DE LA TIGE
La tige est la tigelle développée. Le plus souvent elle s’élève dans l’atmosphère. On la désigne souvent sous le nom d'axe ascendant, par opposition à la dénomination axe descendant , appliquéeh la racine. Elle diffère de cette dernière en ce qu’elle porte des feuilles, et que les rameaux qui naissent normalement sur elle sont disposés avec une grande régularité. A son origine, elle est entièrement cellulaire. Son accroissement en longueur se fait dans toutes ses parties : en effet, les intervalles qui existent entre les feuilles de la tige, les mérithalles, comme on les appelle, augmentent tous de longueur. Mais c’est surtout au soin-
538 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
met que l’accroissement est actif. Là est le véritable point végétatif; on y trouve constamment et uniquement du tissu cellulaire nouvellement formé. A mesure que la tige grandit, les feuilles se développent.
Rameaux. — De même que la racine primaire porte de distance en distance, et régulièrement disposées, des racines de seconde génération; que les racines^e seconde génération donnent des racines de troisième génération semblablement placées, etc., les tiges portent des axes de deuxième génération trèsrégulièrement disposés, ceux-ci donnent des axes de troisième génération, et ainsi de suite. Tous ces axes nés de la tige et de générations successives sont des rameaux ; leur ensemble constitue la ramification, et donne à la plante un faciès particulier qu’on appelle son port ou sa physionomie.
Les rameaux naissent généralement en des endroits particuliers de la tige; ces endroits sont Vaisselle des feuilles. Ils apparaissent d’abord sous forme de bourgeons, c’est-à-dire sous forme d’un axe très-court, portant des appendices. Un bourgeon a exactement la même composition que la gemmule, il se développe comme elle ; mais il faut remarquer que celle-ci se nourrit au moyen delà radicule embryonnaire, et que celui-là prend la nourriture sur sa mère elle-même.
Formes des tiges. — Rien n’est variable comme la forme des organes chez les végétaux, comme leur consistance, leurs dimensions, etc. Aussi, lorsqu’on veut déterminer avec certitude la nature morphologique de ces organes, ce n’est pas à ces caractères qu’il faut s’adresser ; ce qu’il faut observer, c’est leur disposition réciproque, c’est leur développement successif.
Le nombre des formes et des dispositions des organes végétaux étant infini, on n’a pu créer un nom pour chaque forme ; la Botanique moderne, plus sobre que l’ancienne, n’admet plus qu’un certain nombre d’épithètes caractéristiques de quelques dispositions.
Ainsi, le mot tronc s’applique à la lige delà plupart des arbres de notre pays. Lorsque la tige est simple, vivace, que son sommet est couronné par un bouquet de feuilles, comme cela se voit chez les Palmiers, elle prend le nom de stipe ; lorsqu’elle est cylindrique, simple, creuse, garnie de nœuds annulaires,
TIGE
comme chez les Graminées, elle est appelée un chaume. Les végétaux dont le tronc est élevé sont des arbres; ceux dont le tronc a peu d’élévation et se ramifie beaucoup à une petite distance du sol sont des arbrisseaux ou arbustes. Les uns et les autres ont un bois solide ; ceux qui ont une tige molle sont des herbes. On trouve entre ces trois sortes de végétaux tous les intermédiaires.
Lorsqu’une tige s’élève verticalement, comme celle des Chênes, des Noyers, elle est dite dressée. Lorsqu’elle est trop faible pour se soutenir, qu’elle traîne surle sol, comme celle de la Véronique des champs, elle est dite couchée. Lorsque, traînant sur le sol, elle émet de distance en distance des racines advenlives qui l’y fixent, on la dit rampante : c’est ce qui se voit chez le Lierre terrestre. Lorsqu’au lieu de traîner, elle s’élève, s’attachant aux corps voisins par des organes divers, comme celle des Pois, on l’appelle grimpante. Si elle s’élève en s’enroulant autour des corps voisins, comme celle du Houblon, on la dit volubile;û elle végète, s’avançant sous le sol, comme celle de l’Iris, elle porte le nom de rhizome. Enfin, la tige ou le rameau peut se renfler, se gorger de sucs, constituer un réservoir de nourriture, comme on le voitchez la Pomme de terre ; on lui donne souvent alors le nom de tubercule.
Dans quelques Euphorbes, dans la plupart des Cactées, les tiges se renflent, deviennent charnues, et prennent un aspect qui leur a valu le nom d e. plantes grasses. Elles affectent dans les Echinocactus, les Mamillaria, la forme d’une sphère il côtes ou à mamelons garnis de groupes d’épines; dans les Cierges, elles ressemblent ii de longs prismes dont les angles sont épineux; çhviY Opuntia cochenillifera, les tiges et les rameaux ont la forme de raquettes placées les unes au-dessus des autres.
En général, lorsque les tiges ou les rameaux rappellent l’aspect des feuilles, on les nomme cladodes (de xXàd'oç, rameau' Il est facile de ne pas les confondre avec des organes appendiculaires, si l’on remarque que, comme tous les organes axiles, ils naissent h l’aisselle d’une feuille et qu’ils sont susceptibles de porter d autres organes. Ce serait donc à tort que les expansions vertes du Petit-Houx, des Xylophylla, seraient regardées comme des feuilles; leur naissance a l’aisselle de petites écailles (qui ne sont que des feuilles modifiées), leur fonction de porter ’ s
PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
groupes de (leurs, indiquent qu’elles sont de véritables rameaux. On ne devra pas non plus considérer comme appendices les tilaments verdâtres et grêles de l’Asperge, qui sont à l’aisselle d’écailles; ils constituent les rameaux de la plante, et les petites écailles en sont les feuilles.
Structure de la tige. — Lorsque la lige n’est encore que tigelle, elle est formée uniquement de cellules; mais, â mesure qu’elle avance en âge, son tissu change, les cellules se modifient, et il s’établit des fibres et des vaisseaux. La disposition réciproque des éléments anatomiques change avec chaque genre de plantes. On admet généralement qu’elle se présente sous deux types principaux : celui des Dicotylédonées et celui desMonocotylédonées, bien que parfois ces deux types affectent la plus grande ressemblance.
1° Chez les Dicotylédonées. — Lorsque la tigelle d’un embryon dicolylédoné commence à se développer et qu’on en fait une coupe transversale, on voit sur cette coupe, disposées sur une circonférence, quelques taches opaques, équidistantes, qui tranchent sur le tissu cellulaire environnant. Chacune deviendra un faisceau fibro-vasculaire qui, lorsqu’il sera complètement constitué, offrira, de l’intérieur â l’extérieur, la composition suivante: i° des trachées déroulables et des vaisseaux spiraux; 2° des vaisseaux ponctués, rayés, etc., unisles uns aux autres par des fibres; 3° une portion de zone qui reste cellulaire; 4°des fibres claires, allongées. Le centre de la lige est toujours occupé par le tissu cellulaire qui, plus tard, forme ce qui est appelé la moelle ; les espaces cellulaires situés entre les faisceaux fibro-vascu- 1 ai res, et qui partent de la moelle en rayonnant, sont des rayons médullaires. A mesure que la plante avance en âge, il se forme, entre les faisceaux primitifs, le plus souvent sur la même circonférence régulière chez les végétaux vivaces, et sur une circonférence irrégulière dans les végétaux annuels, d’autres faisceaux qui ont la composition des premiers. De telle sorte qu’après un temps variable, le nombre des faisceaux est si grand, que ceux-ci composent la plus grande portion de la tige. Au bout de la première période de végétation, le tissu s’est gorgé de ligneux dans quv..., "'-unes de ses parties, eten généralon reconnaît, à cette i>v<up, dans la tige, deux portions distinctes: la portion cen-
TIGE
traie ou le bois, et la portion périphérique ou l’écorce; ces deux portions sont séparées l’une de l’autre par la zone cellulaire dite zone génératrice ou d’ accroissement, et elles sont traversées par les rayons médullaires. Le bois comprend : la moelle, qui occupe le centre delà lige et reste toujours cellulaire; Y étui médullaire, qui entoure la moelle, et est formé par la partie interne des faisceaux, c’est-à-dire par l’ensemble des trachées et des vaisseaux spiraux; et enfin le bois proprement dit, formé en grandepartie parles vaisseaux ponctués, rayés, et les fibres qui les unissent dans chaque faisceau. L’écorce comprend, nous l’avons dit, toute la portion de la lige située en dehors de la zone d’accroissement. Elle est moins développée que le bois, et se compose, de dedans en dehors : du liber, zone fibreuse comprenant les fibres claires, allongées, qui sont à la partie externe des faisceaux fibro-vasculaires ; d’un tissu cellulaire plus ou moins abondant, comprenant souvent deux zones distinctes : l’une qui recouvre le i liber, dont les éléments renferment de la chlorophylle, et qui, i pour cette raison, a été appelée enveloppe herbacée; l’autre plus extérieure, dite enveloppe subéreuse ou suber, dont les cellules i sont ordinairement rayonnantes, à section rectangulaire et ne i contiennent pas de matière verte ; enfin de l 'épiderme, enveloppe générale composée de cellules aplaties.
La plante croit en longueur et en diamètre. L’allongement se fait, à l’extrémité supérieure, par l’addition d’un nouveau cylindre de moelle qui surmonte l’ancien, et parla formation, autour de cette moelle, d’une couche de bois et d’une couche d’écorce, i qui se développent exactement comme nous l’avons vu dans la ; tigelle. L’accroissement en diamètre se fait dans la zone génératrice, et consiste dans le développement de nouveaux faisceaux fibro-vasculaires en rapport avec les feuilles par leur extrémité supérieure ; la portion la plus interne de chacun d’eux a la composition du bois et se dépose sur le bois, de dehors en dedans, cependant elle ne renferme jamais de trachées au nombre de ses éléments; la portion qui est adjacente à l’écorce a la composition du liber et se superpose de dedans en dehors à ce tissu.
11 est à remarquer que le dépôt de bois se fait lentement et progressivement, tandis que celui du liber s’interrompt souvent,
542 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
et consiste en feuillets successifs qui ont fait donner à cette
portion de l’écorce le nom qu’elle porte.
Chez quelques arbres et dans les pays tropicaux, la végétation a quelquefois lieu pendant toute l’année ; dans les climats tempérés, l’accroissement d’un grand nombre de plantes s’interrompt pendant les froids et reprend au printemps avec une nouvelle vigueur. Dans le Chêne et la plupart de nos arbres fruitiers, il se fait, seulement pendant la belle saison de chaque année, une nouvelle couche de bois et de nouvelles couches de liber. Les premières portions qui se déposent au printemps, du côté du bois, contiennent un grand nombre de vaisseaux, tandis que les dernières, qui se déposent en automne, contiennent plus de fibres, sont plus ligneuses et souvent même ne renferment pas de vaisseaux. Delà une différence de teinte, de dureté, entre les parties voisines de deux dépôts annuels de bois, différence qui permet, sur une coupe transversale, de reconnaître facilement le nombre de ces dépôts, et par conséquent l’âge des arbres.
Si la coupe transversale est faite sur un tronc d’arbre dit à bois dur, comme celui du Noyer, du Chêne, du Mûrier, ou de l’Ébène, on observe que le bois du centre présente une teinte foncée, çt que celui de la périphérie offre une teinte claire: le premier est le plus âgé, le plus dense, contient une forte proportion de ligneux, et a reçu le nom de duramen; le second est plus pâle, moins dense, et constitue l 'aubier. Le duramen passe toujours par l’état d’aubier.
Le développement des différentes parties delà tige, l’agencement des éléments, sont loin d’être les mêmes pour toutes les plantes; chacune a sa structure propre. Ainsi, la moelle, qui est peu • développée dans les Chênes, est très-abondante chez le Sureau. Elle se mortifie avec l’âge, du centre à la périphérie, dans la plupart des végétaux, tandis que dans les rameaux souterrains delà Pomme de terre elle se remplit de fécule; elle remplit tellement bien le canal médullaire dans VAralia papyrifera Hook., qu’elle sertà faire ceslamesassezétenilues, connues sous le nom d epapier de riz. Chez le Fenouil, certaines Sauges, la plupart desOmbellifères, etc., le canal médullaire devient creux au centre, les cellules mortifiées de la moelle se portent à la périphérie, entraînées par l’élongation de la tige. Dans le Noyer, le Jasmin, la moelle se
TIGE. 543
"découpe en lamelles séparées par des vides, par suite de l’accroissement rapide du diamètre de la tige. Enfin, au milieu des cellules qui composent la moelle, on voit parfois apparaître des vaisseaux laticifères, des réservoirs de sucs, de résine, etc.
Le bois, dans sa constitution, n’est pas moins variable que la moelle. Ainsi, chez le Pin, le Sapin, les dépôts annuels qui succèdent au premier ne contiennent pas de vaisseaux; ils sont composés de fibres seules, et ces fibres porlent de larges ponctuations caractéristiques. Tandis que dans le Chêne, l’Erable, le Tilleul, etc., chaque dépôt annuel est d’aulant plus dense, qu’il a été fait à une époque plus rapprochée de l’arrière-saison ; dans les Conifères, le contraire a lieu, le bois le plus dense est celui déposé au printemps. Chez plusieurs Bombax, quelques Hibiscus, chez VÆschynomene paludosa , le bois a l’apparence et la consistance de la moelle, ce qu’il doit à la pauvreté de ses fibres ligneuses, à la prédominance de son tissu vasculaire. Enfin, chez le Cerisier, l’Abricotier, le Hêtre, etc., on trouve, au milieu du bois, des cellules isolées ou réunies en groupes, qui forment ce qu’on a appelé le parenchyme ligneux. On admet qu’elles sont le résultat du cloisonnement de certaines fibres.
Les rayons médullaires manquent très-rarement chez les Dicotylédonées. Ils n’ont pas toujours, sur une coupe horizontale, la direction rectiligne; en effet, chez les plantes annuelles, ils forment une ligne brisée ou sinueuse. Ils sont plus ou
I moins épais : ainsi chez le Pin, le Sapin, ils se composent d’un seul plan vertical de cellules; chez le Châtaignier, ils sont peu visibles, et chez le Chêne ils sont très-marqués. C’est particuïlièrement à la composition des rayons médullaires qu’on a pu reconnaître que certaines charpentes des vieilles cathédrales golithiques sont construites en Chêne et non en Châtaignier, comme on le croyait.
Le liber manque chez quelques plantes, mais il est très-abondant chez d’autres, telles que le Chanvre, le Lin, le Tilleul. Tan- 1 tôt les fibres qui le composent sont groupées par faisceaux réunis tnu moyen du tissu cellulaire, tantôt elles sont isolées. Souvent aussi on trouve, associées aux fibres, de larges cellules allongées,
1 parois ponctuées, dites tubes cribcux (Th. Ilartig) ou cellules ■reillissées (H. Mohl), formant des couches assez abondantes, par- -
5 kà PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
ticulièrement après la première année de végétation. Enfin, c’est' particulièrement dans le liber qu’on trouve, selon les plantes, une plus ou moins grande abondance de vaisseaux laticifères.
L’enveloppe herbacée atteint son maximun d’épaisseur dans les plantes grasses, dans les herbes-, elle est peu développée, en général, chez les arbres. Les cellules qui la forment sont d’autant plus larges qu’elles sont plus au centre de la zone. Elle est souvent revêtue par une autre zone de cellules particulières, à parois épaisses, qui ont la propriété de se gonfler dans l’eau et qui forment une sorle d’enveloppe protectrice. C’est cette zone qui a reçu le nom de mésoderme ou collenchyme.
L’enveloppe subéreuse n’existe pas en général dans les plantes jeunes; elle ne se développe que tardivement, entre l’enveloppe herbacée et l’épiderme. Les cellules qui la forment se dessèchent rapidement de l’intérieur îi l’extérieur.
Le plus souvent chaque zone annuelle est recouverte par une ou deux assises de cellules tabulaires, à parois épaisses, qui sont destinées à remplacer l’épiderme, et qui forment ce que i M. H. Mohl appelle le périderme.
L’épiderme ne persiste ordinairement que sur les tiges des • herbes; il se détruit de bonne heure chez les végétaux ligneux, . et est remplacé par le périderme. Sur les jeunes arbres, l’épi- • derme se crève ordinairement pour former de petites fentes,.! poussé qu’il est par le tissu cellulaire sous-jacent, qui se montre . au dehors par les solutions de continuité, et forme ces petites • proéminences appelées lenticelles. Ce n’est pas seulement l’épiderme qui se déchire et se détruit, ce sont souvent aussi les couches sous-jacentes. Ainsi, dans le Bouleau, les larges feuillets qui se détachent de la lige sont constitués par le périderme ; ils étaient d’abord réunis par un peu de tissu subéreux sans consistance, qui s’est déchiré. Dans les Platanes, le tissu péridermique englobe des plaques de liber, et lorsque le périderme se déchire, ces plaques, n’étant plus réunies les unes aux autres, se détachent et tombent.
La structure et le développement des Lianes ne sont pas en tout conformes à ceux des autres Dicolylédonées. Ainsi, chez les : Lianes de l’ordre des Malpighiacées, ce n’est que dans les pre- ; mières années que les dépôts annuels ont la forme d’anneaux
TIGE
réguliers concentriques; plus lard ces dépôts s’accumulent par places seulement, desorleque la partie ligneuse apparaît, dans une coupe transversale, sous forme d’une étoile mullirayonnée.
Une disposition analogue se rencontre chez les Lianes Bignoniacées, avec quelques modifications caractéristiques dans le tissu. Chez les Gnetum, le liber, au lieu de former une zone unique en dehors de la zone d’accroissement, donne des zones distinctes, séparées entre elles par les dépôts annuels du bois. Chez quelques Lianes Ménispermées, on retrouve presque la même disposition, avec cet arrangement particulier, qui consiste en ce qu’après un certain nombre d’années, les couches de bois ne se développent que sur un côté de la tige.
Les Dicotylédonées annuelles diffèrent , pour la plupart, des Dicotylédonées vivaces en plusieurs points. Leur moelle est en général plus abondante; les rayons médullaires ne sont pas rectilignes ; la zone génératrice n’est plus formée par deux circonférences concentriques régulières; les faisceaux fibro-vasculaires semblent, le plus souvent, disséminés sans ordre dans le tissu cellulaire central, et sont d’autant plus rapprochés les uns des autres, d’autant moins épais, qu’ils sont plus près de la périphérie de la tige.
‘2° Chez les Monocotylédonées. — L’aspect desMonocotylédonées diffère de celui d’un grand nombre de Dicotylédonées ; chez ces dernières, la tige se ramifie, tandis que dans les premières les rameaux axillaires avortent souvent. Mais cette particularité de l’avortement des rameaux est loin d’être aussi générale qu’on l’a cru ; en effet, les Asperges, les Fragons, les Joncs, les Salsepareilles, les Dragonniers, et beaucoup d’autres, développent des rameaux souterrains ou aériens.
La structure des Monocotylédonées rappelle, en général, celle ' des Dicotylédonées annuelles, mais elle se modifie dans chaque plante qu’on examine. Les faisceaux fibro-vasculaires se montrent en plus grand nombre dans la tigelle et sont tout d’abord i disposés en cercles concentriques. A mesure qu’ils deviennent plus nombreux, leur disposition perd sa régularité, et ilsappai raissent disséminés dans le tissu cellulaire. Chacun d’eux est formé, en allant du centre a la périphérie : 1° de vaisseaux spi- ’ raux comprenant des trachées et des fausses trachées; 2° de
546 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
grands vaisseaux rayés, ponctués, unis par des fibres courtes et peu nombreuses; 3° de cellules allongées à base horizontale ; 4° de fibres à parois épaisses, qui occupent la place du liber dans les faisceaux des Dicotylédonées, mais qui, ici, forment la portion la plus ligneuse du faisceau. Les vaisseaux laticifères ne se montrent que tardivement. De même que chez un grand nombre de Dicotylédonées annuelles, les faisceaux ne conservent pas leur épaisseur dans toute leur étendue ; en rapport par leur extrémité supérieure avec les feuilles, ils gagnent rapidement la portion centrale de la tige, puis redescendent en croisant les faisceaux inférieurs et passent à leur côté externe pour se rapprocher de l’écorce. Dans ce trajet, ils perdent successivement les divers éléments de leur portion interne, c’est-à-dire, d’abord leurs vaisseaux spiraux, puis les vaisseaux d’un autre ordre et les fibres qui les unissent; de sorte que lorsqu’ils arrivent à la périphérie de la tige, ils sont réduits à Ane plus ou moins grande quantité de fibres épaisses qui formaient leur portion externe. Cette disposition explique pourquoi la plupart des tiges monocotylédonées ont le môme diamètre dans toute leur étendue, et pourquoi la portion périphérique de leur bois est la plus ligneuse. L’écorce varie d’une plante à l’autre; en général, elle ne contient pas de liber et est souvent uniquement cellulaire.
Chez la plupart des Graminées, le tissu cellulaire central subit le même sort que la moelle d’un grand nombre d’Ombellifères : il se mortifie de bonne heure; ne pouvant suivre dans son développement la périphérie de la tige, il se rompt, tapisse le canal formé par les vaisseaux fibro-vasculaires, et laisse à sa place un long canal cloisonné de distance en distance, au niveau des feuilles. Les cloisons sont horizontales, dures et formées par des faisceaux fibro-vasculaires qui semblent être les ramifications des faisceaux fibro-vasculaires longitudinaux.
On trouve parmi les Monocotylédonées des plantes telles que les Dragonniers, dont la tige, au lieu d’être cylindrique, comme celle des Palmiers, est conique, comme celle des Dicotylédonées. La raison de celte particularité est, selon M. H. Molli, que les faisceaux fibro-vasculaires de ces plantes ne s’appauvrissent pas dans leur trajet, et la lige, étant d’autant plus riche en faisceaux fibro-vasculaires, qu'on la considère plus près de la base, doit
TIGE. 547
offrir un diamètre d’autant moindre qu’on s’approche plus de son sommet.
L’accroissement en diamètre des Monocotylédonées ne se fait pas comme celui des Dicotylédonées vivaces; il est produit par l’addition de nouveaux faisceaux fibro-vasculaires en rapport, par leur extrémité supérieure, avec les feuilles nouvellement apparues.
De quelques phénomènes de la végétation des tiges. — Lorsque la tigelle s’allonge pour devenir la tige, elle se dirige vers la lumière. «L’expérience a démontré que les sept couleurs du spectre solaire n’ont pas la même puissance directrice; celte puissance réside dans la portion la plus réfrangible du spectre, c’est-à-dire dans la lumière bleue, la lumière indigo et la lumière violette.»
Les plantes volubiles semblent obéir à une puissance propre à chacune d’elles; elles s’enroulent autour des objets en suivant une spire dont la direction est déterminée, invariable : cette spire va de droite à gauche, pour les unes, et est dite sinistrorsum; elle va de gauche à droite pour les autres, et est par conséquent dextrorsum. Pour déterminer la direction de la spire, il faut se mettre, parla pensée, à la place de l’axe entouré, et examiner si la tige volubile monte devant soi, de droite à gauche ou de gauche à droite. C’est en employant ce moyen qu’on vérifie que la spire du Liseron est sinistrorsum, que celle du Houblon est dextrorsum.
Certaines plantes, telles que le Blé, le Seigle, la Carotte, le Navet, etc., ne fructifient qu’une fois et meurent. C’est pour indiquer cette particularité que de Candolle leur a donné l’épithète de monocar piennes. D’autres plantes, telles que les Lilas, les Pommiers, les Poiriers, les Noyers, etc., fructifient un grand nombre d’années de suite; elles sont dites polycarpiennes. Parmi les premières, les unes ne voient qu’un printemps, elles sont annuelles; les autres, comme la Carotte, le Navet, ne fructifient que pendant la seconde année, elles sont bisannuelles; d’autres encore, bien qu’elles ne fleurissent qu’une fois, vivent plusieurs années; enfin les plantes polycarpiennes sont toutes vivaces. 11 arrive souvent que telle plante, vivace dans une contrée, devient annuelle dans une autre, et réciproquement. Les distinctions en
PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
annuelles, bisannuelles et vivaces ne devront donc s’employer que pour des plantes placées dans les mêmes conditions de végétation.
Lorsqu’une plante est bisannuelle, elle emploie ordinairement la première année de son existence ou la première période de sa végétation à amasser, dans telle ou telle partie de son individu, la nourriture nécessaire à sa génération future. Le réservoir peut être la racine, comme chez le Navet, le Radis, la Carotte, le Chou-rave ; la racine et en même temps la base de la tige, comme dans la Betterave; la tige seulement, comme dans le Chou-navet; les feuilles, comme dans la Laitue, le Chou cabus; le bourgeon, comme dans le Chou de Bruxelles; l’inflorescence, comme dans le Chou-fleur. Lorsque la plupart de ces plantes se disposent à fleurir, elles s’allongent rapidement, elles montent ; leurs réservoirs se vident des sucs amassés, qui parviennent en définitive jusque dans les fruits, pour le développement des graines.
Toutes les plantes monocarpiennes, c’est-à-dire toutes celles qui meurent tout entières lorsque leur bourgeon terminal a fleuri, sont dites des plantes à axe déterminé; les plantes polycarpiennes ont un axe indéterminé, et possèdent des axes secondaires qui sont déterminés ou indéterminés.
Le mode de végétation des plantes polycarpiennes est excessivement variable. Les unes, comme le Chêne, le Hêtre, le Tilleul, etc. , s’élèvent dans l’atmosphère; leurs axes secondaires peuvent être indéterminés et donner lieu à des axes tertiaires également déterminés ou indéterminés ; ceux-ci fournissent des axes de quatrième génération, et ainsi desuite. La végétation cesse pendant les mauvaises saisons, mais les racines et les rameaux persistent.
Chez les Dahlia, les tiges et les rameaux meurent chaque année, dans la plus grande portion de leur étendue; la base seule continue de vivre et porte des bourgeons axillaires. Pendant sa période végétative, la plante amasse dans sa racine des sucs nourriciers; aussi, lorsque au printemps on replace ces racines dans le sol, leur réservoir s’épuise, la nourriture qu’il renfermait passe dans les bourgeons axillaires et les développe en rameaux aériens.
Chez le Lierre terrestre, la Véronique officinale, qui ont des tiges rampantes, il se développe des racines adventives sur les
TIGE
nœuds qui touchent la terre, racines qui ne tardent pas à remplacer la racine primaire. En effet, après deux ou trois périodes végétatives, cette dernière se détruit complètement. A partir de ce moment, la tige elle-même disparaît lentement, progressivement, d’arrière en avant, tandis qu’elle s’allonge par sa partie supérieure. De sorte qu’une Véronique officinale semée dans un endroit peut se retrouver vivante et loin de là quelques années après. Les rameaux végètent à la façon de la lige, et peuvent ainsi donner cà la plante un grand développement.
Chez la Primevère officinale, les feuilles et les rameaux florifères tombent après la floraison, mais la tige, qui est très-courte et terminée par un bourgeon feuille, garde ses bourgeons axillaires, qui se développent au printemps suivant. De plus, la racine primaire se détruit, et la plante n’est plus fixée au sol que par des racines adventives qui naissent à l’aisselle des anciennes feuilles, sur la base enfouie de la tige. C’est donc à tort qu’on a cru autrefois que cette portion souterraine de la Primevère était une racine ; c’est une véritable tige, elle porte des feuilles régulièrement disposées et des bourgeons : c’est un rhizome vertical.
Dans les Iris, lesCarex, les Chiendents, le Sceau-de-Salomon, les rhizomes ne sont plus verticaux, ils courent sous le sol ; ce sont bien des liges, puisqu’ils offrent ce caractère spécial de porter des feuilles ou des traces de feuilles régulièrement disposées, et les axes verts qui émanent de ces plantes, chaque année au printemps, ne sont que des rameaux. Absolument comme les tiges aériennes, les rhizomes sont déterminés ou indéterminés. Celui du Sceau-de-Salomon, des Carex, est terminé par un bourgeon à fleurs, il est donc déterminé par son axe primaire. Mais avant de fleurir, il donne un nouvel axe, axe de deuxième génération, qui s’est montré à l’aisselle d’une écaille souterraine, se développera et fleurira à son tour; sur l’axe de deuxième génération en naîtra un de troisième, et ainsi de suite: de sorte que le rhizome du Sceau-de-Salomon est une suite d’axes superposés et de génération différente. Un a donné à ces sortes de tiges, en apparence uniques, le nom de sympodes.
Les rhizomes des Scirpes, des Chiendents, sont terminés par un bourgeon à feuilles, comme celui de la Primevère; ils sont
BOCQU1LI.ON. 31,
550 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
donc indéterminés. Mais ils émettent des rameaux ou axes de seconde génération, qui se montrent chaque année au dehors et fleurissent; ces axes de seconde génération sont par conséquent déterminés. Les Carex, les Chiendents ont exactement, sous le sol, la manière de végéter des plantes rampantes, telles que la Véronique officinale.
Les masses charnues qu’on appelle vulgairement des Pommes de terre, ou tubercules de Pommes de terre, ne sont .autre chose que des rameaux particuliers et souterrains du Solarium tuberosum. Pour arriver à la connaissance de leur nature morphologique, il suffit de remarquer que ces renflements portent, comme toutes les tiges, des feuilles ou leurs traces très-régulièrement disposées ; feuilles qui ont, à leur aisselle, un bourgeon situé dans ces creux connus sous le nom d'yeux de la Pomme de terre. On peut aussi suivre le développement de la plante obtenue par semence, et l’on remarque que parmi les rameaux donnés par la lige en grandissant, les uns, ceux qui naissent à l’aisselle des feuilles les plus élevées, deviennent aériens, verts, et donnent fleurs et fruits ; les autres, inférieurs, s’enfoncent dans le sol, portent, au lieu de feuilles vertes, de petites écailles, et donnent de nouvelles ramifications linéaires, cylindriques, semblables à eux, ou d’autres rameaux qui sont le plus souvent terminaux, se gorgent de fécule et constituent le tubercule. Si donc ce tubercule est plaée en terre humide, il devient le siège des phénomènes analogues à ceux qui se montrent sur une bouture; les bourgeons de l’aisselle des écailles se développent en rameaux aériens ou souterrains, et il s’établit des racines adventives.
Nous avons vu plus haut que dans certaines plantes monocarpiennes, la première période végétative est une époque d’emmagasinage de nourriture, que le magasin se place dans telle ou telle portion du végétal; chez un grand nombre de plantes polycarpiennes, le magasin se refait tous les ans, à la belle saison, pour le développement de la génération suivante. Aussi, pendant l’hiver, ces plantes sont parfois réduilesà de simples renflements. La nature morphologique de ces renflements change avecchaque plante: ainsi les tubercules du Dahlia, les griffes des Renoncules sont des racines; les tubercules de la Pomme de terre sont des rameaux ; les renflements qu’on a appelés bulbes sont tantôt des
TIGE
tiges, tantôt des tiges garnies de feuilles épaissies et de rameaux.
Lorsqu’une graine de Lis est placée dans les conditions convenables, elle germe; sa racine se développe et sa tigelle s’allonge. A la lin de l’été, toutes les parties vertes tombent, les racines mêmes se détruisent. 11 ne reste qu’une courte lige qui, à cause de sa forme, prend le nom de plateau, et les feuilles inférieures très-épaissies, écailleuses, qui, étant privées de lumière, sont blanches ; elles portent à leur aisselle des bourgeons qui peuvent s’en détacher facilement, et qu’on appelle ordinairement des caïeux. C’est tout cet ensemble qui forme le bulbe écailleux du Lis. Si on le place dans la terre, il se conduit comme une bouture : la partie inférieure de son plateau se garnit de racines adventives; quelques-uns de ses bourgeons se développent, se garnissent de feuilles vertes, de fleurs, et la base devient un bulbe à son tour.
Dans les bulbes de l’Oignon, du Poireau, de l’Ail, de la Jacinthe, de la Scille, ce ne sont plus les feuilles entières qui persistent sur le plateau, mais seulement leurs bases; elles l’entourent comme autant de tuniques concentriques; de Ut le nom de bulbe tunique donné au bulbe de ces plantes.
Les bases des feuilles sont peu nombreuses dans le bulbe tuniquédela Tulipe, mais elles sont très-épaisses, pressées, etd’autant plus charnues qu’elles sont plus intérieures.
Chez le Safran cultivé, le Colchique d’automne, le bulbe n’est plus feuillé ; il est produit par un renflement de tige ou de rameau, et désigné par le nom de bulbe plein. Dans la première de ces plantes, les bulbes sont ordinairement superposés; l’inférieur s’épuise pendant que se forme celui qui est au-dessus. Dans le Colchique, les bulbes sont latéraux; le plus récent est un rameau axillaire de l’autre, et il se forme pendant que celui-ci s’appauvrit.
Nous avons dit plus haut qu’un bourgeon pouvait être comparé à une gemmule, qu’il se développait comme elle, mais qu’au lieu de puiser sa nourriture directement dans la terre, il la prenait sur sa mère elle-même. Les faits que nous venons d’exposer justifient la comparaison; ils montrent même qu’un bourgeon privé de sa mère développe des racines adventives, qui remplacent pour lui une racine propre.
552 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
Ces phénomènes naturels expliqués ont donné l’idée de différents procédés artificiels pour la propagation des plantes.
Il suffit, pour la propagation de certains végétaux, de détacher d’un rameau charnu une portion de ce rameau munie d’un bourgeon et de la confier à la terre, pour que, peu de temps après, grâce à la nourriture acquise et à la formation déracinés adventives, le bourgeon se développe en rameau. C’est de cette manière qu’on reproduit ordinairement la Pomme de terre et l’Ananas.
Il n’est même pas besoin de confier à la terre le rameau ou le bourgeon qu’on veut développer; on peut luidonner une nourrice. L’expérience a démontré que la plante choisie pour nourrice doit avoir le plus grand nombre de caractères communs avec son nourrisson. En agriculture, le nourrisson s’appelle la greffe ou le greffon, et la nourrice, le sujet. De même qu’on abaisse jusqu’en terre des rameaux pour en faire des marcottes, des 'branches détachées pour en faire des boutures, des bourgeons (bulbes, bulbilles ou caïeux) pour leur développement ultérieur en rameaux, on peut aussi rapprocher deux végétaux, les unir intimement de manière qu’ils aient une vie commune, et l’on fait, en opérant ainsi, une greffe par approche ; on peut porter un rameau dans une fente faite d’abord sur le sujet, c’est-ii-dire faire une greffe par scion ou rameau (greffe en fente); enfin, on peut porter sur le sujet un bourgeon muni de son écorce, et l’on fait une greffe par bourgeon (greffe en écusson, en sifflet, en flûte).
Dans quelle portion du sujet devra-t-on placer la greffe? La réponse à cette question est facile, si l’on se rappelle comment se fait l’accroissement des végétaux. 11 est indispensable que sujet et greffe soient en contact par leur zone d’accroissement. Par ce moyen, la nourriture puisée dans le sol par le sujet passe dans la greffe, est assimilée, et la zone d’accroissement de celle-ci dépose, chaque année, sur son bois, une nouvelle couche de bois, et du côté du liber une nouvelle couche de liber, couches en tout conformes à celles qui se formeraient si la greffe prenait elle-même sa nourriture dans le sol.
FEUILLES
DES FEUILLES
Les Feuilles sont des organes appendiculaires, souvent en forme de lames minces et vertes, disposées sur la tige ou sur les rameaux avec une régularité mathématique.
Une feuille complète se compose de trois portions : 1° d’une gainé; 2° du pétiole; 3° du limbe. La gaine est la base de la feuille complète ; elle entoure plus ou moins l’axe qui la porte. Le pétiole est ce qu’on appelle vulgairement la queue de la feuille; il surmonte la gaine; le plus souvent il est arrondi, mais lorsqu’il s’aplatit, l’aplatissement est latéral. Le limbe est la portion ordinairement verte et aplatie de la feuille qui suit le pétiole; l’aplatissement est parallèle au sol, c’est-à-dire en sens inverse de celui du pétiole.
Les feuilles présentent rarement ce degré de perfection; la plupart de celles de notre pays sont dépourvues dégainé; elles sont réduites au pétiole et au limbe. Plusieurs mêmes manquent de pétiole et sont atlachées directement par la base du limbe ; on les dit sessiles. Celles qui n’ont qu’un pétiole sans limbe ont reçu le nom de phyllodes.
On distingue dans le limbe une face supérieure, une face inférieure, deux bords et un sommet. Le limbe est formé de deux portions : 1° d’un ou plusieurs cordons plus ou moins saillants qui, partant de la base, parcourent le limbe en se ramifiant ou non; ces cordons sont les nervures; 2° du parenchyme, qui est le tissu compris entre les nervures.
Nervation. — La nervation des feuilles est la disposition que présentent les nervures sur le limbe. Elle est dite pennée, lorsqu’une nervure principale, s’étendant de la base au sommet du limbe, donne des nervures à droite et à gauche. Celte disposition rappelle la forme d’une plume munie de ses barbes. Ex. : Buis, Laurier-rose, Tabac, Tilleul. Elle est dite palmée, lorsque plusieurs nervures parlant de la base s’étendent dans la feuille en divergeant. Cette disposition rappelle celle des pieds de palmipèdes. Ex. : Mauve, Lierre. Enlin,si toutes les nervures partent de la base du limbe et marchent parallèlement jusqu’au sommet, ce
PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
limbe est dit rectinervié. Ex. : Lis, Glaïeul, Iris. Une feuille est donc penninerviée, palminerviée , ou rectinerviée.
Les nervures qui parlent de la base de la feuille sont appelées
Fig. 214. — Feuille simple palminerviée de Mauve.
primaires ou principales; les ramifications qui en naissent, nervures secondaires ; celles qui naissent de celles-ci sont des nervures tertiaires, et ainsi de suite.
Feuilles simples, feuilles composées. — Une feuille est simple lorsqu’elle n’a qu’un limbe ; elle est composée lorsqu’elle en a plusieurs. Le limbe d’une feuille simple peut être entier ou présenter des crénelures, des dentelures, des lobes, des divisions plus ou moins profondes.
On dit de cette feuille qu’elle est entière ou crénelée, dentelée ; et selon que les lobes ou les divisions sont disposés en pennes ou en palmes, pinnatilobée ou palmatilobée, pinnatifide ou palmatifide , pinnalipartite ou palmatipartite. Dans une feuille composée, les limbes plus ou moins nombreux prennent le nom
Fig. 215.— Feuilles simples rectinerviées du Glaïeul.
FEUILLES
de folioles ; chacun d’eux est supporté par un petit pétiole appelé pétiolule ; et tous les pétiolules sont portés par un pétiole commun ou rachis. Les folioles affectent deux dispositions principales : ou elles sont placées à droite et à gauche du rachis, à la
Fig. 216. — Feuille eomposée-pennée de la Ronce.
manière des barbes d’une plume, comme on le voit dans le Robinia, la Ronce, la Fraxinelle, la Rose, et la feuille est dite alors eomposée-pennée ; ou ces folioles sont placées à l’extrémité
Fig, 217. — Feuille composée-palmée du Sterculia.
du rachis, h la manière des doigts du membre inférieur des oiseaux, comme cela se voit chez le Chanvre, la Vigne vierge, le Marronnier, le Sterculia , et la feuille est dite composée-palmée.
556 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
Lorsque des feuilles composées, telles que celles des Mimosa, des Acacia, ont leurs folioles ramifiées, que chaque pétiole devient rachis pour d’autres petils pétioles, elles sont doublement composées et portent le nom de feuilles décomposées. Si dans une
feuille composée-pennée, les folioles sont placées par paires au même niveau sur le rachis, on indique cette disposition en disant que la feuille est oppositi- ou paripennée; et si les folioles sont ii des hauteursdifférentes, la feuille composée est dite alterni- ou imparipennée.
Structure anatomique des feuilles. —Une feuille, à sa naissance, est un petit mamelon uniquement cellulaire; mais plus tard, lorsqu’elle s’est complètement développée, elle contient à la fois des faisceaux libro-vasculaires et des cellules. La première modification qui s’effectue dans son tissu est la transformation, en trachées déroulnbles, des cellules qui occupent la place de la nervure médiane; les vaisseaux raves, ponctués, etc., ainsi que les fibres, ne se montrent que plus tard.
Lorsque la feuille est adulte, qu’elle est munie d’un limbe et
FEUILLES
d’un pétiole, ces deux portions contiennent, au milieu du (issu cellulaire, des faisceaux fibro-vasculaires qui semblent s’échapper du bois de la tige, et qui convergent vers la base de la feuille. Leur nombre est variable ; on en trouve 1 dans le pétiole de la Bourrache, 3 dans celui de la Balsamine, 7 dans celui du Marronnier d’Inde, etc. Leur composition est la même que celle des faisceaux fibro-vasculaires de la tige, et les différentes parties composantes y sont rangées dans le même ordre. Il faut remarquer que dans la tige, ce qui est partie interne du faisceau devient ici partie supérieure; que ce qui est partie externe devient ici partie inférieure. De sorte que, dans le pétiole, les trachées déroulables sont à sa face supérieure, et les fibres du liber à sa face inférieure.
Les faisceaux fibro-vasculaires entrent dans le limbe pour en devenirlesnervures; mais ils s’amoindrissent dans les nervures peu épaisses, où ils ne sont parfois représentés que par quelques trachées accompagnées de fibres peu nombreuses.
La partie de la feuille désignée sous le nom de parenchyme est constituée par des cellules de formes différentes, selon la place qu’elles occupent. En général, dans les feuilles aériennes, les deux faces sont recouvertes par un épiderme formé d’une ou plusieurs couches de cellules aplaties, ne renfermant pas de matière verte. L’intervalle qui est compris entre les deux épidermes est occupé par des cellules qui contiennent de la chlorophylle et qui affectent deux formes : les unes, dites en palissades, rappellent, par leur forme et leur disposition, les planches qui servent à faire des palissades; elles sont situées sous l’épiderme supérieur; les autres sont très-irrégulières, laissent entre elles des intervalles ou lacunes remplies d’air, forment ce qu’on a appelé parenchyme spongieux, lacuneux ou caverneux, et contiennent en général peu de chlorophylle; elles reposent sur l’épiderme inférieur. La face supérieure des feuilles contient, avons-nous dit, moins souvent de stomates que la face inférieure. Celle-ci est généralement plus claire, plus ou moins poilue, et porte des stomates dont l’ouverture communique avec les lacunes intérieures.
Ce n’est pas à dire que la description qui précède s’applique î» toutes les feuilles aériennes ; car dans les plantes grasses, telles
558 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
que les Joubarbes, les Sedum, les Crassula , chez certaines plantes monocotylédonées bulbeuses, le tissu cellulaire intérieur est formé d’une seule espèce de cellules globuleuses. Ces cellules sont, dans les premières, pressées les unes contre les autres, tandis que dans les secondes, elles laissent entre elles, de distance en distance, de grandes lacunes.
Lorsque les feuilles flottent à la surface de l’eau, comme celles du Nénuphar, leur épiderme supérieur seul est parsemé de stomates. Dans les plantes submergées d’eau douce, on ne trouve ni épiderme ni stomates; les cellules de la surface contiennent
Fia. 219. — Hameau d’Apocyn. — t.es feuilles sont opposées.
de la matière verte, les nervures manquent souvent de vaisseaux; on trouve, au milieu du tissu cellulaire, de larges et nombreuses lacunes remplies d’air, qui contribuent à augmenter la légèreté des feuilles. Les plantes submergées marines ont en
FEUILLES
général une structure qui rappelle celle des feuilles d’eau douce, mais les cellules superficielles ont la forme des cellules épidermiques qu’on rencontre chez les feuilles aériennes, et elles sont remplies de chlorophylle ou d’une autre matière colorante. Phyllotaxie. — La phyllotaxie est l’étude de la disposition ; des feuilles sur la tige ou sur les rameaux. Cette disposition est le plus souvent constante pour la môme plante. - Les feuilles sont opposées, quand elles sont groupées par paires aux extrémités d’un même diamètre de l’axe. Ex. : Cafler, Ortie blanche, Apocyn. Elles sont verticillées, quand elles sont au
Fin. 220. — Sommet d'un rameau de Laurier-rose, Les feuilles sont verticillées par trois.
nombre de plus de deux, disposées sur une même circonférence. Ex. : Laurier-rose (au sommet), Hippuris. Elles sont alternes, quand elles sont placées h des hauteurs différentes. Ex.: Tilleul, Orme, Peuplier.
Dans les végétaux qui ont les feuilles opposées ou verticillées,
560 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
ces organes ne sont jamais placés exactement au-dessus ou audessous de ceux du groupe précédent ou suivant. Si on les abaissait ou si on les relevait, ils prendraient place dans l’intervalle.
Fig. 221. — Hameau de Tilleul.
Les feuilles sont alternes et placées à 1 /2 circonférence l'une de l’autre.
Lorsque les feuilles sont alternes, elles affectent entre elles une disposition tout aussi régulière, tout aussi constante. Si, sur une branche de Tilleul, on note, n°l, une feuille de la base, et que l’on compte successivement chaque feuille, en s’élevant vers le sommet du rameau, on s’apercevra que la feuille 3 est exactement au-dessus de la feuille 1 ; que la feuille U est exactement au-dessus de la feuille 2; que la feuille 5 est au-dessus de la feuille 3, etc. Ces feuilles sont insérées sur une ligne spirale, dite spirale génératrice, que décrirait un lil s’enroulant autour
FEUILLES
du rameau et passant par la base de chacune. Toutes les feuilles impaires sont situées sur une même ligne verticale; toutes les feuilles paires sont situées sur une autre ligne verticale. La dis-
cées les feuilles de cinq niveaux
successifs, dans l’Apocyn. La feuille 2 est placée à 1/2 circonfé-
rence de la feuille 1 ; la feuille B est 1,1, feuilles opposées de la base du placée è 1/2 circonférence de la
rameau; 2,2, feuilles opposées sui- feuille 2, etc.
vantes, disposées en croix avec les premières, etc.
Chaque feuille est donc séparée de sa voisine par un arc égal à une demi-circonférence. Ce qu’on exprime en disant queda disposition des feuilles du Tilleul est ou que ces feuilles sont distiques.
Dans le Bouleau, c’est la feuille U qui est au-dessus de la feuille 1, la feuille 5 au-dessus de la feuille 2, la feuille 6 audessus de la feuilles, la feuille 7 au-dessusdes feuilles lx et 1, etc. De sorte que le fil spiral fait un tour de circonférence et rencontre trois feuilles équidistantes, avant d’arriver à la feuille h, superposée immédiatement au n°l. Toutes les feuilles sont disposées sur trois lignes verticales, distantes entre elles de 7 de circonférence; elles sont tristiques. Si l’on faisait passer des plans par le centre de l’axe et ces verticales, on obtiendrait trois angles égaux, dont la valeur serait 7; ce sont ces angles qu’on a appelés angles de divergence.
Dans la Reine-des-prés, dans le Peuplier, c’est la feuille 6 qui est au-dessus de la feuille 1, la feuille 7 au-dessus de la feuille 2,
562 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
la feuille 8 au-dessus de la feuille 3, la feuille 9 au-dessus de
Fig. 224. — Rameau île Bouleau.
Les feuilles sont alternes et ont pour angle de divergence 1 /3.
Fig. 225. — Projection de la spirale génératrice du! Bouleau.
La feuille 2 est placée à 1/3 de circonférence de la feuille 1 ; la feuille 3 est placée à 1/3 de circonférence de la feuille 2, etc.
la/i, etc. Le fil spiral ferait, cette fois, deux tours de circonférence
FEUILLES. 563
avant de rencontrer une feuille superposée à la première, et dans ce parcours il serait passé par cinq feuilles équidistantes : cette disposition a reçu le nom de quinconce. Chaque feuille est éloi-
Fio. 226. — Rameau du Peuplier.
Les feuilles sont alternes et out pour augle de divergence 3/5.
gnée de ses voisines de 4 de circonférence, ou autrement dire, l’angle de divergence est 4-
ün verrait de même que l’angle de divergence de certaines Joubarbes est j, que celui des écailles du cône de Pin maritime est que celui des écailles qui se trouvent sur le cône du Pin sylvestre est
564 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
Remarquons que dans ces nombres 7, i, j, i i le numérateur indique le nombre de tours de circonférence que fait le fil spiral, avant de rencontrer la feuille immédiatement superposée, et que le dénominateur indique le nombre de feuilles rencontrées dans ce parcours. Remarquons aussi que la frac-
Fig. 227. — Projection de la spirale génératrice du Peuplier.
La feuille 2 est placée à 2/5 de circonféreuce de la feuille 1 ; la feuille 3 est placée à 2/5 de circonférence de la feuille 2, etc.
Fig. 228. — Projection de la spire génératrice de la Joubarbe.
La feuille 2 est placée à 3/8 de circonférence de la feuille 1 ; la feuille 3 est placée à 3/8 de circonférence de la feuille 2, etc.
tion f est formée de deux termes, qui sont : l’un la somme des deux numérateurs 1 et 1 des deux fractions précédentes; l’autre la somme des deux dénominateurs 2 et 3. t est de même formée par l’addition terme à terme des deux numérateurs et des deux dénominateurs qui la précèdent. Il en est de même pour ji, pour^p. De sorte que les nombres £ et 7 étant connus, on peut former facilement tous les nombres qui les suivent; on a ainsi la série des dispositions les plus fréquentes qu’offrent les feuilles des végétaux.
Lorsque la lige est très-courte, que les feuilles sont nombreuses, disposées en rosette ou pressées les unes contre les autres, imbriquées, il devient impossible de voir distinctement la spire génératrice, c’est-îi-dire la spire sur laquelle sont insérées toutes les feuilles. On remarque alors que ces feuilles dessinent plusieurs séries parallèles spirales, les unes montant de gauche à droite, les autres de droite h gauche. Ces séries sont
FEUILLES
désignées par le nom d e spires secondaires ; elles peuvent servir à la détermination de l’angle de divergence, et par conséquent à la connaissance de la spire génératrice. A cet effet, on compte le nombre des spires dextrorsum, celui des spires sinistrorsum ; on additionne les nombres trouvés, et le total devient le dénominateur delà fraction cherchée. Pour connaître cette fraction elle-même, on se reporte à la série des nombres f, etc., on cherche la fraction qui a pour dénominateur le dénominateur obtenu ; cette fraction même exprime la valeur de l’angle de divergence cherché. Veut-on connaître, par exemple, l’angle de divergence des écailles qui se trouvent sur un cône de Pin maritime? On remarque tout d’abord 8 spires secondaires dextrorsum, 5 sinistrorsum ; on additionne ces deux nombres, ce qui donne 13 : 13 est, dans la série indiquée, le dénominateur de la fraction fraction qui fait connaître l’angle de divergence cherché. Veuton connaître la spire génératrice? On marque chaque écaille d’un numéro d’ordre, en partant de la base et suivant, en montant, une spire dextrorsum. La première écaille porte n" 1 ; celle qui la suit, n° 9; la troisième, n° 17, et ainsi de suite, de 8 en 8 jusqu’au sommet; puis revenant au n° 1 et suivant la spire sinistrorsum, la deuxième écaille de cette spire porte n° 6, la troisième n° il, la quatrième n° 16, et ainsi de suite, de 5 en 5, jusqu’au sommet du cône. Partant ensuite d’une écaille numérotée quelconque, on marque de 8 en 8 chaque écaille de la spire dextrorsum, à laquelle elle appartient, ou de 5 en 5, si l’on suit une spire sinistrorsum. De cette manière on finit par numéroter toutes les feuilles ; la ligne indiquée par lesn0S 1, 2/3, Zi, 5, etc., est la spire génératrice.
Les feuilles des rameaux ont entre elles le même angle de divergence que celles de la tige; mais la spire génératrice sur laquelle elles sont rangées est, ou dans le même sens que celle de celte tige, ou dans le sens inverse. On ditqu’ilya/iomodmm'e (de oui;, semblable, et «S'pfy.oç, course) dans le premier cas, et hêlèrodromie (de é'-epoç, autre, etc.) dans le second.
On voit même parfois, sur une lige unique, les feuilles changer de disposition : ainsi les feuilles du Laurier-rose, qui sont opposées h la base, sont verticillées par trois au sommet; Y Eucalyptus globulus, ou Gommier bleu de Tasmanie, qui a les feuilles
BOCQU1LLON. 32
566 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
opposées sur les anciens rameaux, les a alternes sur les nouveaux; les plantes dicolylédonées, qui ont les feuilles alternes, ont eu des cotylédons opposés, etc.
Modifications des feuilles. — Une feuille, quelque forme qu’elle ait, se distingue toujours d’un organe axile, en ce qu’elle ne porte aucun organe et n’en a pas immédiatement derrière elle, tandis que le rameau naît toujours k l’aisselle d’une feuille. Cette remarque étant faite, il devient facile de connaître la nature morphologique de l’organe qu’on a sous les yeux. Tantôt la feuille sera réduite à une petite écaille, comme dans l’Asperge, le Petit- Houx; tantôt elle aura la forme d’une aiguille, comme dans le Sapin ; tantôt ce sera une lame mince, sans limbe (un phyllode), comme dans plusieurs Acacias. En général, les feuilles d’une même plante sont semblables, mais dans plusieurs circonstances, qui dépendent du milieu habité, de l’approche de la floraison, de la partie du végétal examiné, les feuilles deviennent dissemblables. Ainsi, certaines Renoncules aquatiques, les Macres ou Châtaignes d’eau, ont leurs feuilles aériennes munies d’un limbe, tandis que les feuilles submergées sont réduites à de simples filets; la Renoncule scélérate a tous les intermédiaires entre la feuille entière et la feuille laciniée ; la Sagittaire a ses feuilles aériennes en fer de flèche, tandis que les feuilles submergées n’ont qu’un long pétiole aplati. Dans Y Acacia heterophylla, VOxalis bupleurifolia, on trouve à la fois des feuilles décomposées et des phyllodes ; dans la Campanule à feuilles rondes, les feuilles supérieures sont ordinairement linéaires, tandis que celles de la base, dites radicales, sont orbiculaires. Dans le Lierre, les feuilles ont ordinairement un limbe formé de cinq lobes, mais lorsqu’elles avoisinent les fleurs, elles deviennent entières. Dans le Lathyrus latifolius , le rachis et les folioles de la feuille se transforment en partie en vrilles, et dans le Lathyrus aphaca, la feuille composée devient une vrille unique. L’Épine- Vinclte, le Verbena asparagoides , développent des feuilles formées d’un limbe et d’un pétiole, ou des feuilles qui ont perdu toule forme foliaire pour revêtir celle d’une épine trifurquée. Les faits que nous venons d’exposer montrent assez que les feuilles peuvent prendre tous les aspects; que la forme, la couleur, la consistance, ne suffisent pas pour déterminer leur véritable nature.
FEUILLES
Mouvements des feuilles. — Certaines feuilles, telles que celles de la Balsamine, de l’Oseille, de la Fève, du Trèfle incarnat, des Mélilots, des Casses, prennent, pendant la nuit, une position différente de celle qu’elles occupent pendant le jour : c’est cette position qui a été appelée par Linné sommeil des feuilles. Plusieurs autres plantes, telles que la Sensitive, l 'Hedysarum gyrans, l 'Hedysarum Vespertilionis, etc., ont des feuilles qui exécutent des mouvements spontanés, et qui ont pu faire croire qu’elles jouissaient de la sensibilité. Bien des hypothèses ont été faites pour expliquer ces mouvements, mais aucune n’est satisfaisante ; cependant on a découvert, dans le pétiole des feuilles dites sensibles, des renflements particuliers appelés renflements moteurs, et dont la structure esL toute spéciale. Dans la Sensitive, le renflement moteur principal est situé à la hase du rachis, les autres renflements se trouvent à la base des pétiolules. La masse celluleuse d’un renflement est partagée en deux parties : l’une, supérieure qui, sous certaines actions, baisse le pétiole; l’autre, inférieure, qui peut le relever. Quand donc, sous l’influence d’uu choc, d’un mouvement, de la nuit, du froid, de l’électricité, les folioles de la Sensitive se rabattent, c’est que les deux masses celluleuses ne sont plus en équilibre d’action, que la masse supérieure l’emporte.
Chute des feuilles. — Les feuilles de la plupart des arbres de notre pays changent de teinte au commencement de l’automne, et tombent ensuite. Chez quelques plantes, les feuilles n’attendent pas l’automne, elles tombent peu après leur naissance, elles sont caduques; chez d’autres, elles se dessèchent pour ne tomber que longtemps après, on les dit marcescentes. Si les feuilles vivent plusieurs années sur une même plante, on les désigne par l’épithète de persistantes : telles sont les feuilles des arbres verts.
Les feuilles tombent tout d’une pièce ou se dessèchent sur l’arbre, puis tombent en y laissant leur base. Dans le premier cas, elles sont articulées; dans le second, elles sont continues. Quand une feuille est dans l’époque qui précède sa chute, un travail particulier s’opère dans la portion renflée de sa base, qui s’appelle hcoussinret. Ce travail consiste en une formation cellulaire transversale qui entoure le faisceau fibro-vasculairc; bientôt les cellules se dissocient, et le faisceau fibro-vasculaire, trop faible
5G8 PHANÉROGAMES OU EMBRYONNÉES.
pour soutenir la feuille attachée, se rompt et détermine la chute de cette feuille.
Stipules. — Les stipules sont des organes appendiculaires, foliacés, qui accompagnent ordinairement la base delà feuille. Le plus souvent, les stipules apparaissent au nombre de deux, sont semblables et placées, comme dans le Tilleul, de côté et d’autre de la feuille: on les dit latérales. On ajoute l’épithète de caulinaires, lorsqu’elles sont libres, comme dans le Tilleul, le Chêne, etc.; et celle de pétiolaires, lorsqu’elles adhèrent au pétiole, comme dans la Ronce, le Rosier. Lorsqu’elles se réunissent en grandissant, elles simulent une stipule unique. Celte stipule, en apparence unique, peut se montrer dans l’aisselle des feuilles, comme on le voit chez 1 e Ficus elastica ; elle est dite alors supra-axillaire. Dans le Sarrasin, la Rhubarbe, celte stipule entoure la tige et forme une sorte de col ou de manchette, pour laquelle on a réservé le nom particulier A'ochrea. Dans le Houblon, qui a les feuilles opposées, chaque feuille est accompagnée de deux stipules latérales, mais celles qui sont voisines d’un même coté de la lige, se réunissent deux par deux, pour en simuler une seule qui, dans ce cas, est dite inter pêtiolaire. On considère comme étant de nature slipulaire une petite collerette appelée ligule, qui se trouve notamment dans les Graminées, au point où les feuilles engainantes s’écartent de la tige.
Les stipules sont ordinairement de dimensions moindres que la feuille, mais dans le Caille-lait, la Garance, elles sont souvent aussi développées. Dans le Lathyrus apliaca, elles consistent en deux longues lames placées de chaque côté de la feuille transforméeen vrille. Enfin les stipules, comme les feuilles, peuvent subir toutes les modifications. Dans le Câprier, elles deviennent des épines; dans les Cucurbitacces, elles se transforment en vrilles (Payer).
Les botanistes descripteurs appellent stipelles les petites stipules qui accompagnent les foliolesd’une feuille composée.