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RHUMATISME CHRONIQUE. — LÉSIONS DES TÊTES OSSEUSES

observe dans rostéite, et finalement les capsules agrandies viennent s'ouvrir dans les espaces médullaires de l'os. Elles y déversent les cellules qu'elles contiennent, de mémo que les capsules superficielles vident leur contenu dans la cavité articulaire. 11 en résulte que les espaces médullaires qui avoisinent le cartilage de revêtement se remplissent des cellules de nouvelle formation nées dans le cartilage, cellules présentant tous les caractères des éléments de la moelle embryonnaire.

La couche osseuse sous-chondrale, qui contient de la moelle embryonnaire, est mince et s'accuse àl'œil nu sous la forme d'un liséré rouge. C'est elle qui donne naissance à la lame éburnée par la trans-

FlG. 214'. — Rhumatisme noueux. Couche profonde du cartilage : a, capsule notrf,;,)e; b, capsule mère contenant des capsules secondaires; c, capsule vidant son centciiu d^ins un espace médullaire; d, tissu osseux de nouvelle formation; e, moelle embryonnaire. — Grossissement de 300 diamètres.

formation successive des cellules embryonnaires en corpuscules osseux, d'après un mode d'ossification tout à fait semblable à celui qu'on observe à l'état physiologique. Il est probable que la transformation de la lame osseuse compacte sous-chondrale n'a pas toujours lieu par le mécanisme qui vient d'être indiqué. On comprend, en effet, que l'inflammation puisse s'étendre d'une manière directe dans le tissu spongieux et y déterminer une éburnation inflammatoire.

Dans tous les autres points de l'épiphyse, la moelle est adipeuse, et même la surcharge graisseuse y est tellement considérable, que les

travées de l'os sont amincies à tel point que le doigt les casse avec la plus grande facilité et pénètre profondément dans le tissu spongieux. Ces travées osseuses amincies, examinées au microscope, sont parfaitement régulières, et, étudiées à l'aide des méthodes que nous avons indiquées à propos de la carie, elles montrent des corpuscules osseux munis de cellules et ne contenant pas de granulations graisseuses.

Les ecchondroses ne sont pas caractéristiques du rhumatisme chronique; elles se rencontrent quelquefois dans les autres arthrites à marche lente dues à la scrofule ou à la goutte. Toute prolifération notable du cartilage, en effet, lorsqu'elle atteint le bord du revêtement cartilagineux, détermine la formation de nodosités. Constamment alors, la partie centrale du cartilage disparaît par transformation velvétique. 11 est assez curieux de voir la même maladie déterminer sur la même surface articulaire la disparition d'une grande partie du revêtement cartilagineux, et en même temps une production exubérante de cartilage. Ces deux lésions sont cependant causées par le même processus histologique.La différence qui existe entre elles provient de ce que le pourtour du cartilage articulaire est recouvert par la synoviale, et que les éléments prolifères s'accumulent au-dessous de cette membrane au lieu d'être rejetés dans la cavité articulaire. Une coupe perpendiculaire à la surface d'une ecchondrose montre successivement, d'abord une membrane de tissu fibreux, puis du tissu fibro-cartilagineux, et enfin du tissu cartilagineux hyalin proliféré. La membrane fibreuse, qui est très nettement vasculaire dans certains cas, présente une épaisseur variable et se continue directement avec la synoviale et le périoste. Au-dessous d'elle, on trouve une couche fibro-cartilagineuse qui l'unit au cartilage hyalin. Celui-ci renferme de grandes capsules, avec des capsules secondaires formant par leur réunion des systèmes compliqués.

Ce tissu dans son ensemble a une grande analogie avec les couches cartilagineuses qui précèdent l'ossification dans les os courts. Les ecchondroses, du reste, s'ossifient à la longue; l'ossification commence toujours à leur base et part de l'os ancien. Elle s'effectue comme à l'état physiologique (voy. p. 24 et suiv.). Le tissu osseux envahit progressivement l'ecchondrose et, à la fin du processus, celle-ci a disparu pour faire place à une ostéophyte spongieuse ou éhurnéc. Dans le rhumatisme chronique, les ostéophytcs ne sont habituellement éburnées qu'à leur surface, tandis que dans leurs

ECCHONDROSES. — LESIONS DES FRANr.ES SYNOVIALES. 1(59

couches profondes elles sont spongieuses. A la base des ostéophytes, le tissu médullaire est adipeux comme dans le reste de la tête osseuse. Dans les ostéophytes, la limite entre l'os ancien et l'os nouveau est toujours bien marquée ; elles appartiennent en effet au type des exostoses épiphysaires.

Jusqu'ici on avait donné de la formation des ecchondroses une explication différente de celle qui précède. Comme on faisait jouer aux frottements articulaires un rôle très considérable dans la disparition de Ja portion centrale du cartilage de revêtement, et comme, d'autre part, ce frottement ne peut pas se produire à la périphérie du cartilage, la prolifération devait nécessairement y déterminer une accumulation de tissu cartilagineux. Cette opinion est infirmée par ce fait que les ecchondroses sont toujours recouvertes par le tissu fibreux de la synoviale, au-dessous duquel les éléments en proliféi^ation restent emprisonnés et s'accumulent. Par la même raison, toutes les portions de la surface articulaire recouvertes d'un tissu fibreux peuvent, quel que soit leur siège, donner naissance à des nodosités cartilagineuses. C^est ce qui a lieu, par exemple, dans les franges synoviales, dans les tendons et dans les ligaments, surtout au niveau de leur insertion.

Les franges synoviales sont vascularisées. Le tissu adipeux qu'elles contiennent disparaît et il est remplacé par des cellules embryonnaires. Ce sont ces dernières qui, en s'accumulant, donnent naissance aux végétations secondaires arborescentes dont il a été question plus haut. Une partie des cellules embryonnaires contenues dans les bourgeons forme du tissu cartilagineux, tandis que les cellules périphériques de ces bourgeons produisent une couche continue de tissu fibreux. Les nodules de cartilage qui se forment ainsi peuvent être petits et en nombre considérable. Les uns siègent à la base des franges synoviales, où ils constituent, par leur réunion, des plaques épaisses qui gagnent plus ou moins sur le reste de la synoviale. Les autres, situés dans les villosités des franges, sont reliés à la synoviale par des pédicules de longueur et d'épaisseur très variables.

Cette production de cartilage à l'extrémité des franges synoviales ne constitue pas une hétéroplasie dans le sens que Virchow attribue à ce mot, car, à l'état physiologique, on rencontre dans quelquesunes d'enire elles des capsules de cartilage (Kôlliker).

Les nodules de cartilage qui, dans le rhumatisme chronique, se développent dans les villosités terminales des franges, peuvent subir

l'infiltration calcaire ou même une ossification vraie. Cette dernière est toujours accompagnée d'une vascularisation assez abondante. Nous avons môme rencontré des noyaux cartilagineux reliés à la synoviale par un pédicule assez mince, et qui, cependant, avaient subi une ossification très complète; mais alors des vaisseaux sanguins étaienl compris dans le pédicule.

Il arrive très souvent que ces masses pédiculées, qu'elles soient cartilagineuses, calcifiées ou osseuses, se détachent et deviennent des corps étrangers articulaires.

Il est curieux de constater que l'arthrite rhumatismale chronique, qui s'accompagne d'une formation exubérante de tissu cartilagineux d'abord et osseux ensuite, ne détermine pas d'ankylose osseuse, contrairement aux autres formes d'arthrite chronique, qui sont loin cependant de donner lieu à des formations osseuses aussi considérables.

L'immobilité des articulations dans le rhumatisme chronique tient souvent à des ostéophytes qui ne se soudent pas, ou bien, dans des cas très rares, à une transformation fibro-cartilagineuse de la synoviale, et même à une union fibreuse des deux surfaces articulaires dépouillées de leur cartilage.

Pour terminer l'histoire de l'arthrite rhumatismale chronique, il convient d'ajouter que, dans un des cas étudiés par Gosselin sous le nom de tarsalgie, on a observé des lésions du cartilage analogues à celles de la première période du rhumatisme chronique (thèse de Cabot, 4865).

§ 4. - — Arthrites scrofuleuses on tumeurs blanches.

Jusqu'ici, les chirurgiens ont décrit les tumeurs blanches sans les définir, ni au point de vue clinique, ni au point de vue anatomique. Leurs descriptions comprennent pkisieurs espèces de maladies articulaires. Au point de vue clinique, ils désignent sous le nom de tumeur blanche toute affection chronique articulaire ayant de la tendance à suppurer ou en pleine suppuration.

Le gonflement et la pâleur des téguments rentrent aussi dans la définition clinique qui a été donnée par eux, bien qu'ils reconnaissent qu'à certaines périodes de la tumeur blanche la peau et le tissu

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