LÉSIONS DU TISSU CARTILAGINEUX
Le tissu cartilagineux est un tissu parfaitement vivant, capable de subir une série d'altérations primitives. Chez l'adulte, à l'état normal, il ne contient jamais de vaisseaux. Néanmoins, il est susceptible de subir des lésions de nature irritative (voy. p. 95). On y observe également des lésions de nutrition qui portent sur les cellules ou sur la substance fondamentale.
Les lésions de nutrition qui afiectent les cellules du cartilage sont :
a. La transformation granulo-graisseuse, qu'il ne faut pas confondre avec l'accumulation de la graisse (adiposité), état qu'on rencontre constamment dans les cartilages de l'adulte.
Cette transformation granulo-graisseuse détermine la mort de l'élément cellulaire du cartilage, de telle sorte qu'à la fin du processus, on ne trouve plus dans un cartilage, à la place des cellules, que des îlots de granulations graisseuses. La substance fondamentale intermédiaire est ramollie, souvent fendillée ; mais elle ne contient pas de granulations graisseuses. Cette altération est primitive; elle n'appartient pas à l'inflammation. Celle-ci est, en effet, caractérisée dans sa période d'activité par un phénomène opposé, par la disparition de la graisse contenue dans les cellules. (Voyez, pour plus de détails, l'article consacré aux tumeurs blanches.)
b. L'infiltration uratique, qui commence dans la cellule même du .artilage, a déjà été indiquée à la page 85, et sera décrite complètenent à propos de la goutte.
Les lésions de nutrition qui portent sur la substance fondamen^ taie sont :
c. La transformation muqueuse, qu'on observe à l'état physiologique dans les cartilages costaux (voy. p. 69), et qui peut accidentel-
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lemont se montrer dans d'autres cartilages; elle s'accompagne habituellement d'une segmentation do la substance fondamentale.
d. La translbrmation calcaire, qui, à l'inverse de la transformation uratique, commence toujours par les capsules carlilagineuses et s'étend dans la substance fondamentale, mais n'envahit jamais les cellules.
e. Enfin, l'infiltration uratique de la substance fondamentale, qui, partie des cellules carlilagineuses, se poursuit dans la substance fondamentale sous la forme d'aiguilles cristallines d'urate de soude.
Les lésions irritatives du cartilage se traduisent par des modifications qui surviennent à la fois dans les cellules, dans les capsules et dans la substance cartilagineuse. Dans la plupart des cas, à mesure qu'elles se divisent, les cellules cartilagineuses engendrent autour d'elles des capsules cartilagineuses nouvelles; mais il arrive aussi, parfois, que les cellules qui résultent de la division des anciennes ont perdu la propriété de former autour d'elles des capsules de cartilage, et alors elles restent à l'état de cellules embryonnaires. Ces derniers phénomènes se montrent lorsque l'irritation est très intense, ou bien lorsqu'elle est associée à la transformation calcaire. Les cellules embryonnaires qui résultent alors de la prolifération persistent sans changer de caractère, ou bien elles deviennent le point de départ d'une néoformation osseuse ou fibreuse.
Les lésions irritatives du cartilage, dans ce qu'elles ont d'essentiel, sont semblables aux modifications physiologiques du cartilage au voisinage des points d'ossification : division des cellules, production de capsules secondaires, segmentation et ramollissement de la substance cartilagineuse.
Elles varient aussi dans un même cartilage, dans un cartilage d'articulation diarthrodiale par exemple, suivant qu'elles siègent au bord du revêtement cartilagineux ou dans le reste de son étendue. Le bord du cartilage est en effet recouvert par le périchondre, tandis que cette membrane ne se continue pas sur le reste de sa surface. Nous décrirons les altérations tout à fait différentes de ces deux portions du cartilage, à propos des arthrites aiguës et chroniques.
Lorsque les cartilages sont entièrement recouverts par une membrane fibreuse, comme les cartilages du larynx, les cartilages costaux et les disques intervertébraux, les cellules cartilagineuses se multiplient et s'entourent toujours de capsules secondaires. Il arrive presque constamment alors que l'irritation aboutit à une véritable
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ossification. C'est ce qui s'observe notamment dans le cartilage thyroïde de sujets encore jeunes atteints pendant plusieurs années de la phthisie, et cette ossification se produit ici par un mécanisme semblalDle à celui de l'ossification physiologique.
Lorsque certains cartilages sont irrités d'une manière peu intense, mais continue, le processus peut donc aboutir à des néoformations osseuses. C'esl là un point extrêmement curieux de l'inflammation des cartilages, qui s'exphque par la grande parenté des tissus cartilagineux et osseux, appuyée par ce fait que le squelette primitif est constitué par du cartilage.
La facilité avec laquelle se fait l'ossification du cartilage proliféré nous fait comprendre pourquoi, dans les fractures des cartilages costaux, le cal est souvent complètement osseux. Nous avons pu voir dans les fractures des cartilages costaux, que l'irritation qui survient à l'extrémité des fragments détermine les modifications inflammatoires signalées plus haut : la substance fondamentale s'infiltre de sels calcaires ; les capsules primitives sont très agrandies et communiquent les unes avec les autres ; les cellules, devenues libres dans l'intérieur de ces cavités, forment de la moelle, et l'ossification se fait suivant le mécanisme physiologique. Nous avons vu une pièce de la Société anatomique où le tissu osseux du cal était produit d'une façon bien nette aux dépens du tissu cartilagineux des fragments. Un phénomène vraiment bien singulier est celui de la formation du tissu osseux dans ces fractures des cartilages, tandis que les résections sous-périchondriques avec plaie, faites par M. Peyraud, lui ont toujours donné des régénérations cartilagineuses. La suppuration de la plaie, qui se poursuivait jusque dans le foyer de la résection, n'entravait pas la régénération qui se faisait aux dépens du périchondre conservé. On voit par là que la plaie suppurante n'entrave pas plus d'une façon absolue la néoformation du tissu cartilagineux, que celle du tissu osseux dans les fractures compliquées de plaies n'arrête la formation du cal osseux.
Il existe des tumeurs développées aux dépens des cartilages préexistants, qui sont formées elle-mêmes de tissu cartilagineux. Par leur développement lent et leur peu de gravité, elles s'éloignent complètement des chondromes proprement dits. Ces productions cartilagineuses, qu'on désigne sous le nom à'ecchondroses (voy. p. 251), se montrent le plus souvent dans les arthrites, avec lesquelles nous les décrirons.