est la base allongée de la vésicule germinative fécondée; Yurne, boîte portée à l’extrémité de la soie; l 'opercule,
MOUSSES
placé sur l’urne, qui n’en était pas distinct à l’origine, mais qui en est devenu le couvercle; la coiffe ou calyplra, petite languette oblique qui recouvrait d’abord l’opercule, et qui, depuis, s’est, garnie de poils soyeux jaunâtres.
L’urne était d’abord une masse cellulaire, mais les cellules de l’axe ont donné naissance à une colonne centrale, la columelle, qui, partant du fond de l’urne, s’élève jusqu’à ses bords, en se dilatant et formant cloison horizontale. Les cellules placées entre
l'iG. 197. — Coupe verticale et coupe horizontale d’un jeune fruit de Polytric
cl, poils de la coiffe ; b, coiffe ; c, opercule ; d, parois de la capsule ; e, parois du sporange dans lesquelles se forment les spores ; f, columelle; j, brides cellulaires qui rattachent les parois du sporange à celles de l’urne.
les parois de l’urne et la columelle ont formé le sporange, sac inclus dans l’urne, et dans l’épaisseur des parois duquel se développent les spores. Dans les premiers temps de leur formation, les parois du sporange étaient placées contre celles de l’urne et contre la columelle; mais, en vieillissant, elles se contournent et nesont plus rattachées aux parties voisines que par des brides cellulaires. Enfin, sur les bords de l’urne, entre elle et l’opercule, il s’établitun anneau très-hygrométrique, muni de soixante-
commun.
MOUSSES
i quatre dents dirigées dans l’intérieur de la cavité. Cet anneau a reçu le nom de péristome. Lorsque le temps de la déhiscence est venu, les dents se relèvent et chassent l’opercule ; la membrane transversale, ou épiphragme, qui recouvre l’urne, se déchire; celle-ci se penche, et les spores s’échappent librement.
Les spores mûres placées sur la terre humide peuvent germer; elles donnent naissance à des filaments plus ou moins ramifiés, i formés d’une seule série de cellules, filaments qui forment ce que M. Schimper appelle prothallium proembnjonnaire, et sur lequel se développent les tiges.
Un très-grand nombre de Mousses peuvent se reproduire encore par des bourgeons qui se montrent sur les parties souterraines ou aériennes, et le plus souvent par des filaments qui, nés sur les racines, forment un véritable prothallium radicellaire (Schimper), analogue pour les fonctions au prothallium qui naît des spores. Souvent aussi on trouve dans l’angle supérieur que fait la feuille avec la tige (l’aisselle) des bulbilles qui se détachent et reproduisent la plante.
Les Polytrics ont été employés comme astringents et comme diurétiques; on ne s’en sert plus en thérapeutique. On ne les i utilise guère que pour faire des petils balais, des brosses, etc.
Bans les pays Scandinaves, c’est avec VHypnum parietinum i que les paysans calfeutrent les trous ou les fentes de leurs ha- ! bitalions. Chez nous, on emploie VHypnum triquetrum pour enb cadrer les bouquets artificiels, pour disposer les desserts, pour emballer les substances fragiles.
La connaissance exacte du Polytrichum commune permettra de comprendre facilement l’organisation des autres Mousses. Ces végétaux ne diffèrent guère entre eux que par leurs fleurs terminales ou axillaires, la déhiscence régulière ou irrégulière de la capsule, la disposition de la coiffe, la présence d’un ou deux péristomes, le nombre de dents de ce péristome, la disposition des feuilles, etc.
Spiiaignes. — Les Sptiaigines ( Sphagnum , Bill.), rangées habituellement parmi les Mousses, doivent, selon M. Schimper, être placées entre cette classe de plantes et les Hépatiques. Elles ont le mode de germination de ces dernières, des fleurs mâles analogues; leur fruit est dépourvu de coiffe. Mais, comme les
494 TISSU DES ACOTYLÉDONÉES.
Mousses, elles ont une capsule pour fruit. Cette capsule est recouverte par un opercule supporté par une soie, elle est traversée par une columelle; la soie sort d’une vaginule; les élatères manquent. La tige se termine en cône. Les fleurs sont axillaires : les mâles sont en chatons ; les femelles sont protégées par des écailles simulant un bourgeon. Les spores sont de deux sortes : les unes, grandes, d’un diamètre de de millim. environ, sont analogues à celles des Mousses et reproduisent la plante; les autres, beaucoup plus petites, nées dans les mêmes cellules ou dans d’autres, ne germent jamais.
Leurs stomates sont remplacés par des cellules perforées.
Les Sphaignes habitent de préférence les pays froids et tempérés. Les Sphagnum cuspidatum, subsecundum , se trouvent submergés dans les marais profonds ; les 5. molluscum, acuti folium, vivent dans les petits marais; les S. compactum, cymbi folium viennent dans les tourbières. Les détritus des Sphaignes forment souvent la première couche de terreau sur des terrains incultes, et permettent une végétation des plantes plus élevées en organisation : les grands dépôts de tourbe sont dus le plus souvent à d’immenses amas de Sphaignes.
Tissu rtes Acolylédonées ou Cryptogames.
Dans toutes les plantes étudiées précédemment, Algues, Characées, Champignons, Lichens, Hépatiques, Mousses, les tissus ont la composition la plus simple. Ils sont formés de cellules régulières ou irrégulières, sphériques ou allongées ou polyé-
Fio. 198. — Figure théorique indiqua® le phénomène qui survient lorsqu’on fait agir sur les cellules une dissolution d’iode dans l’acide sulfurique.
il, paroi de cellulose; 6, utriculc primordiale détachée ; c , matière azotée intérieure ; d, méats intercellulnires.
driques; chacune a, dans l’origine, des parois de cellulose, et contient dans son intérieur une matière azotée, ou protoplasma.
TISSU DES ACOTYLÉDONÉES.
Lorsque la cellule remplit un rôle actif, elle a toujours au moins une double paroi : l’une, externe, cellulosique; l’autre, interne, adossée à la première et nommée utricule primordiale : celle-ci renferme de l’azote au nombre de ses éléments.
On a la preuve de celle conformation de la cellule lorsqu’on fait agir sur elle une. dissolution d’iode dans du chlorure de zinc. Cette dissolution teint en bleu la paroi externe ou cellulosique, tandis qu’elle en détache l’utricule primordiale, qu’elle colore en jaune (1).
On regarde généralement celte utricule de matière azotée ou protoplasmique comme le principe actif delà cellule: c’est d’elle que procéderont toutes les substances qui se développeront dans l’intérieur. Lorsque les parois de la cellule s’épaissiront, c’est encore elle qui formera les nouveaux dépôts; elle les placera entre la paroi cellulosique et la sienne. Le premier dépôt sera le plus externe, le plus récent sera le plus interne. Il peut ainsi se former un grand nombre de couches de cellulose entre la paroi cellulosique et la paroi protoplasmique, et les cellules qui présentent au plus haut degré celte conformation sont habituellement désignées sous le nom de cellules fibreuses.
Le premier dépôt de cellulose ne tapisse pas toujours exactement toute la paroi externe, il ménage souvent certains points, certaines lignes ; ces endroits ou le dépôt ne s’est pas fait peuvent être disposés avec beaucoup de régularité, représenter de
Fig. 199. — Figure théorique indiquant les dépôts successifs faits dans les parois par l'utricule primordiale.
«, paroi de cellulose; b, utricule primordiale; matière azotée intérieure; 1,2, 3, 4, 5, G, dépôts successifs de dehors en dedans.
petites lignes, des réseaux, des creux linéaires spiraux. Le second dépôt se fait exactement sur le premier , le troisième sur le scj cond, et ainsi de suite. Si une semblable cellule est vue au mi-
(1) On peut encore employer une solution alcoolique d’iode mêlée à l'eau distillée, de manière à produire un léger précipité; le tout aiguisé d’une pointe d’acide sulfurique étendu.
496 TISSU DES ACOTYLÉDONÉES.
croscope, tous les endroits dans lesquels le dépôt n’a pas eu lieu apparaissent comme autant de taches, et l’apparence a fait donner le nom de cellules ponctuées, cellules rayées, cellules réticulées, cellules annelées, cellules spiralées, aux cellules dans lesquelles les dépôts manquent par points, par petites raies, par réseaux, par anneaux, ou dans une ligne spirale. Lorsque ces dépôts secondaires dans la paroi se font chez une cellule allongée, celleci devient une fibre. La fibre ne diffère donc de la cellule fibreuse que par son grand allongement; ses deux extrémités sont obliques, terminées en pointe. Elle peut présenter les mêmes ponctuations, les mêmes raies, les mêmes lignes spirales que les cellules. Une réunion de fibres constitue le tissu fibreux, ou prosenchyme.
Dans les plantes qu'il reste à étudier, on trouve constamment une transformation particulière de certaines cellules. A l’origine, celles-ci sont toutes placées l’une au-dessus de l’autre, dans le sens de la longueur, n’ayant entre elles aucune communication directe ; puis, peu à peu, les cloisons supérieures et inférieures disparaissent, laissant parfois des bourrelets comme traces de leur existence. La rangée de cellules s’est transformée en un long tube qui prend le nom de vaisseau.
Ce mode de formation des vaisseaux qu’on a appelés vaisseaux proprement dits, vaisseaux lymphatiques, vaisseaux aériens, suffit pour les distinguer des longs tubes qu’on remarque dans le mycélium des Champignons, les frondes des Algues; ces derniers ne sont que des cellules allongées.
Les vaisseaux qu’on rencontre dans les Cryptogames vasculaires sont formés par des cellules ponctuées, rayées, spiralées; les raies sont parfois disposées comme les échelons d’une échelle, et, selon leur apparence, les vaisseaux prennent le nom de vaisseaux ponctués, rayés, scalariformes, réticulés , annelés, spiralés; Us ne sont jamais ramifiés, et se terminent toujours brusquement.
Fig. 200. — Figure théorique représentant une portion de tissu fibreux ou prosenchyme. On suppose les parois ayant partout la même épaisseur; la fibre supérieure est coupée en travers.
TISSU DES ACOTYLÉDONÉES.
Quelques-uns des vaisseaux spiraux perdent leur enveloppe primitive dans tous les endroits où le dépôt ne s’est pas effectué; dès lors la spiricule déposée devient libre, et constitue un vaisseau spiral proprement dit ou trachée. On admet généralement que la spiricule est un cordon plein.
Fig. 20t. — Formation des vaisseaux chylifères (ligure théorique).
«, tissu cellulaire; b, rangée de cellules ponctuées, fi parois antérieures détachées pour montrer les cloisons entières ; e, vaisseau ponctué en voie de formation, les cloisons qui séparaient les cellules ne sont pas encore entièrement détruites ; il, vaisseau ponctué entier ; e, vaisseau rayé ; f, vaisseau spiral ou fausse trachée.
La réunion de vaisseaux parallèles est désignée sous le nom 1 de faisceau vasculaire; la réunion de fibres parallèles est appelée u faisceau fibreux ; on donne le nom de faisceau fibro-vasculaire ! ii la réunion des faisceaux fibreux et vasculaires.
Telles sont les principales modifications qu’offre le tissu des fil plantes cryptogames ou acolylédonées.
Le contenu des cellules est souvent très-complexe; il a été 1 étudié plus spécialement chez les Phanérogames ou Embryonnés, i qui fournissent un très-grand nombre de produits il la théraie peutique.
BOCQltlT.LON.
Les Fougères (Filices, L.) sont des végétaux cryptogames vivaces, vasculaires. Celles de nos climats ont une tige souterraine; certaines autres, telles que \c& Alsophila des Indes orientales, ont une tige dressée, aérienne, qui atteint une hauteur de 15 à 20 mètres. Chez toutes, les rameaux ont l’apparence de feuilles; leur forme et leur disposition sont caractéristiques : ils présentent ce caractère commun (excepté chez les Ophioglosses) d’être enroulés en crosse de dehors en dedans avant leur épanouissement. Les racines naissent de la tige, et sont, pour celte raison, appelées racines adventives.
Les organes de reproduction sont, dans la majorité des Fougères, situés à la face inférieure des frondes. Ce sont des spores qui, en germant, produisent un prothallium assez analogue par la forme au thalle de certaines Hépatiques.
Pour avoir une idée plus juste, plus nette de l’organisation des Fougères, on peut suivre dans tous ses développements la Fougère mâle (1) ( Polysticlmm filix-mas, Roth., ou Nephrodium filix-mas, Stremp.),' l’une des espèces les plus communes et les plus employées en thérapeutique.
Polysticiium filix-mas. — Lorsque au mois de juin on examine celte Fougère, on y remarque une partie souterraine noirâtre, d’autant plus grosse, qu’elle est plus âgée. C’est ce qu’on appelle la tige souterraine de la Fougère ou son rhizome. Elle porte des cordons noirs qui s’enfoncent dans le sol, et qui sont des racines adventives; elle porte aussi des rameaux verdâtres qui s’élèvent dans l’atmosphère, et qu’on désigne ordinairement sous le nom de frondes ; â côté de ceux-ci sont les hases vieillies des rameaux analogues détruits les années précédentes. La lige et les frondes sont munies de lames molles, grises ou noirâtres, plus ou moins laciniées, qui s’en détachent facilement. Les frondes ont l’apparence de feuilles; elles sont composées d’un axe médian ou rachis qui porte des axes secondaires, et ceux-ci
(1) Vieux nom pharmaceutique.
portent eux-mêmes, de côté et d’autre, des lames verdâtres, légèrement sinueuses et finement dentées.
Fig. 202. — Polystichum filix-mas.
a, coupe île la tige souterraine ; b , racines adventives ; c, rameaux aériens ou frondes ; écailles qui se détachent des frondes ; restes flétris des frondes des années précédentes.
A la face inférieure des lames verdâtres, on remarque ordinairement deux séries de petits corps réniformes placés de côté et d’autre de la nervure médiane. Ils dirigent leur partie concave vers l’axe secondaire de la fronde. Chaque corps
est un sore, et chaque sorese compose : 1° d’une indusie, mem-
Fig. 203. — Face inférieure d'une fronde montrant les sores sur chaque foliole.
brane qui n’est qu’un prolongement de l’épiderme soulevé en cet endroit, et qui sert de couvercle ; il n’est attaché à la
Fig. 204. — Une foliole grossie du sommet de la fronde.
Fig. 200. — Masse du sporanges en place sous l’indusie.
Fig. 20 . — Indusie.
l.Face supér'*.- 2. Face inférrc.
Fin. 207. — Sporanges adultes dont l'un laisse s'échapper les spores.
feuille que par un pédicule étroit qui répond à l’échancrure; 2° des sporanges, sacs nombreux, lenticulaires, pédicules, alla-
chés en un même point sur une nervure; ils contiennent ce qu’on a coutume d’appeler les spores de la Fougère.
Le sac dans lequel sont contenues les spores est formé de deux sortes de cellules : les unes, grandes, placées bout à bout, forment un anneau incomplet; les autres, à parois minces, fragiles, forment les parois. Lorsque les spores sont mûres, la circonférence de l’anneau se redresse, déchire les parois, et les spores s’échappent.
II est à remarquer que dans la description qui précède, et qui se rapporte û l’âge adulte, nous n’avons eu à signaler ni anthéridies, ni archégones.
Lorsqu’on place les spores du Polystichum dans du sable, à l’air, qu’on les maintient à une chaleur et dans une humidité convenables, elles émettent, après un temps variable, une lame cellulaire verdâtre qui rappelle, par son aspect, le thalle des Marchantia, et qui a reçu le nom de Prothallium. La face inférieure de ce prothallium fournit un certain nombre de cordons qui s’enfoncent dans le sol et servent de racines; c’est aussi sur
cette face que se montrent les anthéridies et les archégones.
Les anthéridies sont des cellules globuliformes saillantes, souvent en nombre très-considérable, et contenant de petites cel-
Fui. 208. — Anthérozoïdes de Fougère (figure empruntée ù M, rtoze).
t. Anthérozoïde enroulé dons son enveloppe. — 2. Anthérozoïde en mouvement.