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TUMEURS DES SÉREUSES. 5H

bourgeons végètent, et s'ils vienneiJt à rencontrer des bourgeons semblables venus du feuillet opposé, ils se soudent, deviennent fibreux, et forment ainsi des brides d'une configuration et d'une étendue très variables, tantôt très minces, tantôt épaisses, toujours constituées par du tissu fibreux vasculaire. Leur surface est recouverle de cellules épithéliales plates ou endothéliales .semblables à celles du reste de la cavité séreuse. Lorsque l'adhésion est complète, on trouve entre les deux feuillets de la séreuse une couche homogène de tissu fibreux qui les réunit en une seule membrane.

Les épaississements des membranes séreuses ou inflammations hyperplastiques paraissent reconnaître la même origine. Lorsqu'elles sont peu saillantes, on leur donne le nom de plaques laiteuses, en

FiG. 225. — Épitliéliurn qui recouvre les brides filamenteuses unissant les deux feuillets de la plèvre Imprégnation d'argent. — Grossissement de 400 diamètres.

raison de leur apparence blanchâtre due à un tissu fibreux constitué par des lames superposées. Lorsque la néoformation est plus épaisse, elle constitue les plaques cartilagini formes décrites précédemment. Dans les plaques laiteuses et cartilaginiformes, les vaisseaux sanguins sont très rares ou même manquent complètement. Les plaques cartilaginiformes se laissent parfois infiltrer de sels calcaires, et forment alors ces carapaces solides qu'on rencontre dans le péricarde, les plèvres, le péritoine, la tunique vaginale. (Voyez, pour plus de détails, les inflammations de chaque cavité séreuse en particulier.)

§ 3. — Tumeurs des sérenses.

Les tumeurs primitives des séreuses sont rares, tandis qu'au contraire les tumeurs secondaires par propagation ou par généralisation y sont communes.

Les tumeurs primitives des séreuses sont toutes celles dont le type se retrouve dans le tissu conjonctif : fibromes, lipomes, myxomes, carcinomes et tubercules.

Les fibromes des séreuses les plus communs sont les fibromes à substance fondamentale lamellaire, ou fibromes cornéens (vovez p. 188).

Dans plusieurs cavités séreuses, on observe des appendices villeux formés par du tissu adipeux et des vaisseaux recouverts par la membrane séreuse repoussée en doigt de gant. Tels sont les appendices épiploïques de l'intestin, les replis cellulo-adipeux du péritoine, les villosités de la plèvre et les franges synoviales dont nous avons déjà parlé. Ces appendices cellulo-adipeux sont sujets à des hypertrophies et constituent des lipomes arborescents dont l'évolution est lente. On ne les découvre qu'à l'autopsie. Dans ces mêmes appendices, il peut se former du tissu muqueux ou du tissu fibreux. Ces tumeurs constituent des myxomes ou des fibromes pédicules.

Véruption tuberculeuse miliaire des séreuses est commune. Elle est primitive, ou bien elle tient à une généralisation de la tuberculose miliaire, ou bien encore elle se développe au voisinage de foyers tuberculeux d'organes recouverts par la séreuse. Ces granulations sont saillantes, lenticulaires, blanchâtres, translucides, non vasculaires, quelquefois opaques à leur centre. Les plus petites sont à peine visibles à l'œil nu. Lorsqu'elles sont nombreuses, elles arrivent à se toucher et forment des îlots plus ou moins étendus, dont les bords sont festonnés et dont la surface est onduleuse. Les plus grosses atteignent le volume d'une lentille. A leur voisinage, la séreuse est congestionnée; on y observe même des taches ecchymotiques. Ces taches sont fréquentes dans le péritoine où l'on voit souvent les granulations tuberculeuses entourées par une ecchymose rouge, violacée, ardoisée ou noirâtre. Ces granulations siègent de préférence sur le feuillet viscéral des séreuses; cependant il n'est pas rare qu'il y en ait une plus grande quantité sur le feuillet pariétal que sur le feuillet viscéral.

Les granulations tuberculeuses des séreuses sont très superficielles ; parfois même elles paraissent comme superposées à la membrane. Elles siègent parfois aussi dans l'épaisseur et dans les diverses couches de la séreuse, qui a acquis alors une épaisseur considérable, et qui présente les signes d'une inflammation interstitielle. Ainsi, dans

TUIJEllCULES Ui:S SKUiasKS. MS

le péritoine, et en particulier dans le grand épipioon, il peut arriver que les feuillets soudes et les travées détruites soient remplacés par une niasse solide, épaisse de 1 à 2 centimètres, formée de granulations tuberculeuses disposées dans un tissu mou et vasculairc. Cette altération est prise quelquefois, à l'œil nu, pour du cancer.

L'évolution tuberculeuse détei'mine dans les séreuses des inflammations diverses, fibrineuses, hémorrhagiques, purulentes ou productives. Le plus souvent, lorsque l'éruption tuberculeuse est récente, toute la surface de la séreuse est recouverte d'une couche fibrineuse mince et transparente. Celle-ci se détache assez facilement do la séreuse, en entraînant avec elle quelques granulations. Audessous de cette néomembrane, la séreuse ne paraît pas avoir subi de perte de substance. Dans d'autres cas, l'exsudat fibrineux étant très abondant, on n'aperçoit pas, au premier abord, les granulations tuberculeuses qui sont situées au-dessous. 11 en est de même habituellement quand le liquide exsudé est hémorrhagique ou purulent; mais lorsqu'on a détaché l'exsudat et lavé la surface de la séreuse, oa y voit les granulations.

Les inflammations tuberculeuses donnent presque toujours lieu^ quand elles sont anciennes, à des bourgeons vasculaires mous, plus ou moins étendus, recouverts de l'exsudat, et dans le tissu desquel&. se développent de nouvelles granulations. Ces bourgeons subissent la dégénérescence caséeuse. Le tissu conjonctif de la séreuse est alors épaissi, mou, transformé en un tissu embryonnaire, dans lequel de nombreuses granulations tuberculeuses se sont développées.

Sous l'influence de l'inflammation qui accompagne les tubercules^ il se forme aussi souvent, entre les feuillets opposés de la membrane, des brides ou adhérences filamenteuses qui sont aussi parfois envahies par des granulations.

A leur début, les granulations tuberculeuses des séreuses sont formées par des éléments cellulaires petits, serrés les uns contre les autres, qui se continuent insensiblement avec des cellules situées à la surface de la membrane ou dans ses couches profondes. Ces cellules périphériques sont semblables à celles qui ont été décrites plus haut, dans les exsudais fibrineux. Elles sont rondes ou aplaties ; quelques-unes atteignent plusieurs centièmes de millimètre et sont chargées de noyaux (cellules mères ou cellules géantes). Elles ont été décrites dans la pleurésie tuberculeuse par Langhans.

Lorsque l'éruption tuberculeuse est abondante, le chorion de la

CORNIL ET RANVIER. 1. — 3o

séreuse est modifié : on trouve, entre les faisceaux du tissu conjonctif qui le composent, des cellules embryonnaires en quantité variable. Les vaisseaux sanguins sont dilatés, et les vaisseaux lymphatiques sont remplis de cellules lymphatiques.

Les exsudais qui accompagnent les granulations tuberculeuses présentent les caractères que nous avons étudiés plus haut, à propos des inflammations (voy. p. 112).

Quant aux épaississements et aux bourgeons nés à la surface des séreuses, ils sont constitués par un tissu embryonnaire contenant des capillaires dont les parois sont formées de cellules tuméfiées. Lorsqu'il existe une évolution de tubercules dans ces bourgeons, les vaisseaux compris dans leur tissu présentent les modifications qui ont été exposées page 236.

Le développement des granulations tuberculeuses de la surface des séreuses au début de leur évolution ne se fait certainement pas toujours aux dépens du tissu conjonctif de ces membranes, car on retrouve au-dessous d'elles des cellules qui paraissent dériver de la couche épithéliale, et de plus la lame du tissu conjonctif et élastique qui forme le chorion de la séreuse n'a pas subi à leur niveau de perte de substance. Les éléments cellulaires de la granulation proviennentils de l'épithélium de la séreuse ou des globules blancs du sang, ou de ces deux sources à la fois? C'est ce que, dans l'état actuel de la science, il est difficile de décider. Rindfleischa soutenu, à une époque où l'on ne connaissait pas encore la diapédèse des globules blancs du sang, que les cellules épithéliales proliférées étaient le point de départ des tubercules, li est fort probable, en effet, que ces cellules entrent pour une part dans la formation des granulations superficielles, mais il n'est pas démontré qu'elles en soient l'unique origine. M. Martin a pensé, d'après l'examen de tubercules du péritoine développés à la suite.de l'inoculation chez le lapin, qu'ils naissaient sous l'épithélium, de cellules migratrices venues des vaisseaux.

Quand les granulations tuberculeuses se développent dans la profondeur du tissu conjonctif des séreuses (1) ou dans les bourgeons de

(1) D'après MM. Kiener et Poulet (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 26 janvier 1880), le tubercule des séreuses, dans sa forme la plus simple, est constitué par un rendement sphérique ou fusiforme d'un vaisseau sanguin, plus rarement d'un vaisseau lymphatique, et par l'agglomération autour de ce renflement d'un certain nombre de cellules.

S'il s'agit d'un vaisseau capillaire vrai, le renflement vasculaire est constitué par l'hypertrophie et l'hyperplasic des cellules endothéliales d'une portion limitée du vaisseau. Ces cellules subissent une dégénérescence vitreuse, se fusionnent en un cylindre plein dont

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tissu inflammatoire, c'est aux dépens d'un tissu embryonnaire qui, pour nous, dérive soit des cellules fixes du tissu conjonctif proliférées, soit des globules blancs du sang.

Le carcinome primitif des séreuses est très rare, mais le carcinome secondaire, par propagation ou par généralisation, y est au contraire fort commun. De tous les carcinomes primitifs, celui qu'on observe le plus souvent est le carcinome colloïde du péritoine, soit à la surface péritonéale du foie, soit au niveau de l'estomac ou dans le grand épiploon. Il revêt la forme de plaques d'apparence gélatineuse avec des traînées vasculaires et des points ecchymotiques. 11 se développe dans le chorion de la séreuse elle-même ou dans le tissu conjonctit sous-séreux. Dans le grand épiploon, les feuillets réticulés sont transformés en une masse en forme de gâteau, dans laquelle on ne trouve plus rien qui rappelle l'épiploon, mais simplement la structure du carcinome colloïde.

Les autres espèces de carcinome prennent naissance dans les organes recouverts parla séreuse,ct,par leur accroissement, elles viennent former des masses arrondies et bourgeonnantes. Ces tumeurs déterminent, dans la séreuse même, une inflammation dont l'exsudal est presque toujours hémorrhagique.

Lorsqu'il existe une masse carcinomateuse formée sur une séreuse, on voit d'habitude se développer autour d'elle des masses secondaires plus petites, discontinues, nummulaires, qui présentent une dépression centrale en forme d'ombilic. Cette dépression est déterminée par la régression granulo-graisseuse du centre et surtout par le développement plus actif de la périphérie du nodule. Les vaisseaux lymphatiques qui partent des masses morbides forment souvent, sur la séreuse, des cordes dures, noueuses, blanchâtres, isolées ou disposées en réseau, et de petits nodules carcinomateux secondaires se développent sur leur trajet. Le tissu de la séreuse, autour des lymphatiques dégénérés et des nodules secondaires, est toujours très vascularisé. Les vaisseaux sanguins y sont dilatés et possèdent des parois embryonnaires.

la coupe transversale donne rapparence d'une cellule géante à couronne marginale de noyaux.

Un tubercule du péritoine, visible à l'œil nu, représenterait, d'après M. Kiener, l'aspect d'une de ces taches laiteuses (voy. p. 123) qui existent sur celte membrane chez les jeunes lapins

Les épithéliomes à cellules cylindriques peuvent se propager aux séreuses, mais cela est rare. Le plus souvent, un épithéliome de cette nature, développé dans l'intestin, Festomac ou les voies biliaires, détermine des productions secondaires, parfois très considérables dans le foie, sans que la séreuse soit atteinte, tandis que le contraire cl le plus ordinairement lieu dans le carcinome.

Les sarcomes^ les épithéliomes pavimeuteux et les chondromes y sont très rares et ne sV développent que secondairement; les tumeurs ostéûïdes se propagent plus souvent aux séreuses.

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