‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 6 sur 155 · HYDRE, OU POLYPE D’EAU DOUCE · texte numérisé non relu

HYDRE, OU POLYPE D’EAU DOUCE

vie qu’elle donna le jour même qu’elle fui séparée de l’autre. Je lui vis remuer ses bras, et, le lendemain, je trouvai qu’elle avait changé de place, et peu après je lui vis faire un pas. La seconde partie était étendue comme le jour précédent, et à la même place. Je secouai un peu le verre, pour voir si elle était encore en vie. Ce mouvement la fit contracter, d'où je jugeai qu’elle vivait. Peu de temps après, elle s’étendit de nouveau. Je vis les jours suivants la même chose... Qui se serait figuré qu’il lui fût revenu une tête !

» J’observaisàlaloupe, plusieursfois chaque jour, ces portions de Polype. Le neuvième jour après avoir coupé le Polype, il me sembla-, le matin, apercevoir sur les bords du bout antérieur de la seconde partie de celle qui n’avait ni tète ni bras; il me sembla, dis-je, apercevoir trois petites pointes qui sortaient de ces bords. Elles me firent sur-le-champ penser aux cornes qui servent de pieds et de bras aux Polypes. Ces pointes étaient précisément oii auraient dû être les bras, si cette seconde partie avait été un Polype complet. Pendant toute la journée, j’aperçus toujours ces pointes: cela m’animait extrêmement, et j’attendais avec impatience le moment où je saurais clairement ce qu’elles étaient. Enfin, le lendemain elles se trouvèrent assez grandes pour qu’il n’y eût plus lieu de douter qu’elles ne fussent véritablement des bras qui existaient à l’extrémité antérieure de cette seconde partie. Le jour suivant, deux nouveaux bras commencèrent à sortir, et, quelques jours après, il en vint encore trois. Celle seconde partie en eut alors huit, qui furent tous en peu de temps aussi longs que ceux de la première partie, c’est-à-dire que ceux qu’avait le Polype avant qu’il fût coupé.

» Je ne trouvai plus alors de différence entre cette seconde moitié et un Polype qui n’avait jamais été coupé. C’est ce que j’avais remarqué à l’égard de la première, dès le lendemain de 1 opération. Toutes deux paraissaient sensiblement, lorsque je les observais à la loupe avec toute l’attention dont j’étais capable, elles paraissaient, dis-je, sensiblement être chacune un polype complet, et elles en faisaient toutes les fondions qui m étaient connues : elles s’étendaient, se contractaient et marchaient.

” Quoique 1 expérience eût réussi au delà du désir de Tremblev,

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l’ingénieux naturaliste ne put se décider à regarder les Polypes comme des plantes, et résolut de les étudier davantage. Bientôt il vit naître un nouvel individu sur le côté de l’un d’eux : c’était presque le forcer à reconnaître l’identité du Polypeavec certains végétaux. Son doute ne lit qu’augmenter. «Enlin, ajoute-t-il, je trouvai une nouvelle espèce de Polypes, je les vis manger, je leur vis avaler des vers autant et même plus longs qu’eux; je vis qu’ils les digéraient et qu’ils s’en nourrissaient. Cela était certainement bien propre à persuader qu’ils étaient des animaux. »

Le charme que dut ressentir Trembley de pareilles découvertes lui fit multiplier ses observations. 11 reconnut que les longs appendices des Hydres servent à prendre leur proie, qu’ils ont une bouche avec une lèvre; que cette bouche sert d’anus, car la cavité avec laquelle elle communique est un cul-de-sac. Il découvrit aussi qu’on peut retourner le Polype comme un doigt de gant, de manière que la partie extérieure devienne partie intérieure, et que celte partie jouit de toutes les propriétés de la cavité stomacale.

«Tant que j’ai voulu retournerdes Polypes dont l’estomac était vide, je n’ai jamais pu en venir à bout; et j’ai au contraire d’abord réussi, dès que je leur ai bien donné à manger avant que de leur faire cette opération ; c’est-à-dire dès que j’ai fait en sorte que leur corps se soit fort élargi. Il importe, en effet, pour qu’elle ait un heureux succès, que l’estomac et la bouche du Polype soient fort élargis.

» Je commence donc pardonner un ver au Polype sur lequel je veux faire celle expérience; et quand ce ver est avalé, je puis la commencer. 11 ne convient pas d’attendre qu’il soit beaucoup digéré. Je mets le Polype, dont l’estomac est bien rempli, dans un peu d’eau dans le creux de ma main gauche; je le presse ensuite avec un petit pinceau, plus près de l’extrémité postérieure que de l’antérieure ; je pousse, de celte manière, contre la bouche du Polype, le ver qui est dans l’estomac; il la force à s’ouvrir, et en pressant encore un peu le Polype avec mon pinceau, je fais sortir le ver en partie par sa bouche, et je vide d’autant le bout postérieur de son estomac. Ce ver, qui sort de la bouche du Polype, la force à s’élargir considérablement, sur-

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