INFLAMMATION FIBRINEUSE DES SÉREUSES
quelques heures en une masse gélaliniforme. Virchow fit remarquer avec raison que la fibrine n'existe pas toute formée dans l'exsudat et que celui-ci contient simplement une substance susceptible de donner de la fibrine sous l'influence de l'action de l'air. C'est pourquoi il l'appela substance fibrinogène, nom qui fut conservé par A. Schmidt. 11 est bien certain que l'action de l'air n'est pas la seule cause qui détermine la coagulation de la fibrine dans ce liquide. L'addition de globules rouges, ou même de sérum du sang après la coagulation de ce dernier, peut donner lieu à l'apparition immédiate de la fibrine. Ces faits sont très importants parce qu'ils nous expliquent le mécanisme de la formation de la fibrine, disposée sous forme de lames à la surface de la membrane séreuse enflammée, tandis que la cavité distendue de la séreuse contient simplement im liquide limpide. Cependant ce liquide peut présenter des flocons fibrineux ou se coaguler dans une portion plus ou moins considérable de sa masse.
Lorsque le liquide exsudé est abondant et limpide, on dit généralement que l'exsudat est séreux, bien qu'il existe toujours à la surface de la membrane une couche plus ou moins épaisse de fibrine. Ce liquide séreux contient néanmoins une assez grande quantité de globules de pus tenus en suspension, que l'on reconnaît seulement à l'examen microscopique; on peut y rencontrer aussi des globules rouges du sang.
L'existence de couches de fibrine concrètes à la surface de la membrane séreuse enflammée a fait désigner ces inflammations sous le nom de flbrineuses, dans le cas où l'exsudat ne contient ni sang, ni pus appréciable à l'œil nu. Lorsque l'exsudat renferme du sang, on l'appelle hémorrhagique, et lorsqu'il contient une grande quantité de pus, on dit qu'il est purulent.
Inflammation fibrineuse. — V exsudât fibrineux formé à la surface des séreuses est variable dans sa disposition et dans son apparence à l'œil nu.
Lorsqu'il est récent, il montre à sa surface un réticulum à mailles fines, laissant entre elles de légères dépressions ; il est mince d'abord, mais bientôt il s'épaissit par le dépôt de nouvelles couches. Il est gris jaunâtre, semi-transparent, gélatiniforme, mou et friable. On peut le détacher avec l'ongle sous forme de lambeaux qui présentent, lorsqu'on les rompt, des cassures nettes. Dans la péricardite, l'exsudat fibrineux a une disposition toute spéciale : sa surface libre a été comparée à la face dorsale d'une langue de chat; elle est vil-
leuse, recouverte de bourgeons ou de lames dont la disposition est produite par l'agitation du liquide sous l'influence des mouvements du cœur.
Lorsque les exsudats sont anciens, ils deviennent lisses, opaques, et sont formés par des feuillets tassés les uns sur les autres et qu'on peut séparer par la dissection.
Pour étudier au microscope la structure de l'exsudat fibrineux et les modifications de la séreuse sous-jacente, il faut avoir recours à plusieurs méthodes. La plus simple consiste à enlever des lambeaux de l'exsudat et à les examiner après les avoir étalés sur une lame de verre. Dans le cas où l'exsudat est très mince, on y distingue avec un faible grossissement une disposition réticulée très élégante : d'un point central épais partent des travées de fibrine disposées suivant des rayons et s'amincissant en se divisant à la périphérie ; des travées plus minces de fibrine unissent ces derniers.
Lorsque l'exsudat est épais ou lorsqu'il est ancien, on ne peut pas reconnaître, à l'aide du microscope, la disposition réticulée précé-
FiG. 223. — Pcricardite rhumatismale aiguë; cellules de l'exsudat fibrineux obtenues par dissociation dans une solution de picro-carminate d'ammoniaque à i pour 100 : a, cellule à plusieurs noyaux b, cellules en raquette analogues à celles du carcinome; c, e, petites cellules; d, cellule plate vue de profil. — Grossissement de 400 diamètres.
demment décrite. Sur les bords seulement du lambeau enlevé, on peut distinguer des plaques déchirées, à cassure netuC, ou des filaments de fibrine. Au milieu de ces lames et de ces fibrilles, on observe des cellules. Pour les étudier il faut employer la dissociation avec des aiguilles, dans du picro-carminate neutre à 1 pour 100, ou dans du sérum iodé. Leur forme et leur dimension sont très variables. Les unes sont semblables aux globules blancs du sang. La plupart contiennent de gros noyaux ovalaires fort nets avec un ou plusieurs