TRANSFORMATION VITREUSE DES MUSCLES
Les faisceaux musculaires présentent alors des altérations qui varient suivant la cause qui a amené la rupture; tantôt ils sont en dégénérescence vitreuse, tantôt ils sont granulo-graisseux; mais presque toujours, aux points où ils sont coupés, ils sont en dégénérescence graisseuse complète. C'est ce qu'on observe notamment dans le muscle grand droit rompu dans le cours d'une fièvre typhoïde.
FiG. 529. — Ruplure du muscle tiroil avec liémorrhagie, dans la fièvre typhoïde : S, épancliement sanguin entre les fibres musculaires dissociées; M, un faisceau musculaire en dégénérescence vitreuse ; N, faisceau musculaire dissocié. — Grossissement de 300 diamètres.
Tous les vaisseaux sanguins compris dans les lèvres de la solution de continuité, contiennent des globules rouges bien conservés si la lésion est récente, granuleux si elle est ancienne.
Lorsque le sang est ainsi épanché dans les muscles, il paraît se résorber avec facilité. Les mouvements musculaires ont certainement une grande influence sur la circulation lymphatique intra-musculaire et, par suite, sur le transport des matières qui dérivent des transformations du sang épanché; mais, jusqu'à présent, on n'a suivi ni sur les animaux, ni sur l'homme, les phases successives de cette résorption. Cependant, nous savons que les grandes contusions, qui sont toujours accompagnées d'hémorrhagies intra-musculaires considérables, peuvent guérir en très peu de jours sans laisser aucune trace.
Quant aux transformations du sang, elles ne diffèrent pas de celles que nous avons signalées à propos des hémorrhagies du tissu con-
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jonctif. Il subit là ses métamorphoses habituelles; il se coagule d'abord, puis il se décompose; la fibrine se dissout ou se décompose en particules très fines qui sont reprises par la circulation.
Le mécanisme des hémorrhagies musculaires varie suivant leur cause. Lorsqu'elles sont le résultat d'un traumatisme direct, tel que rupture musculaire, fracture des os, contusion, etc., les vaisseaux rompus laissent écouler du sang qui bientôt se coagule et produit ainsi l'obstruction des vaisseaux rompus.
Ces hémorrhagies peuvent être liées aussi à l'oblitération et à la thrombose des veines. Dans ce cas, la pression artérielle transmise aux capillaires est suffisante pour amener leur rupture. Mais l'oblitération des artères, soit par thrombose, soit par embolie, ne peut pas plus amener d'hémorrhagie intra-musculaire que la ligature d'une artère.
On ne connaît pas encore le mécanisme des hémorrhagies musculaires dans les maladies générales, telles que le purpura et les fièvres hémorrhagiques.
Infarctus embolique des muscles. — Les véritables infarctus emboliques des muscles ont été très rarement observés. Nous entendons par là l'altération consécutive à l'oblitération d'une artériole musculaire et de ses rameaux. Cette lésion diffère de l'infarctus hémorrhagique par l'absence de sang épanché. Nous ne confondrons pas non plus avec les infarctus emboliques des muscles les abcès métastatiques, que nous décrirons à propos de finflammation. Nous n'avons pu rencontrer que deux faits d'infarctus musculaires, observés à la suite d'embolies par endocardite et endartérite. Dans ces cas, on voyait, au milieu de la substance musculaire, des masses blanchâtres, légèrement opaques, ayant la forme de cônes, qui tranchaient de la manière la plus nette sur le reste du muscle resté rouge et translucide. L'examen microscopique de ces parties a montré que les laisceaux primitifs avaient conservé leur striation ; ils ne contenaient pas de granulations graisseuses; ils renfermaient seulement quelques granulations pigmentaires formées aux dépens de l'hémoglobine musculaire. Cette transformation pigmentaire est analogue à celle qui a été signalée plus haut à propos des fœtus morts avant leur expulsion. Dans les faits que nous avons observés, nous ne pouvons pas savoir au juste à quelle époque remontait la lésion. Quant aux altérations des vaisseaux, nous en parlerons bientôt à propos des inlarctus en général (voy. Lésions du système vasculaire).