CHAPITRE V
LÉSIONS DES MEMBRANES SÉREUSES § 1 . — Lésions des membranes séreuses.
Nous éludions ici les altérations des séreuses parce qu'elles ont une analogie complète avec celles du tissu conjonctif. Nous ne présenterons que les généralités propres aux lésions des séreuses, nous proposant de revenir, à propos des organes qui sont recouverts d'une séreuse, sur les particularités des altérations de chacune d'elles.
Les hémorrhagies des séreuses sont communes ; il suffit de citer les hémorrhagies méningées, les hématocèles péri-utérines et les hématocèles de la tunique vaginale. Le sang épanché se coagule, subit la série des métamorphoses qu'on observe dans tout épanchement sanguin, et il détermine une inflammation de la membrane séreuse. Cette inflammation est le plus souvent lente et ne donne pas lieu à la suppuration. Elle produit des exsudats et des néoformations ,^ sous forme de fausses membranes à la surface de la séreuse, ou sous forme de brides et d'adhérences entre ses deux feuillets. Les modifications régressives du sang épanché consistent dans la disparition des globules rouges, la mise en liberté de l'hémoglobine, la formation de granulations d'hématine ou de cristaux d'hématoïdine, la dissociation de la fibrine, etc.
Dans les hémorrhagies traumatiques des séreuses, notamment dans les hémorrhagies du péritoine consécutives à une plaie de l'abdomen, l'hématine qui provient de la décomposition des globules rouges est quelquefois si abondante, qu'à l'ouverture de l'abdomen on dirait que de la suie a été répandue sur le grand épiploon et sur les intestins. Dans le grand épiploon, la matière noire apparaît sous la forme de granulations opaques d'un brun très foncé, sphériques ou anguleuses ; elles siègent dans des globules blancs qui forment des amas entre les fibres du réticulum, dans les cellules épithéliales qui tapissent ces fibres, et dans les petites cellules groupées autoui des cellules adipeuses qu'elles masquent en partie. Sur l'intestin.
l'épithélium péritonéal est également infiltré de granulations noires, de telle sorte qu'il a pris l'aspect de l'épithélium rétinien.
La résorption des granulations d'hématine s'effecttie probablement là, comme dans le tissu conjonctif, à l'aide des vaisseaux lymphatiques, par l'intermédiaire des globules blancs.
On peut s'éclairer sur ce processus par 'l'expérimentation sur les animaux : pour cela, on injecte dans la cavité péritonéale d'un rat, par une méthode analogue à celle qui nous a servi à produire des péritonites (voy. p. 96), du sang frais défibriné et passé à travers un linge, provenant d'un animal de même espèce. Les phénomènes qu'on observe les jours suivants sont : le gonflement, l'état sphérique et la prolifération des cellules épithéliales de la séreuse; la pénétration des globules rouges fragmentés ou entiers dans l'intérieur de ces cellules, dont quelques-unes détachées flottent librement dans la cavité, puis l'accumulation de cellules lymphatiques qui absorbent également des globules rouges entiers ou fragmentés, et la formation d'un exsudât fibrineux. Les globules rouges subissent des modifications étudiées d'abord par Rindfleisch et très analogues à celles que l'on observe en chauffant du sang à la température de 56 degrés. Ils se décomposent en granules sphériques, réfringents, colorés, parfaitement reconnaissables et qu'on peut observer à leurs différents degrés de division.
§ 2. — Inflanimaticin des membranes séreuses.
Les modifications essentielles que l'on rencontre dans toutes les séreuses enflammées consistent dans des exsudats et dans la muhiplication des cellules épithéliales. Tous les exsudats des membranes séreuses enflammées contiennent de la fibrine, ce qui n'a pas lieu de nous surprendre, car le liquide des cavités séreuses, à l'état physiologique, renferme une notable quantité de substance fibrinogène. L'existence de cette substance a été bien constatée pour le liquide péricardique qui existe toujours en quantité suffisante pour qu'on puisse en faire l'analyse (A, Schmidt). Dans les inflammations aiguës des séreuses, le liquide cavitaire devient plus abondant et contient encore une quantité plus considérable de substance fibrinogène.
Si, par exemple, on recueille à l'aide d'une ponction la sérosité comprise dans la plèvre enflammée, on obtient un liquide limpide ]ui, abandonné à lui-même au >■ oiitact de l'air, se prend au bout de