‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 89 sur 155 · LIMAÇONS · texte numérisé non relu

LIMAÇONS

Les Limaçons (genre Ilelix, L.) sont des Mollusques gastéropodes androgvnes, qui ont la respiration pulmonaire, une coquille complète et quatre tentacules.

La coquille est subglobuleuse, turbinée, à spire courte, dextre, augmentant progressivement du premier tour, qui est trèspetit, au dernier, qui est très-grand. L’axe autour duquel s’enroule la spire porte le nom de columelle ; ce qu’on appelle ; ombilic est la dépression plus ou moins grande qu’on remarque à la base de la columelle; l'ouverture ou la6owc/ie de la coquille est l’ouverture par laquelle sort une portion du corps de l’animal;

■ le sommet de la coquille est l’extrémité de la spire la plus ancienne. En hiver, dans nos contrées, l’ouverture est fermée par une pièce calcaire, accessoire, qui a reçu le nom d 'opercule.

Lorsque l’animal veut s’avancer et montrer ses tentacules, il sort de la coquille une portion de son corps qu’il déploie peu à peu. Cette portion ou pied il face inférieure d’abord concave, s’étale, s aplatit, et s’applique d’autant mieux, qu’il est mieux garni de la viscosité que sécrète le Limaçon en grande abondance. C’est

celle humeur qui laisse des traces luisantes et indique le passage de l’animal. Le pied est triangulaire en arrière, convexe et comme chagriné en dessus, demi-cylindrique en avant, où il est surmonté par la tète qui se dévagine peu à peu. Cette tète porte quatre tentacules cylindriques un peu plus larges â la base qu’au sommet: deux sont antérieurs, plus courts, renflés â l’extrémité libre; deux autres sont postérieurs, plus grands; leur extrémité libre montre un point noir, qui est l’œil. La coquille semble portée sur le dos. Si on la casse adroitement, sans endommager le corps, on voit que ce corps a exactement la forme de l’enveloppe calcaire, qu’il est entouré d’un manteau dont les bords libres forment une sorte de bourrelet, de collier, qui correspond â Couverture de la coquille. La partie du corps qui occupe le sommet de la coquille a pris le nom de tortillon; il est presque entièrement constitué par le foie. On peut remarquer que le côté gauche du corps est contre la columelle, que l’animal semble avoir tourné sur ce côté ; les viscères sont portés sur le côté droit.

Il est bon délaisser dans l’eau, pendant un ou deux jours, les Limaçons qu’on veut disséquer, et la dissection ne doit pas être faite :t l’air, mais sous l’eau.

Digestion. — Les Limaçons se nourrissent principalement de végétaux, quelquefois de petits animaux; parmi les végétaux, ils préfèrent ceux qui ont une odeur vireuse, des champignons, des ombellifères, etc.

La bouche est située â la partie antérieure de la tète, et n’est visible que lorsque l’animal esté son maximum d’extension; elle est fermée dans le repos par deux lèvres charnues. A l’intérieur, on remarque une mâchoire supérieure transversale cornée, taillée en croissant; son bord libre est concave, tranchant, dentelé. La mâchoire inférieure manque; elle est suppléée par une langue cartilagineuse, élastique, placée sur le plancher de la bouche, pointue en avant, terminée en arrière par un cône cartilagineux. Des muscles puissants la font mouvoir et lui permettent d’appliquer fortement les matières alimentaires contre la mâchoire supérieure. De chaque côté de la langue, dans la cavité' buccale, est une ouverture : c’est l’embouchure de deux conduits qui amènent la salive sécrétée par deux grosses glandes placées sur les parois externes de l’estomac. A la suite de la

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bouche est un œsophage court et cylindrique, qui se rend à l’estomac. Ce dernier organe estime grande poche cylindroïde ; sa partie antérieure rappelle le jabot de certains Gastéropodes; sa partie postérieure présente un cul-de-sac, et non loin de là, le pylore, ouverture rétrécie qui est le commencement de l’intestin. C’est dans le fond de l’estomac, près du pylore, que débouche le canal hépatique unique; il est la réunion de tous les conduits biliaires qui parlent de quatre grands lobes verdâtres, et dont l’ensemble constitue le foie. L’intestin se détache latéralement de l’estomac: c’est un tube assez volumineux, contenant souvent un liquide brunâtre; il forme plusieurs circonvolutions dansTépaisseur du foie, se renfle sous le nom de gros intestin, remonte vers le côté droit de l’animal, et vient déboucher à l’anus, qui se trouve à droite, près du bord libre du manteau, immédiatement au-dessous de l’orifice respiratoire.

Les matières alimentaires, après avoir été divisées par la mâchoire supérieure, subissent l’action des liquides digestifs qui les rendent solubles: une partie passe par transsudation à travers les parois du canal, pour se mêler au sang; l’autre portion est expulsée par l’anus.

Sang, circulation. — Le sang du Limaçon est incolore; vit en grande masse, il parait légèrement bleuâtre. On y trouve un grand nombre de globules blancs avec apparence de noyau; la forme en est plus constante que chez l’IIuître.

Le cœur est situé derrière le poumon, est artériel et entouré d’un péricarde; il secompose d'une oreillette, qui est antérieure} et d’un ventricule, qui est postérieur. La première cavité communique avec la seconde, mais l'orifice de communication peut être fermé par deux valvules carrées qui s’ouvrent de l’oreillette dans le ventricule. Celui-ci est beaucoup plus fort que l’oreillette, plus grand; les parois en sont charnues, contractiles, il donne naissance à une aorte, canal sans Valvules qui garde-son calibré pendant son parcours, et se partage en un grand nombre de branches qui se distribuent à l’intestin, aux organes génitaux, à l’estomac, à la bouche, etc. Ces branches ne se terminent pas en capillaires: les unes versent leur contenu dans la grande cavité viscérale dans laquelle arrivent les matières alimentaires élaborées; les autres, dans des lacunes, cavités plus ou moins

grandes, droites ou arborisées. Le sang est ensuite reporté au cœur : une partie y retourne directement sans passer par le poumon ; une autre partie, la plus grande, s’introduit dans des cavités placées à la suite les unes des autres, et qui simulent un canal longeant le bord concave de l’abdomen ; elle arrive par ce chemin aux poumons, où elle circule dans un réseau vasculaire très-riche; enfin, une troisième passe par les reins.

Le mécanisme de la circulation est presque entièrement conforme à celui de l’IIuître.

Respiration. — Les Limaçons ont une respiration pulmonaire, mais leur poumon est loin de ressembler aux organes qui portent ce nom chez l’homme et les autres vertébrés.

Lorsqu’on place devant soi un Limaçon dans sa position naturelle, on voit à droite de son pied, sous le bord du manteau, une ouverture irrégulièrement circulaire, qui s’ouvre et se ferme alternativement: c’est le pneumostomc, ou orifice qui donne accès à l’air atmosphérique. 11 est couvert de viscosité et est l’entrée d’un canal sinueux qui s’enfonce dans le corps de l’animal jusque dans une cavité qui constitue le poumon. Cette cavité a pour plafond une voûte sur laquelle courent des nervures saillantes, des cloisons imparfaites qui se rencontrent, s’entrecroisent. Elles limitent entre elles des cavités dans lesquelles arrive l’air entré par le pneumostome. Dans leur épaisseur se trouve le sang amené des lacunes par le vaisseau qui longe le bord concave de l’abdomen, et c’est ù travers leurs parois que s’exécute l’échange des gaz.

L’organe respiratoire du Limaçon ne mérite donc le nom de poumon que parce qu’il est le siège d’une respiration aérienne; mais son mode de conformation, le besoin qu’il a d’être beaucoup humecté par le liquide qui est enlevé par l’air à la viscosité, le rapprochent singulièrement des branchies.

Sécrétions. — On trouve chez les Limaçons des glandes salivaires, un foie dont le contenu agit sur les aliments; on y trouve aussi, sur le côté droit du corps, non loin du cœur, une grosse glande blanchâtre paraissant formée de feuillets empilés : c’est la glande de la viscosité ; elle est munie d’un canal excréteur. Les Limaçons possèdent, comme l’IIuître, un appareil rénal qui reçoit sa veine porte particulière. La coquille est sécrétée par le

manteau et l’opercule parles bords ou bourrelet de cette espèce de sac.

Système nerveux. — Le système nerveux du Limaçon est ganglionnaire et insymétrique comme chez tous les Mollusques. 11 se compose d’un collier œsophagien formé à sa partie supérieure par un gros ganglion cérébroïde qui est oblong, transverse et qui donne des nerfs aux muscles de la bouche, aux tentacules, aux yeux, aux organes génitaux; deux cordons en naissent latéralement pour se réunir au collier sous-œsophagien qui est arrondi et à peu près aussi gros que le ganglion cérébroïde. De ce ganglion sous-œsophagien partent un grand nombre de filets qui se rendent aux parties voisines, l’un se rend à la tête, un autre va aux environs du pneumostome, un autre encore descend plus profondément aux viscères; sur le côté gauche, on en remarque qui se distribuent au bourrelet du manteau et aux parties voisines ; enfin, plusieurs autres nés à la partie inférieure du ganglion se rendent surtout au pied.

Sens. — Les points noirs qui sont à l’extrémité des grands tentacules sont généralement regardés comme des yeux; il faut ■ cependant convenir qu’ils ne jouissent pas des propriétés de véritables yeux. Ils paraissent ne pas être sensibles à la lumière, car un Limaçon ne manifeste aucune sensation lorsqu’on le fait passer de l’obscurité à une lumière très-vive; il se rend contre - les obstacles comme s’il ne les voyait pas et n’est averti que lorsque ses tentacules ont touché. On ne connaît pas d’organes de l’ouïe ; l’organe du toucher est très-développé, particulièrement surles tentacules; on ne trouve pas le siège de l’odorat, mais ces animaux paraissent sentir leur proie de très-loin, ce qui prouve qu’ils perçoivent par des organes qui ne sont pas analogues aux

I nôtres. Le sens du goiït est obtus, les Limaçons se nourrissent en effet de toutes sortes d’herbes; ce qui a pu faire croire qu’en leur faisant prendre de la digitale, de la belladone, du pavot, on donnerait à leur chair les propriétés de ces différentes lilan tes. Il serait bien plus simple de se servir des plantes elles-mêmes. Génération. — Les Limaçons sont ondrogynes (1), ils ne

(t) Voyez Bauilelot, Recherches sur l’npp. gênir. des Moll, gaslér. Thèse pour |i le doctorat es sc. nat. Paris, 1803.

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peuvent se féconder eux-mêmes, la fécondation n’a lieu que par le rapprochement de deux individus dont chacun est à la fois mâle et femelle par rapport à l’autre (1).

Les organes génitaux sont très-développés et situés en grande partie dans la portion la plus élargie du corps. Ils consistent d’abord en une glande ovoïde enchâssée dans le foie, à éléments tubuleux, connue sous le nom de glande hermaphrodite ; c’est dans son intérieur que se forment le sperme et les œufs. Celte glande est munie d’un canal excréteur qui va porter les deux produits dans une sorte de carrefour d’où partent deux conduits plus ou moins sinueux, accolés l’un à l’autre dans une partiedeleurlongueur ; l’un, plus large, à sinuosités plus grosses, est l’oviducte, il donne passage aux œufs; l’autre, plus étroit, blanc, glanduleux, à nodosités plus petites, est la prostate, ou mieux, le commencement du canal déférent, il donne passage au sperme. A l’entrée de l’oviducte, les œufs reçoivent une liqueur secrétée par une grosse glande blanchâtre en forme de langue qui a reçu le nom de glande de l’albumen . L’oviducte et le canal déférent débouchent séparément dans une cavité appelée vestibule.

Avant de déboucher dans le vestibule, ces deux canaux communiquent chacun â leur partie supérieure avec différents organes :

A la partie supérieure de l’oviducte débouche un ioitg canal grêle qui se termine, à son autre extrémité, par la vésicule copulatries , petite vessie qui sert de réservoir du sperme. Plus haut, , sont deux organes blatics, arborisés, connus sous le nom de vésicules multifides; elles secrétent un liquide blanc, granuleux. Enfin, plus haut encore, est la poche du dard ; elle a la forme d’un sac placé transversalement, son sommet s’ouvre dans le vestibule, ses parois sont fortes et musculeuses, sa cavité est trèsétroite et contient un petit stylet calcaire appelé le dard, dont la longueur est de quatre â cinq millimètres; il eSl planté dans le j fond de la poche et regardé comme un organe d’excitation. Siii- !

(1) Chez les Lj’iitnées des étangs, qui sbnt aussi androgynes, la fécohdatiotl ne sè fait qu’à l’aide d’un troisième individu. Pendant l'accouplement, ccs animaux forment une chaîne dont la longueur est souvent do plusieurs mètres. Le premier de la chaîne seul ne remplit qu'un seul ollkc, chaque individu p’aco à la suite est en mente temps mâle pour un voisin et femelle pour l'autre.

vantBouchard-Chanlereaux, le dard n’existe que chez les individus qui s’accouplent pour la première fois.

A la partie supérieure du canal déférent sont le flagellum et la gaine du pénis. La gaine du pénis est un cylindre renflé qui, d’un côté, fait suite au canal déférent, de l’autre, se rend au vestibule ; les parois en sont doubles, et dans le fond est un petit cône percé d’un canal ; il constitue la verge ou pénis. A l’union de la gaine du pénis avec le canal déférent se joint un long filament blanc qui a reçu le nom de flagellum, ce filament est un ! tube qui a pour but, ainsi que le fond de la gaine du pénis, de secréter la matière du spermatophore. Les spermatophores sont de longs filaments cylindriques qui entourent le sperme, le conservent et facilitent son introduction dans la vésicule eopulatrice.

Le vestibule communique donc par son fond avec la gaine du pénis et le sac du dard, son ouverture d’entrée est située sur le côté droit du corps, îi la base de l’un des grands tentacules.

Dans la copulation, les bords du vestibule se déversent ainsi que ceux de la poche du dard et du fourreau du pénis, de telle manière que la verge et le vagin deviennent presque superficiels, et il se fait une intromission réciproque. Dans celte action, les spermatophores sont introduits par la verge dans le vagin, et conduils dans la vésicule copulatrice. En cet endroit, la matière du spermatophore se détruit, le sperme devient libre et est versé sur les œufs à mesure que ceux-ci arrivent fi la partie supé* rleure de l’oviductc. — - 11 est admis généralement que la fécondation n’a pas lieu avant cette époque, bien que les œufs et le sperme se soient rencontrés déjà, parce qu’alors leur maturité n’était pas assez avancée. Au moment de la ponte, les Limaçons ' s’enfoncent en terre à une légère profondeur; leurs œufs sont nombreux, sphériques, blancs, demi-transparents, libres, rarement accolés au nombre de deux ou trois;

Le Limaçon le plus employé est celui qu’on trouve dans les vignes et qui est connu sous le nom d’UÉucG vigneuonne {Hélix pomatia, L.). Sa coquille est d’un gris roussûtre avec des l bandes circulaires alternatives pôles ou foncées et de fines stries transversales. On le récolte pendant l’hiver et particulièrement

au mois de mars, lorsque l’opercule n’est pas encore détaché. 11 est utilisé comme aliment. Soubeiran a montré qu’un cent de ces animaux peuvent fournir 600 grammes de chair musculaire. On a beaucoup vanté les préparations faites avec l’Hélice vigneronne, ii cause du mucilage et des principes sulfurés qu’elles renferment. On en a fait des bouillons, des pâles, des sirops conseillés aux malades atteints de bronchite ou de phthisie; on a même fait avaler les Limaçons eux-mêmes, tantôt crus, tantôt ; roulés dans du sucre. Plusieurs autres Limaçons sont aussi employés, les principaux sont: I’Hélice ou Escargot des haies j (Hélix aspera, Müll.), I’Escargot des jardins (Hélix liortensis, j L.) ['Escargot des forêts (Hélix nemoralis, L.) I’Escargot vermiculé (Hélix vermiculata, Müll.).

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