SPONGIAIRES
vités communiquant les unes avec les autres. Vu à un faible grossissement, le tissu de l'Éponge commune paraît formé de libres entrelacées formant un feutrage plus ou moins lâche. Au niveau des ouvertures, elles se croisent comme les fils d’une pelote de coton percée dans son axe. Elles ne sont pas simples; chacune est formée d’un certain nombre de fils rattachés les uns aux autres, se croisant en tous sens et limitant entre eux des polygones de toutes formes.
Mais lorsque la masse spongiaire est vivante, elle est tapissée, à l’extérieur comme dans les cavités, d’une couche visqueuse plus ou moins épaisse; elle renferme de petits corps cristallisés, de nature siliceuse ou calcaire, selon les espèces.
La couche visqueuse est garnie de cils vibratiles quisemeuvent dans l’eau avec une extrême rapidité. Par ce mouvement, ils appellent à chaque instant vers l’animal une nouvelle quantité d’eau chargée de l’air nécessaire â la respiration.
La même eau apporte les particules nutritives. Elles entrent par de petites ouvertures dans la masse spongiaire, cheminent probablement dans l’intérieur des tissus comme elles le faisaient dans le corps de l’Amibe, et le résidu s’échappe, ainsi que l’eau introduite, par les ouvertures plus grandes que Lamarck a désignées sous le nom d 'oscules.
Tel est le mécanisme de la digestion et de la circulation.
Reproduction. — Les Éponges se reproduisent par scissiparité, par bourgeonnement et par des œufs.
Les observations les meilleures ont été faites sur l’Éponge d’eau douce ( Spongilla ).
1° Reproduction par scissiparité. — On partage le corps d’une Spongille vivante en un certain nombre de fragments; chacun d’eux augmente de volume, se creuse de trous, de canaux, et ressemble bientôt à l’animal parfait.
2° Reproduction par bourgeons. — Quand on examine au prinemps, avec beaucoup de soin, le tissu d’une Spongille vivante, on y voit çii et lâ de petits points translucides qui deviennent plus tard opaques, blancs, et tranchent alors nettement par leur couleur avec le tissu glutineux 'de la mère. D’abord sphériques, d’un diamètre de 1/5° à 1/â de millimètre, ils sont ensuite ellipsoïdes Pt des spiculés siliceuses se montrent dans leur intérieur.
ÉPONGES
En grossissant, ils font saillie au dehors et se couvrent de cils vibratiles; bientôt ils se détachent et s’échappent en nageant :ce sont de jeunes Spongilles. Leur liberté ne doit pas durer longtemps.
Après quelques jours, le jeune animal se renfle à Tune des extrémités de son grand diamètre, se garnit en cet endroit, comme sur les côtés, d’expansions protéiformes, et s’en sert pour se fixer en un endroit variable.
A cette époque de sa vie, une Spongille n’a guère plus d'un millimètre de longueur. La surface libre de son corps est arrondie; l’autre partie, qui est adhérente aux objets, se moule sur eux. Tout le corps libre s’entoure d’une membrane transparente prolongée en mamelon ou en tube perforé au sommet. Enfin, l’eau, passant dans la masse glutineuse qui se forme peu h peu, y creuse des canaux, et détermine à sa sortie un grand nombre de trous ou oscilles sous-cutanés. L’animal est arrivé dès lors à son état parfait. Plus tard, dans sa masse glutineuse, apparaîtront les petits corps d’abord translucides, puis opaques, qui exécuteront le cycle que nous venons de tracer.
Outre ces bourgeons de printemps, il en est d’autres qui ne se montrent qu’en hiver. Ils diffèrent des premiers en ce qu’ils ne deviennent jamais libres; ils grandissent et se reproduisent sur place.
3° Reproduction par œufs.— On a appelé œufs, corps ovi formes, de petits corpsqui se montrent dans l’intérieu r de la Spongille, et dont le contenu se segmente à la manière des œufs d’animaux plus élevés en organisation: les uns apparaissent au printemps et dans l’été, les autres dans l’hiver. Ce contenu donne lieu à des animaux tout à fait semblables A ceux qui proviennent des segments ou des bourgeons.
Les jeunes Spongilles peuvent se réunir les unes aux autres et former ainsi une colonie.
1 ne colonie peut même s’unir à une autre par de nombreux points de contact, lorsqu’elle en est assez rapprochée. L’Éponge est donc une réunion d’individus.
Dans leur premier Age, les Éponges rappellent beaucoup les Infusoires ciliés; leur reproduction, leur colonisation les rapprochent beaucoup des Polypes.
POLYPES
Habitat. — Les Éponges usuelles les plus estimées sont celles de la Méditerranée. On les pêche au moyen d’un trident ou en plongeant. Les variétés sont nombreuses; nous citerons seulement l’Éponge brune de Barbarie ou de Marseille ( Spongia communis ), employée pour le nettoyage des appartements, et l’Éponge line, douce de Syrie (Spongia usitatissima, Lamk), qui sert pour la toilette. Avant de les rendre propres à nos usages, il a fallu d’abord les soumettre à des lavages répétés pour les purger de leurs impuretés et de la matière animale qui les tapisse, puis dissoudre leurs sels calcaires au moyen d’eau acidulée.
Usages. — La présence de l’iode dans l’Éponge l’a fait employer en thérapeutique contre le goitre et les scrofules. Pour cet usage, on la calcine jusqu’à ce qu’elle atteigne une teinte brunâtre. Une trop forte température lui ferait perdre ses propriétés.
La facilité avec laquelle elle absorbe la plupart des liquides, la dilatation quecelte absorption exige, l’ont fait employer en chirurgie. On coupe des fragments d’éponge fine, on les jette dans la cire fondue, on les met ensuite entre deux plaques de fer chauffées à l’eau, on laisse refroidir, et l’on divise enfin en morceaux de la dimension voulue. C’est Yéponge préparée à la cire. Lorsqu’un morceau est introduit dans une plaie, la chaleur du corps fait fondre la cire, l’éponge se dilate et écarte les parois de la plaie. On peut aussi serrer fortement une éponge fine, humide, avec une ficelle qu’on enroule autour, de manière que les tours soient le plus pressés possible. On laisse sécher et l’on conserve en un lieu sec. C’est Yéponge préparée à la ficelle. Un fragment introduit dans une plaie en absorbe le pus, se gonfie et la nettoie.