‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 34 sur 155 · CRUSTACÉS PROPREMENT DITS · texte numérisé non relu

CRUSTACÉS PROPREMENT DITS

Le groupe des Crustacés proprement dits renferme plusieursanimaux employés comme aliments; il en renferme aussi une infinité d’autres dont les particularités sont des plus cu-

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rieuses, mais qui n’ont aucun intérêt pour le médecin au point de vue pratique. Nous ne nous arrêterons pas à décrire ces derniers. Nous mentionnerons seulement les Linguatules, qui sont entozoaires de quelques animaux et de l’homme, et nous établirons les caractères principaux qui servent à faire reconnaître les Crustacés employés dans l’alimentation.

LINGUATULES.

Les Linguatules (de lingua, langue) ou Pentastomes ressemblent tellement aux Helminthes, qu’elles ont été longtemps confondues avec ces derniers animaux. Mais lorsqu’on étudie leur développement, on voit que dans le jeune âge elles portent des appendices articulés (1) , ce qui manque complètement chez les Vers. Ce fait les rapproche des Lcrnées, petits Crustacés parasites privés également ■ de pattes â l’âge adulte, mais qui en sont munis dans le premier âge.

Les Linguatules dont le développement est terminé ont, comme l’indique leur nom, la forme d’une langue. Leur corps est assez mou, aplati, blanc ou gris, et sa longueur varie de 1 à 8 centimètres. 11 est partagé en un très-grand nombre d’anneaux réguliers garnis, sur leur marge inférieure, d’une ligne non interrompue de petites épines â piquant dirigé en bas. L’extrémité antérieure est obtuse, l’extrémité postérieure est atténuée.

L’ouverture de la bouche présente une forme ovalaire, et est située à la partie anfig. — 31. Lînguatuie. térieure ei supérieure du corps; elle est a, bouche i b, intestin ; environnée de quatre crochets puissants '/•’ “"“nSes d’ cl'oehets ! (fig. 31, d, d) ([ue l’animal fait mouvoir assez rapidement.

Chaque crochet (fig. 32) se compose d’une partie supérieure a,

(!) van Bcnedcn, Recherches sur l'organisation et le développement des Linquatnles{Min. de l'Acad. roi/. de Bruxelles, 1849).

engagée dans

Fig. 32. — Crochet mobile de la Linguatule.

a, base; 6, pointe; c, muscle ; d , articulation ; e, appendice.

CRUSTACÉS. — LINGUATULE. 83

la tète de l’animal, et d’une griffe b, libre et mobile, faisant saillie. Celle-ci s’articule avec la partie supérieure au point d, et exécute des mouvements de dedans en dehors et de dehors en dedans au moyen du musclée, fixé à un appendice e de la tête du crochet. On voit par transparence un tube intestinal qui, commençant à la bouche, finit à l’anus, situé à l’extrémité postérieure du corps. La respiration est cutanée.

On admet l’existence d’un vaisseau dorsal servant à la circulation. On ne trouve aucun organe de sensation spéciale. Le système nerveux se composed’unganglion placé sous la bouche, plus renflé ü sa partie la plus basse et de deux filets nerveux qui en partent pour descendre le long du corps.

Les Lingualules sont unisexuées; le mâle est plus petit que la femelle. L’organe génital du mâle se compose d’un testicule, de deux canaux déférents et de deux grands pénis qui débouchent sous le ventre et en avant. L’organe génital femelle comprend des ovaires, un utérus et deux grandes vésicules copulatrices dont les orifices sont situés près de l’anus. La génération est ovipare. D’après Leuckarl(l), les œufs sont arrondis et ont dc millimètre de diamètre; ils sont adhérentsà l’ovaire, et un commencement d’évolution s’établit lorsqu’ils descendent dans l’oviducle. En pressant l’œuf échappé, on en voit sortir un embryon qui a sur le milieu du corps deux paires de pattes articulées, jouissant d’une très-grande mobilité. Tant que ces jeunes êtres vivent dans les animaux herbivores, enkystés ou non, ils n’ont pas d’organes génitaux, mais s’ils pénètrent dans le corps d’un carnassier (et le carnassier les prend en se nourrissant de la chair de l’herbivore), l’arrêt de développement cesse, les organes génitaux apparaissent.

On s’est assuré que les Lingualules sans organes génitaux qui

(I) Louchait, Du II. Acail. voy. de Bruxelles, 1857, 2* série, vol. Il, p. 30, et vol. III, p. 4, 103, 352.

vivent enkystées dans le péritoine du Lapin deviennent des Linguatules sexuées dans les sinus olfactifs du Chien.

Les Linguatules ont été trouvées assez fréquemment chez toutes sortes d’animaux mammifères, mais il reste beaucoup à faire dans la détermination des espèces.

C’est particulièrement en Allemagne que ces parasites ont été jusqu’ici trouvés chez l’homme. Ils sont connus sous le nom de Linguatula serrata, Frolich ou Pentastomum constrictum, Siebold.

Les Linguatules vues chez la plupart des mammifères ne paraissent pas différer de celles de l’homme, bien qu’on lésait désignées sous le nom de Linguatula tœnioïdes.

Celle dont nous donnons ici la figure a été trouvée par M. A. Milne Edwards dans le foie et les poumons d’un Antilope Guevé, mort au Muséum d’histoire naturelle. Nous devons à l’obligeant concours de M. Robin l’honneur d’avoir pu signaler quelques particularités nouvelles.

Si l’on passait immédiatement de l’ctude des Linguatules à celles des Crustacés supérieurs, on trouverait une telle différence d’Organisation, qu’il serait impossible de comprendre comment on ait pu ranger tous ces animaux dans un même groupe. Ce n’est qu’en étudiant les êtres intermédiaires qu’on peut se représenter la marche suivie par la nature. — Les parties qui se modifient sous le plus de formes dans les Crustacés sont principalement celles qui appartiennent aux organes de respiration et aux membres. Tous les organes ne marchent pas simultanément vers la perfection. Ainsi, tel Crustacé pourvu d’un organe spécial pour la respiration, peut n’avoir que des organes de manducation très-incomplets; tel autre possédera des organes de manducation très-compliqués et n’aura d’autres organes respiratoires que sa peau; un degré de complication de ces mêmes organes s’observera chez un troisième, tandis qu’un autre appareil n’existera qu’à l’état rudimentaire. Qu’on combine de mille et mille manières un à un, un à deux, deux à deux, etc., tous les caractères fournis par ces animaux, qu’on marche vers la composition d’un animal parfait du type, et l’on aura l’image sinon vraie, au moins vraisemblable des représentants de cette grande subdivision des Crustacés proprement dits.

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