‹ Manuel d'histoire naturelle médicale (volume 2)Chapitre 94 sur 155 · POISSONS. — MORUES · texte numérisé non relu

POISSONS. — MORUES

pattes rudimentaires. Il est muni d’arcs branchiaux supportant des branchies, mais ces arcs branchiaux ne tiennent pas à l’os hyoïde. Sa vessie natatoire est double et communique avec le pharynx au moyen d’une ouverture glottique ; la paroi en est très-vasculaire, elle reçoit le sang veineux des veines qui se reni dent aux branchies; elle a la plus grande ressemblance avec les i poumons des Batraciens. Tandis que chez les Poissons ordinaires l’oreillette est simple, ici une cloison incomplète s’avance dans l’intérieur, et semble en faire une double oreillette de Grenouille, j mais il n’existe qu’une ouverture auriculo-ventriculaire sans 1 valvules (1).

Un grand nombre de Poissons sont employés: les uns four* i nissent des aliments, d’autres des médicaments, d’autres encore des produits utilisés dans l’industrie, enfin plusieurs sont de véritables poisons.

Morues. — Les Morues (Gadus morrhua, L.) sont des Poissons osseux, allongés, de l’ordre des Malacoptérygiens subbrachiens, ou autrement dit, dont les nageoires dorsales sont molles et les nageoires ventrales situées sous la gorge : ces dernières sont aiguisées en pointe. Les dorsales sont au nombre de trois, situées l’une derrière l’autre; il y a deux anales; un barbillon se montre à la mâchoire inférieure. La longueur du poisson varie de 60 à 130 centimètres, son poids de 7 à 10 kilogrammes; son corps est tacheté de jaune et de brun. Les Morues habitent i habituellement l’Océan entre le /iOe et le 70° degré de latitudemais vers le mois de mars, elles se rassemblent en grande quantité au banc de Terre-Neuve : c’est là qu’on les pêche.

Leur chair est employée comme aliment ; la vessie natatoire donne une colle de poisson assez estimée; le foie fournit l’huile

Ïr si connue et si usitée en médecine.

L'huile de foie de Morue s’obtient en soumettant à la pression les foies des Morues. Autrefois on distinguait les huiles blan- ] ches, brunes et noires. Les premières s’obtenaient par le simple f tassement des foies dans une cuve; les secondes étaient le résu!,

(1) Voyez, pour plus de détails : Nallcrcr, Lepidosireil pavadoxa (Ann. des Uïelier Muséums der Nalurgesch. 1837, p. 105). — llyrll, Monographie du I.epido- H paradoxa , 1845. — Uiscliofl, Ann. sc. nul., 1840, vol. XIV, p. 130.

2'jü Vertébrés.

lat d’une seconde pression sur les foies qui avaient déjà fourni l’huile blanche, ou dont le tissu n’était plus entier; enfin l’huile noire s’obtenait en soumettant le résidu à l’ébullition dans l’eau. Aujourd’hui toutes ces huiles sont épurées, on les a rendues fluides, moins nauséabondes, et il y en a de nombreuses variétés. L’huile de foie de Morue est souvent falsifiée. Elle est pure quand une goutte d’acide sulfurique y détermine une teinte carmin foncée. Elle doit marquer 392 degrés de l’oléomètre de Lefebvre, à la température ordinaire. Sa composition varie un peu, selon les échantillons. Elle contient, outre les matières grasses, de l’iode, du chlore, du brome, du phosphore, etc.

L’huile de foie de Morue a pour effet physiologique d’augmenter toutes les sécrétions, de favoriser les évacuations; on l’emploie en thérapeutique dans les cas de rachitisme, de scrofule, de phthisie pulmonaire; on l’a employée avec succès contre des rhumatismes produits par les privations ou l’humidité (Müller).

Raies. — Les Raies (Raja, L.) sont des Poissons cartilagineux de l’ordre des Sélaciens ou Plagiostomes. Leur corps est aplati horizontalement, discoïde; les nageoires pectorales sont amples, charnues, se rejoignent à l’avant du corps près du museau, et en arrière au niveau des ventrales. Deux gros yeux, deux trous occupent le sommet de la tête. La bouche, les narines, les orifices des branchies, sont sur la face ventrale ; la queue est mince, garnie de petites nageoires dorsales; les dents sont nombreuses, en pavés, disposées en quinconce sur les mâchoires.

Les Raies sont des Poissons de haute mer, très-peu sont littorales; quelques-unes vivent dans les grands fleuves d’Amérique. On en a vu de plusieurs mètres de largeur et du poids de 1000 kilogrammes.

On les emploie comme aliment. Les principales espèces sont : la Raie bouclée (Raja clavata, L.), dont la peau est hérissée d’aspérités, d’écussons, armée d’épines recourbées qui ont reçu le nom de boucles, et sont plus fortes, plus nombreuses chez les mâles que chez les femelles ; la queue est sans dard. La Raie bouclée est tachetée de blanc et de noir.

, La Raie blanche ( Raja bâtis, L.) est plus grande que la précédente; sa peau est dépourvue de boucles, sa queue est sans dard.

POISSONS. — SQUALES. 29i

La Rastenague {Raja pastinaca, L.), qui vit dans la Méditerranée, est beaucoup plus petite, du poids de 2 à 3 kilogrammes; sa tète est cordiforme ; son dos est âpre, brun, son ventre blanc; sa queue porte un aiguillon dentelé dont la blessure est dangereuse. C’est, selon M. Guibourt, une Pastenague de la mer Rouge qui fournit la peau connue sous le nom de galuchat, ou peau de chagrin.

L’Aigle (Raja aquila, L.) est commune dans l’Océan et la Méditerranée. Elle se reconnaît à sa longue queue, â sa tête libre, non recouverte par les nageoires pectorales, etc., etc.

Les deux premières ont un foie volumineux dont on extrait une huile de foie de Raie par des procédés analogues à ceux qui servent à obtenir l’huile de foie de Morue. Tandis que celle-ci passe du rouge carmin au noir par l’addition d’acide sulfurique, la première passe de la même couleur au violet. Elle est moins iodée que l’huile de foie de Morue et est employée dans les mêmes cas.

Squales. — Les Squales ( Squalus , L.) appartiennent, comme les Raies, à l’ordre des Sélaciens. Leur corps est allongé ; leurs dents sont tranchantes et pointues, placées sur plusieurs rangs ; les ouvertures des branchies son t situées sur les côtés de la tête ; la queue est forte, hétérocerque ; les narines sont placées au bout du museau. La première nageoire dorsale est plus en avant que les ventrales, et la seconde est vis-à-vis de l’anale. Ceri laines espèces atteignent jusqu’à 10 mètres de long. Elles sont d’une voracité extrême, vivent par bandes, et n’habitent pas ordinairement la haute mer.

On a extrait des foies V huile de foie de Squale, plus riche en iode et en phosphore que les huiles précédentes, moins riche en brome et en soufre. On l’emploie dans les mêmes cas.

La chair des Squales est quelquefois employée, mais elle est peu recherchée.

Leur peau est ordinairement couverte de petites écailles dont le bord libre est en arrière et peut servir de râpe, aussi est-elle : employée communément dans l’industrie pour polir.

On t.ome pou i cet usage, dans le commerce, les peaux de oussette mouchetée, de Leiche, connue sous le nom de Chien (e nui, d Aiguillât, de Sagre, etc. Lorsqu’on use les tubercules,

on peulse servir de ccs peaux pour la reliure, pour recouvrir des boîtes de prix, des fourreaux, et on leur fait prendre des couleurs plus ou moins vives.

Esturgeons. — Les Esturgeons ( Acipenser , L.) étaient rangés par Cuvier dans la seconde sous-classe, mais on doit les regarder comme les intermédiaires entre les Poissons cartilagineux et les Poissons osseux. S’ils ont le squelette cartilagineux, la bouche ventrale, l’intestin spiral, etc., des premiers, ils ont aussi les branchies libres et l’opercule des seconds. Ce sont de grands Poissons qui habitent la mer, mais au printemps, moment de la ponte, ils remontent les fleuves. Leur forme est allongée; leur corps est garni d’écussons durs rangés longitudinalement; la tête est allongée, cuirassée; le museau en pointe porte quatre barbillons; la queue est hélérocerque. L’Esturgeon commun (Acipenser sturio, L.) remonte quelquefois la Seine; mais c’est dans les fleuves qui débouchent dans la mer Noire, la mer Caspienne, qu’il est le plus commun ; il va de compagnie avec le grand Esturgeon ( Acipenser huso, L.), qui atteint lx à 5 mètres de longueur.

La chair des Esturgeons est très-estimée, particulièrement celle du Sterlet, ou petit Esturgeon ( Acipenser ruthenus, L.). La laite des mâles est aussi très-recherchée : celledu grand Esturgeon pèse jusqu’à 50 kilogrammes. L’ovaire des femelles contient plus de quinze cent mille œufs ; on s’en sert pour la préparation du caviar.

C’est avec la vessie natatoire des Esturgeons que l’on fait l 'ichthyocolle ou colle de poisson. Pour cela on débarrasse les vessies natatoires du sang et des membranes étrangères, on les roule en long et on les laisse sécher. Avant la dessiccation parfaite, on ploie les plus belles de manière à leur donner la forme d’une lyre : c’est Yichthyocollc en lyre; ou bien on leur donne la forme d’un cœur, et l’on obtient Yichthyocollc en cœur; ou bien encore.au lieu d’enrouler les vessies, on les plie en carré et on les faitsécher à la manière des feuilles d’imprimerie : ou a ainsi Yichthyocollc en livre. La première passe pour la plus estimée. On les blanchit ensuite avec l’acide sulfureux. On se sert de l’ichlhyocolle pour faire des gelées et pour clarifier les liquides, tels que la bière, le vin, etc.

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