INFLAMMATION FIBRINEUSE DES SÉREUSES
nucléoles brillants et volumineux, semblables aux noyaux considérés autrefois comme caractéristiques du cancer. Les cellules qui contiennent ces noyaux sont les unes aplaties, analogues aux cellules épithéliales des séreuses; d'autres présentent des prolongements ; quelques-unes possèdent un très grand nombre de noyaux et sont aplaties (cellules géantes) ; elles ressemblent alors aux cellules mères de la moelle des os (myéloplaxes). Langhans a signalé l'existence de ces cellules géantes autour des granulations tuberculeuses des séreuses ; mais nous les avons rencontrées, ainsi qu'Ernest Wagner, dans toutes les inflammations fibrineuses et dans les autres inflammations de ces membranes.
Pour étudier la situation de ces cellules dans l'exsudat, les rapports de l'exsudat avec la membrane sous-jacente et les modifications de celle-ci, il faut y pratiquer des sections perpendiculaires, après durcissement dans l'alcool et dans l'acide picrique. Ce dernier réactif est préférable. Pour s'en servir, il convient de détacher la membrane séreuse et l'exsudat, de l'étendre et de la fixer sur une lame de liège avec des épingles, de telle sorte que la face profonde de la séreuse soit appliquée sur le liège ; puis, on met le tout dans une solution concentrée d'acide picrique, dont la quantité doit être au moins de 100 grammes pour un lambeau de 4 centimètres carrés. Au bout de deux jours, le durcissement sera complet. Les sections minces qu'on pratique dans la pièce durcie, colorées au carmin et conservées dans la glycérine, montrent à la surface de la séreuse une couche de fibrine amorphe ou grenue, limitée habituellement par un contour très net, bien que sinueux. Au-dessous, on voit les couches successives de cellules décrites précédemment et de fibrine disposées de façon très diff'érente, suivant les cas. Généralement, la fibrine forme un réseau dont les mailles aplaties limitent des alvéoles allongés contenant les cellules.
La limite de la séreuse, au niveau de l'exsudat, est toujours fort nette; l'exsudat est simplement appliqué à sa surface, et il en est séparé, de distance en distance, par des îlots de cellules épithéliales formant plusieurs couches et semblables à celles que l'on trouve dans les alvéoles de l'exsudat. 11 est donc probable que toutes ces cellules procèdent des cellules épithéliales de la séreuse gonflées, proliférées et détachées.
Dans l'état actuel de la science, on peut logiquement soutenir que les cellules épithéliales, modifiées par l'inflammation, agissent comme la substance fibrino-plastique et déterminent la formation de
la fibrine aux dépens de la matière fibrinogène de l'exsudat primitivement liquide.
La couche élastique superficielle de la séreuse ne semble pas moditiée dans la plupart des cas. Entre les iaisceaux de tissu conjonctif sous-jacents, on observe une plus grande quantité de cellules qu'à l'état normal, et ces cellules ont la forme des globales blancs du sang ou des cellules lymphatiques. En outre, on voit des îlots circulaires elliptiques ou cylindriques, bien limités, qui ne sont autre chose qn*^ des sections transversales ou longitudinales des vaisseaux lymphatiques de la séreuse, et qui sont remplis de cellules lymphatiques.
ErnestWagner(l), dans une bonne étude analytique delà pleurésie iibrineuse, a signalé le remplissage des vaisseaux lymphatiques par de la fibrine, et il en a conclu que cette obstruction des vaisseaux oppose, pendant un certain temps, une barrière à la résorption de l'exsudat. Nous avons trouvé nous-mêmes des lymphatiques remplis de fibrine dans la péricardite et dans la péritonite fibriueuses, et de plus, nous avons constaté l'existence de cellules épithéliales modifiées dans l'épaisseur de l'exsudat et la dilatation des vaisseaux Imphatiques par une accumulation de cellules lymphatiques.
bTLA3i3iATio>'s HÉMORRHAGiQUES. — Les inflammations hémorrhagiques des séreuses sont caractérisées par la présence d'une quantité plus ou moins considérable de sang surajouté à l'exsudat hquide ou fibrineux. Entre les inflammations fibrineuses simples et les inflammations franchement hémorrhagiques des séreuses, on distingue de nombreux intermédiaires. Dans les cas les plus simples, l'exsudat fibrineux est parsemé de taches ecchymotiques, surtout bien nettes à sa face profonde, au moment où on le détache. D'autres fois, la membrane fibrineuse est rouge dans toute son étendue, et la portion séreuse de l'exsudat est en même temps colorée par le sang. Ces inflammations hémorrhagiques sont le plus souvent liées à la formation de vaisseaux nouveaux qui végètent à la surface de la séreuse et qui pénètrent Fexsudat h sa partie profonde.
Il est fort probable, d'après ce que l'on sait aujourd'hui, que la plupart des vaisseaux sanguins de nouvelle formation dans les néomembranes des séreuses se développent aux dépens de cellules vasoformatives qui s'accroissent, végètent, poussent des prolongements ramifiés, s'anastomosent et forment un système complet pouvant déjà
[1) Beitràge zur path. der Pleura. (Arcli. der Heillc, vol. XI, 1 Helf.