DU SANG
Histologie pathologique du sang.
Les altérations du sang dans les maladies sont nombreuses ; on les constate presque toutes à l'aide de l'analyse chimique, mais bien peu d'entre elles peuvent être reconnues au microscope; ces dernières seules doivent nous occuper ici. Les altérations histologiques du sang consistent dans des variations de nombre des globules blancs et des globules rouges, dans la diminution de l'hémoglobine contenue dans les globules rouges, dans la variation du volume de ces éléments, et dans les changements de l'altérabilité des globules rouges. Enfin il peut y avoir dans le sang des corpuscules qui n'y existent pas à l'état normal.
Les changements clans le nombre des globules sanguins doivent être appréciés uniquement au moyen des méthodes directes de numération (voy. page 55).
Une augmentation dans la richesse globulaire du sang peut tenir soit à ce que le nombre total des globules a réellement augmenté, soit à ce qu'il y a eu une perte de liquide, à la suite de laquelle le sang s'est concentré. C'est, par exemple, ce qui arrive après les sueurs abondantes, les purgations, etc.
Les globules rouges ne contiennent pas toujours une même quantité di hémoglobine ; c'est ce qu'ont bien montré les recherches de Duncan, de Malassez et d'Hayem (1876). Malassez et Hayem ont cherché à donner une idée de la quantité d'hémoglobine contenue dans chaque globule.
Pour y arriver il faut diviser la quantité d'hémoglobine par le nombre de globules compris dans un volume donné de sang. Les procédés chimiques exigeant une trop grande quantité de sang, il faut avoir recours aux procédés colorimétriques.
La méthode de Hayem est dérivée de celle de Welcker. Elle consiste à comparer une solution déterminée et d'épaisseur constante du sang à examiner, à une série de teintes conventionnelles. La valeur des teintes correspond à un sang contenant un nombre déterminé de globules normaux. La teinte 5, par exemple, équivaut à 4000000 de globules normaux ; un sang dont la solution donnerait cette teinte aurait donc autant d'hémoglobine que s'il possédait 4^000000 de globules normaux par millimètre cube. Si donc on divise le nombre de globules exprimant la teinte, par le nombre de globules donné par la numération, on obtient le rapport qui existe entre la couleur d'un globule normal et celle d'un globule du sang examiné. Si, par exemple on trouve 4000000 pour la couleur et 5000000 pour le nombre, c'est que le globule ne contient que les 0,8 d'hémoglobine qu'il devrait contenir s'il était normal. Cette méthode a plusieurs inconvénients : l'échelle colorimétrique est difficile à reproduire industriellement; aussi ne la trouve-t-on pas dans le commerce; l'unité choisie est arbitraire; les résultats sont exprimés par des rapports et non par des quantités d'hémoglobine.
L'appareil de Malassez se compose d'un écran que l'observateur place entre la lumière et lui. L'écran est percé de deux trous placés tout près l'un de l'autre. Derrière l'un des trous est disposé le réservoir d'un mélangeur Potain contenant la solution sanguine ; le réservoir a été modifié pour la circonstance, il présente deux faces planes et parallèles. Derrière l'autre trou est un prisme coloré, se rapprochant beaucoup de la teinte d'une solution de sang (il donne au spectroscope, à très peu de chose près, les deux bandes de l'hémoglobine oxygénée). Ce prisme est mobile sur un chariot dans la verticale, de sorte qu'il présente au trou de l'écran des parties plus ou moins épaisses, et partant plus ou moins colorées. On peut donc arriver, en le faisant monter ou descendre, à reproduire une teinte de même intensité que celle d'une solution sanguine placée dans le mélangeur. Le prisme porte sur le côté une échelle graduée qui passe devant une aiguille fixe ; celle-ci indique à quel degré de l'échelle correspond le sang examiné. En se reportant à une table collée sur l'écran, on trouve quelle est par millimètre cube la richesse du sang examiné. L'échelle a été établie au moyen d'une série de solutions sanguines exactement titrées. Bien que ce procédé ne soit pas absolument rigoureux, pas plus que tout autre procédé colorimétrique, il donne cependant une précision plus que suffisante pour les besoins de la clinique.
VARIABILITK JtANS LES DIMENSIONS DES GLOBULES ROUGES. 545
Après avoir déterminé la proportion d'hémoglobine contenue dans les globules, il faudrait pouvoir apprécier la qualité de cette hémoglobine. Certains faits semblent démontrer qu'elle peut subir des altérations telles qu'à poids égal elle n'absorbe pas des quantités égales d'oxygène.
Les globules sanguins peuvent présenter des changements dans leurs dimensions. Ces changements sont très intéressants à étudier dans les globules rouges, lorsqu'on les compare aux modifications de nombre et de couleur de ces mêmes éléments. La numération et la colorimétrie nous apprennent, par exemple, que les globules des chiorotiques contiennent moins d'hémoglobine que les globules normaux. Cela ne tient pas à ce qu'ils sont plus petits, car si on les mesure on les trouve au contraire plus volumineux qu'à l'état normal. L'altération des globules porte donc sur la substance globulaire ellemême : elle est moins riche en hémoglobine.
La mensuration des globules n'est pas sans difficultés en raison de leur mobilité, de leur petitesse, et du grand nombre démesures qu'il faut prendre pour arriver à une moyenne de quelque valeur. Voici le procédé recommandé par M. Malassez : On dépose sur une lame porte-objet une goutte de sang que l'on étale en une couche très mince et que l'on fixe soit par une dessiccation rapide, soit en l'exposant aux vapeurs d'acide osmique. La préparation est dessinée à la chambre claire à un assez fort grossissement qui est déterminé très exactement à l'aide d'un micromètre. Avec un compas on prend successivement le diamètre de chacun des globules dessinés et l'on porte les longueurs ainsi obtenues les unes au bout des autres sur une ligne horizontale tracée sur une feuille de papier. La longueur totale divisée par le nombre de globules d'abord, puis par le grossissement, donne le diamètre moyen des globules. L'épaisseur des globules, moins souvent recherchée, s'obtient sur des préparations de sang fraîches en dessinant des piles de globules bien droites et en divisant la hauteur de la pile par le nombre de globules qui la composent.
Les globules rouges peuvent présenter, sous l'influence des réactifs, des changements dans leur altérabilité. Dans une préparation de sang normal dilué avec du sérum artificiel, on voit certains globules conserver pendant longtemps leur forme de lentille biconcave, tandis que d'autres s'altèrent assez rapidement et deviennent les uns crénelés,
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les autres sphériques. A Tétat pathologique ces phénomènes sont souvent très prononcés, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, quoique la nature du sérum employé, le litre de la dilution, le temps de l'observation soient exactement les mêmes. Dans l'anémie saturnine, par exemple, les globules semblent plus résistants, tandis que dans la chlorose ils s'allèrent et deviennent granuleux avec une rapidité extrême. De telles altérations doivent influer singulièrement sur la nutrition générale, et il serait fort important de les étudier d'une manière complète.
Nous allons maintenant passer en revue les altérations du sang qu'on rencontre dans les maladies où ces altérations ont une importance spéciale.
Dans Y inanition, d'après les expériences faites sur le cochon d'Inde et le poulet, le nombre des globules rouges augmente au début, probablement par la concentration du sang, puis le nombre des globules diminue et l'animal meurt, le chiffre normal n'ayant pas été atteint ou ayant été à peine dépassé. Cette augmentation et cette diminution expliquent les résultats contradictoires obtenus par divers observateurs. Chez un homme atteint d'un rétrécissement cicatriciel de l'œsophage et qui se nourrissait mal, chez des animaux qui avaient subi une abstinence prolongée (grenouilles à la fin de l'hiver), le chiffre des globules est tombé au-dessous de la normale.
La richesse des globules en hémoglobine n'est pas toujours proportionnelle à leur nombre (Malassez).
Dans l'inanition lente, comme dans l'inanition rapide, la masse totale du sang diminue dans une proportion notable.
On constate en général dans les plaies et suppurations, une diminution plus ou moins considérable dans le nombre des globules, due vraisemblablement à l'hémorrhagie concomitante. Dans une expérience où l'on fit une plaie sans hémorrhagie à un chien , le nombre des globules rouges n'a pas été modifié (Malassez). Les globules blancs augmentent au contraire rapidement de nombre. Si l'écoulement du pus se fait bien, s'il ne se produit pas d'abcès, le nombre des globules blancs diminue peu à peu et revient à la normale avant même que la plaie soit complètement cicatrisée.
On observe des phénomènes analogues chez les amputés et chez les nouvelles accouchées. Mais s'il survient une complication, un abcès ou une infection purulente, le nombre des globules blancs