CHAPITRE VI
§ 1 . — Histologie normale des moscles striés de la vie animale.
Nous avons divisé les muscles en trois espèces : 1° les muscles striés du tronc et des membres; 2° le muscle cardiaque, et 3' les muscles lisses. Les fibres musculaires lisses entrent dans la composition des vaisseaux; nous pourrons donc présenter l'histoire des lésions anatomiques des vaisseaux immédiatement après avoir exposé l'anatomie pathologique du tissu musculaire de la vie organique. Les fibres musculaires du cœur, en raison de leur structure spéciale, offrent des lésions qui ditïèrent. à certains points de \aie, de celles des muscles striés des membres. Ces lésions seront décrites dans un chapitre distinct, que nous compléterons par l'exposé des modifications pathologiques de l'endocarde et du péricarde. Nous étudierons, par conséquent, avec le tissu musculaire et à sa suite : P les modifications pathologiques du sang; 2° les altérations du cœur; 3- les altérations des vaisseaux sanguins: -4' les lésions du système lymphatique.
Les muscles de la vie animale sont essentiellement caractérisés par les faisceaux musculaires striés, décrits à la page 29. Ces faisceaux sont disposés parallèlement les uns aux autres; ils sont réunis par des fibres de tissu conjonctif extrêmement minces, de manière à constituer des groupes distincts connus sous le nom de faisceaux secondaires. Ces faisceaux secondaires ne sont pas entourés par une membrane continue amorphe semblable au sarcolemme qui limite les faisceaux primitifs.
Entre les faisceaux secondaires cheminent les artères et les veines. Les capillaires pénètrent dans les faisceaux secondaires et se distribuent entre les faisceaux primitifs en formant des mailles reclan-
giilaires allongées qui les entourent. Ces vaisseaux sont toujours situés en dehors du sarcolemme.
Le muscle tout entier est limité par une aponévrose formée de faisceaux de tissu conjonctif serré, mais qui peuvent se séparer les uns des autres, de telle sorte qu'un liquide étant injecté dans le muscle, sous l'aponévrose, avec une seringue de Pravaz, ce liquide peut traverser l'aponévrose et arriver à la surface extérieure du muscle. En suivant la même méthode, on constate que le liquide peut se répandre dans toute l'épaisseur du muscle, entre ses faisceaux primitifs, les fibres connectives et les vaisseaux. Il en résulte qu'un muscle possède un vaste système lacunaire interstitiel appartenant au tissu conjonctif, et qui est une dépendance du système lymphatique. Les muscles présentent tous des tendons d'ins ertion. On a cru pen dant longtemps que les faisceaux primitifs des muscles se continuaient directement avec les fibres des tendons. Cependant Kôlliker avait déjà vu que, lorsque les faisceaux musculaires arrivent obliquement sur une surface tendineuse, il n'y a pas de continuité; mais il persistait à croire que, dans les cas où les fibres tendineuses ont la même direction que les fibres musculaires, il y avait continuité. Depuis, Weismann, en appliquant à l'étude des insertions musculaires la méthode de dissociation chimique par la potasse à 40 pour iOO, a reconnu la soudure du faisceau musculaire avec le tendon. Cette soudure se fait par le moyen d'un ciment organique ou substance unissante, qui, sous l'influence de la potasse, se ramollit et se dissout ensuite complètement.
La terminaison des nerfs dans les muscles présente, au point de vue physiologique, un très grand intérêt; mais, jusqu'à présent, on n'a pu constater aucune lésion portant sur les organes spéciaux de la terminaison des nerfs appelés plaques motrices : c'est pourquoi nous ne nous étendons pas davantage à leur sujet.
Dans les lésions des muscles, nous aurons à étudier ce qui appartient aux faisceaux primitifs d'une part, et au tissu conjonctif d'autre part. Les lésions du tissu conjonctif des muscles sont celles de ce tissu considéré en général; mais les lésion.; élémentaires des faisceaux primitifs exigent une description spéciale que nous aurons soin de faire avant d'étudier les lésions pathologiques des muscles considérés comme oruanes.