MASSES MÉCANIQUES SIMPLES SOUS FORME DE TUMEURS
cet organe, examinées au microscope, montrent la localisation du pigment dans la trame cellulo-vasculaire et dans les glomérules ; les tubuli , leur épithélium restent intacts pendant longtemps (voy. %. 177).
Dans le cas que nous avons observé, la mamelle présentait aussi des taches visibles à l'œil nu; la matière mélanique s'était déposée, non dans le tissu conjonctif, mais dans les culs-de-sac et dans les acini glandulaires. Dans les coupes un peu épaisses traitées par l'acide tartrique, on voyait très bien les acini de la glande dont les uns
FiG. 177. — Coupe clii rein. — 1, pigment formé dans le slroma de l'organe; 2, tube urinifèrc ; 3, glomérules. — Grossissement de 100 diamètres.
étaient normaux, les autres comme injectés en noir. Avec un fort grossissement, et sur des coupes faites après durcissement de la pièce dans l'alcool, on put s'assurer que la production des granules mélaniques s'était effectuée dans le protoplasma des cellules épithéliales autour des noyaux (fig. 178).
Dans notre propre observation, et dans celle relatée par MM. Lancereaux et Dubrueil, du pigment s'était déposé dans les faisceaux musculaires du cœur eux-mêmes.
Ces faits montrent avec certitude que le pigment se produit à la fois dans les cellules du tissu conjonctil, dans les cellules d'épilhélium, et même dans les faisceaux musculaires ; qu'il ne vient pas dii'cctement de la matière colorante du sang. Nous croyons en effet
qu'il ne faut pas voir là une simple pénétration du pigment, mnîs aussi le résultat d'une activité pathologique de la cellule.
Cette espèce morbide ne peut être confondue qu'avec le carcinome et le sarcome mélaniques. Déjà à l'œil nu, on peut soupçonner qu'il s'agit d'une mélanose simple, si l'on ne trouve pas entre la partie
FiG. 178. — Collulules épilhéliales dos aciiii mammaires infiltrées de pigment noir. — 1, cellules et acin mammaires; 2, tissu conjonctif interstitiel. — Gi'ossissement, 250 diamètres.
noire et la partie saine une zone présentant des teintes de coloration intermédiaire. Celles-ci ne manquent presque jamais dans le carcinome et dans le sarcome mélaniques. Pour arriver à un diagnostic histologique précis, il ne suffit pas de racler la tumeur ou d'en examiner les éléments par la dilacération, mais il faut, ainsi que nous l'avons déjà dit, pratiquer des sections minces de cette tumeur.
La généralisation des masses mélaniques se complète toujours très rapidement, et la mort survient dans un délai de quelques mois.
KYSTES HYDATIQUES.
Nous décrivons les hydatides dans la partie générale de notre Manuel parce qu'elles peuvent se rencontrer dans tous les organes et dans tous les tissus; les autres parasites de l'homme qui ont des
KYSTES HYDATIQUES.
sièges sprcianx seront, menlionnés ù propos des tissus et des organes où on les rencontre. C'est ainsi que les Irichines seront décrites à
FiG. 179. — Tœnla solium. — a, lùto ou scolex; b, anneaux ou progloltis.
propos des muscles striés, le tricophyton et le microsporon à propos de la peau, etc.
Définition. — Les kystes hydatiques, qui doivent leur nom au liquide transparent qu'ils renferment, sont essentiellement constitués par des vers vésiculeux qui représentent une phase du développement des taenias.
Chez l'homme, on ne trouve que deux espèces d'hydatides : les cysticerques et les échinocoques.
Les cysticerques sont solitaires dans leur kyste, tandis que les
échinocoques naissent toujours en nombre plus ou moins considérable dans un kyste primitif. Ils proviennent de diverses espèces de taenia, mais le plus fréquent, le Ctjsticercus cellulnsm (Rndnlphi)
FiG. 180. — 1, Tête et cou du Tœnia solium. — a, probo^cide; 6, coumiine de crociieis; ce, ventouses; 2, un crochet isole; a, portion fixe'e à la tête du tœnia.
appartient au Tœnia solium. Pour comprendre leur place dans la série zoologique et leur mode de production, il est nécessaire de faire précéder leur histoire d'une description succincte de ce tœnia.
Le Tœnia solium, qui vit dans l'intestin grêle de l'homme, est un ver rubané, blanc, long de plusieurs mètres ; il est composé d'anneaux dont les plus petits sont les plus rapprochés de la tète et dont les plus larges se trouvent à l'extrémité opposée.
La tête a le volume d'une tête d'épingle ; on lui distingue quatre ventouses et un petit tubercule ou proboscide dont la base est entourée de vingt-quatre à vingt-huit crochets disposés sur deux rangées.
La tête tout entière porte le nom de scolex. Les anneaux viennent immédiatement après la tête et vont en s'élargissant progressivement jusqu'à l'extrémité de l'animal. Ces anneaux, qui peuvent acquérir jusqu'à 12 millimètres de largeur, sont aplatis et représentent chacun un individu hermaphrodite. Les orifices des organes génitaux maie et femelle sont réunis sur une légère saillie qui occupe un des bords de chaque anneau ; ces organes sont composés de conduits sinueux qui représentent l'utérus et les ovaires; ces derniers sont remplis d'ovules. L'appareil maie consiste en un pénis falciforme et un conduit séminifère. L'œuf fécondé, dans les anneaux mûrs, contient un embryon qui possède déjà six crochets.
KYSTES IIYDAÏIOUES. 381
Les derniers anneaux se délaehent : on les nomme progloltis ou cucuvhiiins. Ils sont remplis d'œufs fécondés, el s'ils sont mangés par certains animaux, les cochons par exemple, les œufs arrivés dans l'intestin perdent leurs membranes d'enveloppe , l'embryon est mis en liberté et traverse les membranes intestinales pour se répandre dans diverses parties de l'organisme où il devient cyslicerque celluleuûc. La présence du cysticerque dans la viande du porc constitue la ladrerie.
Le cysticerque celluleux, qui s'observe très rarement chez l'homme, se montre dans les muscles, dans la pie-mère, le cerveau, au-dessous de la conjonctive, dans les chambres du globe oculaire, dans la plèvre, le péritoine, etc.; il est généralement enkysté.
Son kyste est formé par une ir.embrane de tissu conjonctif parcouru par des vaisseaux. Cette membrane fait défaut quand le cysticerque siège dans une cavité naturelle. Cette membrane incisée, le
FiG. 181. — CysiiourquR ladriqnc — a, kyste advcntif; 6, poche dans liiqiicllo l'animal dtait invagjiiid c, cuips ; d, têlc avec proboscidc, double coiironno de crochcits et ventouses.
cysticerque se présente sous forme d'une vésicule arrondie, remplie d'un liquide transparent et mesurant de 8 à 20 millimètres de diamètre. On voit à sa surface une petite dépression. En pressant sur la vésicule, on fait saillir le corps, le cou et la tête de l'animal qui étaient rentrés dans sa vésicule caudale (voy. fig. 181).
La tête est exactement celle du ta?,nia ; le cou et le corps de l'animal présentent des plis sans anneaux distincts; il n'y a pas d'organes génitaux.
Pour que le développement complet du tœnia s'effectue, il faut que le cysticerque passe dans le tube intestinal d'un autre animal. Le
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Tœnia solium de l'homme provient le plus souvent du cysticerquc contenu dans la viande de porc.
Le cysticerque celluleux n'est pas le seul dont on ait fait mention chez l'homme : on a signalé quelques fails isolés de cysticerques du Tœnia acanthotrias, du Tœnia serraia, etc.
Si les cysticerques précédents sont rares chez l'homme, les échinocoques sont au contraire très communs. Ils sont au Tœnia echinococcus ce que le cysticerque celluleux est au Tœnia solium.
Le Tœnia echinococcus, dont l'existence est douteuse chez l'homme, vit en colonies dans l'intestin du chien. Il diffère du Tœnia solium surtout par le petit nombre de ses anneaux dont le troisième ou le quatrième à partir de la tête porte déjà des œufs et se détache.
Les œufs de ce tœnia arrivés dans l'intestin de l'homme perdent leur membrane d'enveloppe, et les embryons vont se loger dans les cavités séreuses et dans les parenchymes. Ils sont le point de départ de kystes qui, arrivés à leur plein développement, sont constitués par une membrane adventice fibreuse appartenant à l'organe affècl.é et par une ou plusieurs vésicules libres ou contenues les unes dans les autres.
Ces vésicules transparentes, tremblotantes, donnant dans la main l ) sensation particulière connue sous le nom de frémissement hyda-
6 JaUe-
FlG. 182. — Scclion mince d'une portion d'une inembiiiiie d'un lijslc iivdaliqiic. Grossissement de 200 diamètres.
tique, sont sphcriques et de grosseur très variable, depuis le volume d'une noisette jusqu'à celui d'une orange. Elles contiennent un liquide transparent ne se coagulant ni par la chaleur ni par les acides. La membrane du kysLe est gélalinirormc, transparente, et
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formée par de minces feuillets superposés qu'on peut séparer les uns (les auU'es parla dissection et qui se retournent sur eux-mêmes à la manière des membranes élastiques. A l'examen microscopique, ces feuillets paraissent constitués par des lamelles encore plus fines, amorphes , séparées les unes des autres par des lignes parallèles d'une admirable netteté. La plus interne de ces membranes, nommée membrane germinale, porte à sa surface libre les échinocoques qui apparaissent à l'œil nu sous la forme de petits grains blanchâtres. Un certain nombre d'entre eux sont détachés et flottent dans le liquide. Dans une de ces grosses vésicules, on trouve souvent des vésicules plus petites et de structure identique.
Les échinococques (voy. fig. 183) sont formés par une vésicule
FiJ. 183. — Echinocoqiie invag-ini', dclaclic de l'hydatide mf.re.
caudale adhérente à la membrane germinale, au milieu de laquelle on retrouve le corps et la tête de l'animal invaginés, comme cela a lieu chez les cysticerques. Le diamètre des échinocoques varie entre 1 et 2 dixièmes de millimètre. Leur tête présente unproboscide, une double rangée de crochets et quatre ventouses. Le corps de l'animal est parsemé de disques calcaires.
Les vésicules hydatiques ne contiennent pas toujours des échinocoques, la membrane germinale faisant défaut ou bien les échinocoques ayant cessé de vivre : dans ce dernier cas, on retrouve des crochets libres dans le liquide hydatique. Cette variété de kystes hydatiques stériles a été désignée sous le nom de kystes acéphalocystes. Dans certains de ces kystes, les vésicules présentent une paroi très épaisse formée par un nombre considérable de lamelles superposées, et leur cavité centrale est très exiguë.
On a décrit dans ces dernières années (Friedreich, Virchow.
d54 DES TUMEURS.
Ott, etc.), une variété de kystes hydatiques appelée tumeur hydatiquemultiloculaire, caractérisée par la présence d'un grand nombre de très petits kystes miliaires disposés dans un stroma fibreux. Ces tumeurs sont extrêmement rares en France; nous n'avons pu en étudier qu'une seule fois sur des pièces qui nous avaient été apportées par M. Carrière et dont il a fait le sujet de sa thèse inaugurale (1868). Chacun de ces kystes contient une ou plusieurs vésicules hydatiques qui renferment des échinocoques ou quelques crochets; mais même si ces derniers faisaient défaut, les kystes seraient toujours caractérisés par les membranes spéciales aux hydalides. Ces tumeurs ressemblent beaucoup, au premier abord, au carcinome colloïde, avec lequel on les a confondues longtemps; mais il ne peut y avoir la moindre hésitation à l'examen microscopique.
Lorsque les kystes hydatiques ont achevé leur développement et qu'ils séjournent encore au sein de l'organisme, leurs difiérentes parties constituantes subissent des modifications considérables. Le liquide se résorbe, les échinocoque"^ tombent et- se décomposent, les membranes hydatiques reviennent sur elles-mêmes, se rompent et se fragmentent en lambeaux qui nagent dans une bouillie riche en sels de chaux, rendue ocreuse ou rougefare dans les kystes du foie par la présence de la matière colorante de la bile. La membrane adventice, c'est-à-dire la membrane fibreuse appartenant à l'organe où la tumeur est développée et qui forme son enveloppe extérieure, devient plus épaisse; elle se rétracte et subit souvent une infiltration graisseuse et calcaire. Dans la membrane fibreuse adventice d'un ancien kyste du foie, nous avons observé des îlots de tissu osseux contenant des travées osseuses, du tissu médullaire et des vaisseaux: c'est le seul exemple que nous connaissions, car d'habitude, dans les kystes hydaliques très anciens, la membrane adventice subit une simple péli'ification et constitue seulemcnl une carapace formée par des lames calcaires superposées et réunies par du tissu fibreux.
Les relations des vers vésiculaires avec les tœnias ont été établies par les expériences de Van Ccnedcn, de Kiichenmeister, de Leuckarl, etc. On trouvcni l'analyse de tout ce qui touche aux parasites de l'homme et des animaux dans la dernière édition de l'excellent Trailè des cnlozoaires de G. Davaine, 4877.