TUMEURS DES OS
dans les fracliires simples, l'os se forme aux dépens du lissu cartilagineux suivant le mode physiologique. Dans l'état actuel de la science, il est impossible d'expliquer cette différence. On ne savii-ait faire intervenir ici l'action de présence de l'os sur les tissus cnllammés, puisqu'elle est la même dans les deux cas. On ne peut voir là non plus un degré différent d'irritation, car, dans les ostéires productives, qu'elles soient aiguës ou chroniques, on n'observe pas de production de cartila!;e. De même, lorsque sur un petit mammifère on a ruginé un os de manière à ouvrir le canal médullaire, la perte de substance est comblée par un tissu osseux de nouvelle formalion, qui n'est point précédé de cartilage, alors même que la plaie s'est réunie par première intention, ce qu'on obtient facilement sur les rats (voy. fig. 195).
Ces faits, qui ont été découverts par l'un de nous, avaient passé inaperçus. C'est ainsi que Fôrster ne peut expliquer pourquoi, chez l'homme, il n'a jamais trouvé de cartilage dans le cal, tandis qu'au contraire les fractures se cicatrisent toujours chez le lapin aux dépens du cartilage. Gela vient de ce que Fôrster, aussi bien que la plupart des anatomo-pathologistes, n'ont eu l'occasion d'examiner que des sujets ayant succombé à des fractures graves compliquées de plaie extérieure, tandis que dans les expériences faites sur les animaux en vue d'étudier les fractures, on cherche surtout à produire des fractures simples.
§ G. — Tumeurs des os.
On a rencontré dans les os presque toutes les espèces de tumeurs décrites précédemment; mais celles qu'on y observe le plus souvent sont les différentes variétés du sarcome. En étudiant le siège des tumeurs des os, on voit qu'une distinction importante doit être faite suivant que la tumeur est primitive ou consécutive à une généralisation du produit morbide. Dans le premier cas, ce sont, d'une maniera générale, les os soumis aux injures extérieures qui sont le plus souvent affectés : par exemple le tibia, les maxillaires, etc. Au contraire, les os atteints le plus souvent par la généralisation des productions morbides sont le corps des vertèbres, le sternum et les côtes, c'esl-à-dire ceux dans lesquels on observe de la moelle rouge.
Les tumeurs molles primitives, à marche rapide, qui se développent dans un os, l'envahissent peu à peu en détruisant le tissu osseux à
mesure qu'elles s'accroissent. Le mécanisme delà résorption du tissu osseux ne difière pas essentiellement de ce qu'il est dans l'ostéite destructive. Il se développe dans les cavités médullaires du tissu embryonnaire qui détermine la résorption des lamelles osseuses. Les cellules contenues dans les corpuscules deviennent libres et vont s'ajouter ainsi à la masse du tissu embryonnaire. Aussi, en général, le tissu morbide de la tumeur ne touche-t-il pas les travées osseuses; il en est séparé par une atmosphère de tissu embryonnaire aux dépens duquel il se développe. Parfois ce travail se poursuit jusqu'aux extrémités de l'os; mais là, comme dans l'ostéite, le processus s'arrête à la couche calcifiée du cartilage. 11 est rare que cette barrière soit franchie. Cependant on observe généralement alors une arthrite lente sur les lésions de laquelle on trouvera plus loin un chapitre spécial.
Les tumeurs généralisées envahissent les os beaucoup plus souvent qu'on ne le croit vulgairement; il suffit de faire des autopsies complètes pour s'en assurer.
Le pronostic des tumeurs des os varie avec la nature de chacune d'elles, et nous n'avons rien à ajouter à ce que nous en avons dit à propos des tumeurs en général. Notons toutefois que le système médullaire étant continu dans l'os entier, les tumeurs s'y propagent très facilement, et qu'une opération consistant simplement à enlever la tumeur apparente, en laissant intactes les parties de l'os voisines, est habituellement suivie de récidive.
Espèces et variétés des tumeurs des os. — Le sarcome encéphaloïcle (voy. p. 155) est commun dans les os. Les tumeurs de ce genre qui y naissent présentent un volume considérable et une marche rapide. Le sarcome encéphaloïde affecte souvent la forme érectile et donne lieu alors aux symptômes que l'on a l'habitude de rapporter en clinique aux anévrysmes des os. Il arrive même parfois que les dilatations vasculaires déterminées par le retour de la paroi des capillaires à l'état embryonnaire, soient si grandes, que, communiquant les unes avec les autres, elles constituent une vaste poche. Dans l'intérieur de celle-ci on trouve encore des cloisons minces, molles et flottantes, dont la structure est la même que celle du tissu morbide voisin.
Dans le sarcome encéphaloïde des os, on observe en outre des foyers hémorrhagiques et des kystes dus à une transformation muqueuse (voy. p. 108).