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SUPPURATION DES MUSCLES

temcnt disparu. Autour des faisceaux primitifs atrophiés, le tissu embryonnaire subit un commencement d'organisation et forme un réticulum dont les fibres, en beaucoup de points, se mêlent aux faisceaux musculaires.

Dans les couches plus profondes, le tissu conjonctif interfasciculaire contient moins de cellules, et l'atrophie des faisceaux musculaires n'est plus appréciable. Ces faisceaux montrent simplement une augmentation de nombre de leurs noyaux qui, sur des coupes transversales du muscle, forment, tout autour de chaque faisceau, une couronne élégante (fig. 230).

11 convient d'ajouter que l'on trouve, en plusieurs points du tissu conjonctif interfasciculaire, des cellules globuleuses libres contenant des granulations brunes d'hématine. Ce fait montre qu'il y a eu dans ce tissu une infiltration sanguine dont la résolution s'est faite en grande partie suivant le mécanisme que nous avons exposé à propos des hémorrhagies du tissu conjonctif.

Les modifications que nous venons de décrire, en prenant un cas simple, se montrent, avec des variations légères, dans toutes les inflammations musculaires observées chez l'homme ou chez lès animaux soumis à l'expérimentation. Telles sont aussi les altérations qtie subissent les muscles dans les moignons d'amputés.

La guérison définitive se fait par l'organisation du tissu embryonnaire de la surface et par la disparition de celui qui est interposé aux faisceaux musculaires.

Mais cette marche simple et naturelle vers la guérison peut être entravée par des accidents variés (hémorrhagies, suppuration).

Suppuration des muscles. — La suppuration des muscles se produit sous la forme de foyers limités ou sous celle d'infiltration difîuse.

Les foyers limités se montrent comme des accidents au voisinage d'une plaie, ou bien ils sont liés à l'infection purulente, à la morve ou au farcin.

tes foyers métastatiques de l'infection purulente diffèrent complètement des infarctus blancs consécutifs aux embolies. Leur volume varie depuis celui d'un grain de chènevis jusqu'à celui du poing. Le pus contient un détritus composé de tissu conjonctif et de faisceaux musculaires désintégrés. Le foyer purulent est entouré d'une zone brune verdâtre, dans laquelle on trouve le tissu conjonctif interfasciculaire infiltré de cellules lymphatiques et de globules rouges, et où les faisceaux musculaires contiennent des granulations protéiques,

graisseuses et pigmentaires. La zone d'un brun verdâtre que nous venons de signaler dans la paroi des abcès métastatiques se rencontre dans la paroi de tous les foyers purulents des muscles, quelle que soit la cause qui les a déterminés.

Dans les inflammations diffuses qui se montrent très souvent dans les muscles sectionnés des amputés ayant succombé à l'infection purulente, ou dans l'inflammation du muscle psoas, l'infiltration purulente détermine la transformation graisseuse des faisceaux primitifs et finalement leur nécrose.

Inflammation chronique des muscles. — Elle survient comme phénomène secondaire autour des articulations atteintes de tumeur blanche ou d'arthrite rhumatismale chronique. On la rencontre aussi au voisinage des fistules purulentes ayant leur foyer dans une carie ou une nécrose. Les lésions du tissu conjonctif inlerfasciculaire consistent dans une hypertrophie liée à une production exubérante de cellules et à la formation d'un exsudât, de telle sorte que la surface de section de ces muscles, au lieu de présenter à l'œil nu leur aspect fascicule si caractéristique, montre une surface marbrée sur les coupes transversales, fibreuse sur les coupes longitudinales. Le muscle a perdu sa coloration, il est blanchâtre ou rosé ; sa consistance est augmentée et son élasticité est en partie perdue.

Les faisceaux musculaires s'y montrent avec des altérations variées : les uns ont conservé leur striation, et leurs noyaux sont plus nombreux qu'à l'état normal; les autres ont subi la transformation granuleuse ou granulo-graisseuse. Enfin, dans un certain nombre de cas. la plupart des faisceaux musculaires présentent les lésions de la dégénérescence vitreuse.

Quelques auteurs rattachent encore à l'inflammation chronique les nodules fibreux et même les aiguilles osseuses qui se produisent sous l'influence de contusions et de frottements répétés. C'est ainsi que Rokitansky a compris la production osseuse du biceps chez les soldats qui font l'exercice du fusil à la manière aflemande, et des adducteurs de la cuisse chez les cavaliers qui restent longtemps en selle.

Rupture des muscles. — Nous ne décrirons pas ici les rupture? musculaires causées par les plaies contuses, dont il vient d'être question, mais simplement les ruptures déterminées par la contraction musculaire. Si le muscle est sain, pour en produire la rupture il faut

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un effort considérable; mais il n'en est plus de même s'il présente des altérations. Dans les fièvres typhoïdes graves, par exemple, où les muscles sont altérés, on voit le grand droit de l'abdomen se rompre sous l'influence de l'effort que fait le malade pour s'asseoir sur son lit. C'est surtout cette dernière rupture qui a été bien étudiée, au point de vue anatomique, parce que la plupart des autres déchirures musculaires sont suivies de la guérison des malades.

La rupture du grand droit de l'abdomen dans la fièvre typhoïde se produit le plus souvent sans que le médecin en soit averti, et c'est seulement en pratiquant l'ouverture du sujet que l'on reconnaît la lésion. On voit alors qu'elle s'est faite d'une manière irrégulière, de telle sorte que la surface des parties divisées estanfractueuse. L'espace compris entre les deux fragments est occupé par un caillot sanguin d'un rouge brun, généralement foncé, avec des stries ou des marbrures blanchâtres opaques. Quand on divise le muscle dans sa longueur, on lui trouve, au niveau de la solution de continuité et dans une épaisseur d'un ou de plusieurs centimètres, une coloration brune et de la rigidité.

Le caillot sanguin est formé par des globules rouges du sang contenus dans un réticulum fibrineux et présentant les différentes modifications que l'on observe dans les hémorrhagies interstitielles. Au niveau des stries blanchâtres, on trouve surtout de la fibrine et des globules blancs.

Les fibres musculaires, au voisinage de leur section, présentent de la dégénérescence granulo-graisseuse très avancée ou de la dégénérescence vitreuse (voy. fig. 229). Entre les faisceaux musculaires, le tissu conjonctif est infiltré de sang coagulé, et les vaisseaux sanguins en sont également remplis. Si l'on compare les faisceaux musculaires, au voisinage de la rupture, aux faisceaux du même muscle, situés beaucoup plus loin, on trouve seulement un petit nombre de ces derniers en dégénérescence graisseuse, bien que beaucoup d'entre eux soient en dégénérescence vitreuse ; au voisinage de la section, au contraire, les faisceaux contiennent une grande quantité de granulations graisseuses. Il est donc fort probable que la dégénérescence graisseuse, au moins pour une grande part, est consécutive à la rupture.

§ 3, — Tumeurs des muscles.

Sarcomes. — iNous ne connaissons pas d'exemple de sarcome primitif des muscles; mais les tumeurs de cette nature, développées paicontinuité, y sont très fréquentes. Le sarcome fascicule y est de tous le plus commun. On y observe aussi des sarcomes embryonnaires ou encéphaloïdes, des sarcomes lipomateux, des sarcomes muqueux, des sarcomes érecliles et des sarcomes mélaniques. 11 est inutile de revenir sur la description de ces différentes tumeurs qui, une fois développées dans les muscles, présentent toutes les dispositions qui ont été décrites dans le chapitre général des tumeurs. Le développement de la masse morbide se fait toujours aux dépens du tissu embryonnaire formé au préalable dans les espaces interfasciculaires. Le tissu de nouvelle formation comprimant les faisceaux primitifs du muscle, y détermine une atrophie simple ou accompagnée de transformation granulo-graisseuse. Cette dernière forme d'atrophie se rencontre surtout dans les cas où la formation du tissu sarcomateux est très rapide. C'est elle qu'on observe dans le cal exubérant qui envahit les muscles, et qui, à une certaine période de son évolution, présente la structure du sarcome.

Fibromes. — Les fibromes simples des muscles sont habituellement le résultat d'une irritation mécanique; ce sont des tumeurs qui, une fois développées, ne s'accroissent pas et ne déterminent pas de troubles considérables dans la fonction musculaire, à moins qu'on ne considère comme fibromes primitifs les cas d'atrophie musculaire avec production fibreuse entre les faisceaux musculaires. Mais la formation fibreuse est alors un phénomène secondaire.

Les myxomes et les lipomes se rencontrent dans les muscles, comme tumeurs isolées ou comme tumeurs complexes, désignées sous le nom de myxomes lipomateux. C'est dans les muscles de la langue, des lèvres et de la paroi buccale, qu'ils sont le plus communs; mais, cependant, on peut les rencontrer dans d'autres muscles du corps.

Les gommes des muscles, que l'on connaît très bien en clinique, bien qu'elles soient rares, n'ont pas encore été l'objet d'une étude histologique complète.

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Tubercules. — Les ulcères tuberculeux de la langue et du pharynx ne sont pas rares. Au milieu des fdjrcs musculaires qui occupent leur fond ou leurs bords on rencontre toujours des granulations tuberculeuses. Ces granulations, dans des coupes faites après durcissement par l'alcool ou les bichromates alcalins, se montrent avec tous leurs caractères : cellules géantes et amas de cellules petites, pressées les unes contre les autres sous forme de nodules ; obstruction des vaisseaux sanguins dans l'intérieur de ces nodules, etc. Enfin les granulations tuberculeuses, à différents stades de la dégénérescence caséeuse s'y montrent isolées ou confïuentes. Dans ce dernier cas elles iorment des masses caséeuses visibles à l'œil nu.

Carcinome. — Le carcinome des muscles est toujours secondaire ; il s'y produit par propagation ou par infection. Il se développe dans le tissu conjonctif interfasciculaire, et y montre les phases habituelles de son évolution, tandis que les faisceaux primitifs subissent l'atrophie simple avec multiplication de leurs noyaux, ou l'atrophie avec dégénérescence graisseuse. On y rencontre le plus souvent l'encéphaloïde et le squirrhe ; mais les autres variétés du carcinome peuvent y être observées. Nous noterons, en particulier, la propagation du squirrhe de la mamelle aux muscles pectoraux ou intercostaux, la propagation de l'encéphaloïde utérin aux muscles psoas-iliaques, etc.

Épithéliome. — L'épithéliome du muscle orbiculaire des lèvres survient d'une manière à peu près constante dans le cancroïde de la peau et de la muqueuse labiale. C'est là où l'on a le plus souvent l'occasion d'étudier le développement et l'accroissement de l'épithéliome au milieu des muscles. Bien avant que les bourgeons épithé-^ liaux se soient avancés entre les faisceaux musculaires primitifs, on voit se produire, dans le tissu conjonctif interfasciculaire, une végétation de tissu embryonnaire qui les isole les uns des autres. Quelques faisceaux peuvent rester groupés, mais ils sont toujours en très petit nombre. On observe constamment dans ces faisceaux une hypertrophie et une multiplication de leurs noyaux, tandis que la substance musculaire s'atrophie graduellement tout en conservant sa striation caractéristique. C'est au milieu du tissu embryonnaire développé entre les faisceaux que les bourgeons épithéliaux s'avancent vers la profondeur du muscle. La langue est atteinte de la même façon dans l'épithéliome de cet organe. Ces tumeurs appartiennent à l'épithéliome lobule. L'épithéliome tubulé , formé primitivement dans le

sinus maxillaire ou les fosses nasales, peut aussi gagner les muscles de la face et s'y développer en donnant naissance à des masses diffuses ou circonscrites. Les épithéliomes par propagation ou mélastatiques peuvent envahir d'autres muscles de l'économie, le cœur notamment.

Les chondromes atteignent parfois le tissu conjonctif intermusculaire, comme cela a lieu dans certains chondromes de la parotide.

Il a. été question plus haut (page 536) des ostéomes Aes muscles déterminés par irritation mécanique. Nous ajouterons que, dans le voisinage d'articulations atteintes d'inflammations chroniques très anciennes, on observe parfois des néoformations osseuses des tendons qui atteignent les muscles et y forment des noyaux ou des aiguilles situées au milieu de la masse musculaire.

Les angiomes simples ou caverneux des muscles ne sont pas très rares ; il ne faut pas les confondre avec les varices.

§ 4. — Parasites des muscles.

On observe, dans les muscles, trois espèces de parasites, les cysticerques, les échinocoques et les trichines.

Chez l'homme, les cysticerques se rencontrent rarement dans les muscles. D'ordinaire ces parasites ne déterminent pas d'accidents que l'on puisse reconnaître pendant la vie et on les découvre seulement à l'autopsie. Nous avons eu l'occasion d'examiner les muscles d'un cadavre, où des cysticerques étaient contenus dans des kystes de la grosseur d'un petit pois, blanchâtres, situés entre les faisceaux musculaires, et entourés d'une coque fibreuse. Ces cysticerques étaient infiltrés de granulations calcaires ; mais, cependant, on pouvait retrouver encore leurs têtes, leurs ventouses et leurs crochets.

Il existe, dans la science, un petit nombre d'observations de kystes hydatiques à échinocoques des muscles dont les caractères microscopiques sont indiscutables.

La trichine (Trichina spiralis), découverte par Owen dans les muscles, s'y rencontre sous la forme d'un petit ver enroulé et contenu dans un kyste. Ce kyste est situé dans l'intérieur d'un faisceau musculaire ou dans le tissu conjonctif interfasciculaire; il est ovale ou en forme de citron. Les kystes contenant les trichines sont à peine

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