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CHAPITRE IX

§ 1. — Histologie normale des ariièii-<,-s.

Les artères présentent à considérer une tunique interne, une tunique moyenne et une tunique externe.

La tunique interne des grosses artères comprend deux parties : i° la couche épithéliale; 2° une couche mince ayant de 0'",003 à O'^jOlS d'épaisseur, reposant sur la tunique moyenne.

La couche épithéliale est formée par une seule rangée de cellules polygonales, allongées dans le sens du vaisseau, très aplaties, et qui, sur les préparations obtenues par l'imprégnation d'argent, sont limitées par une ligne noire à la lumière transmise; chacune d'elles contient un noyau aplati, circulaire ou allongé, qu'on peut mettre en évidence en le colorant au moyen du picro-carminate d'ammoniaque.

La couche sous-épithéliale est formée par des cellules plates irrégulièrement étoilées, anastomosées les unes avec les autres, contenant des noyaux plats, et plongées dans une substance fibrillaire à direction longitudinale. Sur les petites artères, cette couche est extrêmement mince, tandis que dans l'aorte elle est relativement épaisse et composée de deux couches fibrillaires. Dans la plus interne de ces couches, les fibres ont une direction longitudinale, tandis qu'elle est transversale dans la couche externe.

La tunique moyenne est composée, dans l'aorte et la carotide, de lames et de fibres élastiques formant par leurs anastomoses un système continu, et limitant des loges dans lesquelles sont contenues des cellules musculaires lisses dont la direction est transversale et quelques fibres connectives. Du côté de la tunique interne, la tunique moyenne se limite par une lame élastique plus épaisse que les autres, festonnée sur les coupes transversales, dont la détermination est fort importante dans les recherches d'histologie pathologique, et que

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nous désignerons sous le nom de lame élastique interne de la tunique moyenne. Du côté de la tunique externe, des fibres élastiques se détachent des lames élastiques de la tunique moyenne et se poursuivent entre les faisceaux de tissu conjonctif à direction variée qui constituent la charpente de celte tunique externe ou adventice.

Dans la fémorale, l'humérale et toutes les artères de moyen calibre, la tunique moyenne ne possède qu'une lame élastique : c'est la lame élastique interne. Les cellules musculaires dont la direction est transversale forment des faisceaux aplatis séparés les uns des autres par des fibres connectives et des fibres élastiques qui se continuent avec la lame élastique interne d'une part, et d'autre part avec le réseau élastique à larges mailles de la tunique externe.

Les tuniques interne et moyenne ne possèdent pas de vaisseaux. La tunique externe est, au contraire, parcourue par des vaisseaux artériels, capillaires et veineux, et par des lymphatiques dont la lumière est représentée par des fentes sur les coupes transversales. On y voit aussi de petits troncs nerveux et des tubes nerveux isolés.

Les petites artères présentent une tunique moyenne formée par des cellules musculaires disposées en travers les unes à côté des autres de manière à constituer une membrane continue. L'adventice y est composée de petits faisceaux de tissu conjonctif dont la direction générale est longitudinale.

§ 2. — nistologie pathulogîque des artères.

Artérite. — Les lésions inflammatoires des artères présentent des variétés nombreuses. C'est ainsi que l'on peut considérer l'inflammation des artères suivant son siège dans les grosses artères, dans les moyennes et les petites, et dans les tuniques interne, moyenne et externe. Les transformations athéromateuse et calcaire doivent être étudiées avec l'artérite. Enfin les anévrysmes spontanés et les modifications histologiques qui surviennent dans les artères lorsqu'elles sont oblitérées par un caillot appartiennent encore à l'artérite.

Nous décrirons successivement : 1° fartérite aiguë; 2" l'artérite chronique et l'athérome si souvent combinés; 3° les anévrysmes; à" les oblitérations artérielles.

Dans cette description, nous ne diviserons pas les inflammations des artères suivant leur siège dans la tunique interne {endartérite) ou dans la tunique externe (périartérile), parce que le plus souvent

l'endartérite et la périartérite sont réunies. Nous aurons soin toutefois d'indiquer les cas où ces deux lésions peuvent se montrer isolément.

Artérite aiguë. — L'endartérite aiguë, ou inflammation aiguë de la tunique interne, se présente souvent dans l'aorte à l'état complètement isolé.

Elle y est caractérisée par un gonflement de la tunique interne, sous forme de plaques saillantes plus ou moins étendues, à contour plus ou moins régulier et en général circulaires. Les unes, petites, assez régulièrement arrondies, sontacuminées; les autres, plus étendues, plus irrégulières dans leurs contours, sont manifestement formées par la confluence de plusieurs petites plaques rondes et elles offrent à leur surface des saillies et des dépressions. Leur couleur est généralement rosée. Elles sont transparentes, plus ou moins opalescentes; leur consistance est élastique et molle, comme gélatineuse; aussi les connaît-on généralement sous le nom de plaques gélatiniformes de l'aorte. Leur surface n'est que très rarement ulcérée. Autour d'elles la tunique interne n'est pas complètement saine ; elle présente de la tuméfaction et une légère diminution de consistance ; elle paraît comme imbibée de liquide. Elle est quelquefois légèrement rosée, d'autres fois incolore. Dans certains cas où l'endartérite était très intense, nous avons été frappés de la pâleur de la tunique interne, tandis qu'au contraire nous avons souvent rencontré une rougeur intense des vaisseaux et de l'endocarde uniquement due à l'imbibition, sans qu'il y eût de trace d'endartérite ou d'endocardite. Il suffît, du reste, de laisser macérer dans l'eau teintée de sang une artère, pour que sa surface primitivement pâle rougisse par l'infiltration de l'hémoglobine dissoute dans l'eau.

Dans les endartérites moins intenses et moins anciennes, la surface libre de l'artère est chagrinée et dépolie, ce qui est lié à une tuméfaction irrégulière de la tunique interne du vaisseau (1).

Les plaques gélatiniformes de l'endartérite aiguë, sur ime section perpendiculaire à leur surface, paraissent constituées par un tissu demi-transparent qui se limi(e à la tunique moyenne de l'artère.

(I) On a souvent rapporté à la chute de répilliélium cet aspect dépoli de la membrane întonic ilans rinflanimation qui nous occupe : nous ferons remarquer ici que la cimte de i'épitliélium ne peut pas causer cet aspect, car il est complètement tombé vingt-quatre .heures après la mort, aussi bien sur les surfaces lisses que sur celles qui ne le sont pas, aussi bien à l'élat normal que dans les cas pathologiques.

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En enlevant une de ces plaques et en la dissociant avec les aiguilles, on isole sans difficulté les éléments qui la constituent.

Ces éléments sont : 1" des cellules spliériques ou irrégulièrement sphériques, ayant en moyenne un centième de millimètre et dans lesquelles on voit un noyau après l'addition d'acide acétique : ces cellules ont tous les caractères des cellules embryonnaires; 2° quelques grandes cellules aplaties, à prolongements multiples contenant quelquefois deux noyaux, qui correspondent aux cellules connectives normales de la membrane interne.

Les éléments arrondis que l'on obtient par la dissociation sont des cellules et non pas de simples noyaux, comme on serait conduit à le croire, si l'on examinait simplement des coupes obtenues après la dessiccation, procédé généralement employé.

Sur ces coupes, les plaques apparaissent comme un épaississement

FiG. 236. — Coupe de la tunique interne de l'aorte dans un cas d'endartérltc aiguë. Cette coupe, fails après la dessiccation de l'artère, montrait la prolifération des éléments de la membrane interne. — Grossissement de 200 diamètres.

de la tunique interne. A un faible grossissement, on peut en apprécier l'épaisseur considérable relativement à celle des parties normales de la tunique interne et souvent même à celle de la tunique moyenne. Elles peuvent être cent fois plus épaisses que la tunique interne normale, et deux ou trois fois plus épaisses que la tunique moyenne. Avec un grossissement de iOO diamètres qui permet d'apprécier l'ensemble de la préparation, on reconnaît que les éléments cellulaires y sont extrêmement nombreux, disposés au contact les uns des autres en séries parallèles à la surface, et que leur nombre va en diminuant progressivement à mesure qu'on étudie les couches profondes avoisinant la tunique moyenne. Nous ne pouvons nous empêcher de voir dans ce phénomène une analogie frappante avec ce qui a lieu dans les cartilages diarthrodiaux enflammés, où les cellules de la surface sont aussi les premières à se multiplier.

Ce fait de la multiplication des éléments à la surface de la membrane interne est spécial à Vendartérite aiguë et la sépare de Vendartérite consécutive à Vathérome où la prolifération se passe , ainsi que nous le verrons, dans la couche la plus profonde de la membrane interne. La même distinction peut être faite dans l'endocardite.

A la périphérie des plaques gélatineuses, dans le point où elles se continuent avec la tunique interne, on peut observer la série des modifications de cette membrane et suivre le processus de leur formation et de leur accroissement. Au voisinage des parties tuméfiées, il y a également, dans la tunique interne, une grande quantité d'éléments cellulaires arrondis, tandis que dans la profondeur on trouve encore des cellules aplaties avec leurs noyaux lenticulaires.

Avec un plus lort grossissement et sur les préparations traitées par l'acide acétique ou par l'acide formique, on ne peut généralement pas voir de corps cellulaires autour des noyaux, qui paraissent être simplement plongés dans une substance fondamentale. C'est là, comme nous l'avons déjà dit, une illusion qui tient au mode de préparation. A la surface des plaques gélatineuses, les éléments cellulaires sont tellement rapprochés les uns des autres, que beaucoup d'entre eux semblent se toucher. On y voit des noyaux en forme de biscuit ou de bissac, indices de la division qui va s'effectuer, et des séries de deux à cinq noyaux au contact les uns des autres (voy. fig. 236). Dans les couches profondes, la substance fondamentale est plus abondante, et les groupes de cellules sont plus distants.

On ne saurait expliquer par la diapédèse la présence des nombreux éléments cellulaires dans les couches superficielles de la tunique interne puisque cette membrane ne contient pas de vaisseaux. Tout au plus pourrait-on faire intervenir la migration, à travers la tunique interne, des globules blancs venant du sang qui circule dans l'artère malade. Mais il est bien plus probable qu'ils proviennent des cellules contenues à l'état normal dans la tunique interne, et du reste, ces cellules montrent de la façon la plus nette des signes de division de leurs noyaux (voy. fig. 236).

Les plaques gélatineuses des artères présentent quelquefois des ulcérations superficielles et fongueuses qui se recouvrent d'une mince couche de fibrine adhérente. Cette couche semi-transparente, molle, est souvent colorée en rouge sous forme de stries ou de petits îlots, et quelquefois elle présente la même coloration dans toute son étendue. On ne peut dire si l'on a affaire à de la fibrine ou à la tunique

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inlerncmodilice, avant d'en avoir examiné des coupes microscopiques. Les parties qui composent cette couche transparente, lorsqu'on les dissocie, se laissent isoler, et l'on y voit beaucoup de cellules rondes, petites, possédant un noyau. On ne saurait distinguer, par leur forme seule, si ce sont des éléments embryonnaires comme ceux que nous venons de décrire dans la tunique interne proliférée, ou des globules blancs du sang. Mais sur des coupes perpendiculaires à la surface pratiquées après durcissement par l'alcool, on reconnaît qu'on a affaire à de la fibrine ayant englobé des éléments cellulaires. Il est probable que la substance fibrinogène du sang se transforme en fibrine en présence de la substance fibrino-plastique des parties enflammées, et qu'elle retient dans son réseau soit des globules blancs du sang, soit les éléments prolifères et devenus libres à la surface malade.

Dans presque tous les cas d'endartérite aiguë, il existe une périartérite, c'est-à-dire un épaississement inflammatoire de la tunique externe. Le tissu de cette tunique est devenu plus homogène, gélatiniforme, de couleur ambrée ou rosée. On y constate au microscope, sur des coupes obtenues suivant la méthode indiquée plus haut, un épaississement notable et une formation nouvelle de cellules entre les faisceaux de tissu conjonctif.

La membrane moyenne ne présente pas habituellement d'altérations dans l'endartérite aiguë.

Entre l'endartérite la plus aiguë et l'endartérite chronique, arrivée à sa période ultime, on peut trouver tous les intermédiaires. Il arrive même qu'on en rencontre toutes les phases sur un même segment d'artère.

La périartérite aiguë caractérisée par une infiltration purulente de la tunique externe se montre dans le phlegmon. Le plus souvent l'inflammation se limite à cette membrane, ou bien il ne se produit que des lésions peu considérables de la tunique interne. Dans tous les cas, la tunique moyenne n'étant pas modifiée d'une façon notable, la paroi artérielle résiste, n'est ni distendue ni déchirée, et l'artère conserve ses fonctions.

L'inflammation aiguë des artères de moyen et de petit calibre est rarement primitive, mais elle se montre fréquemment à la suite de

rinfïammation des tissus voisins. C'est ainsi que dans les lèvres d'une plaie bourgeonnante, dans les tissus fongueux du panaris, dans le fond des ulcères chroniques, on distingue à l'œil nu sur une surface de section, les petites artères coupées en travers comme autant de points rouges entourés d'une zone circulaire translucide et épaisse. Si l'on cherche à les disséquer, on arrive difficilement à les suivre dans une certaine longueur, parce que leur tunique externe, infiltrée par les liquides et par les éléments inflammatoires, se confond avec le tissu conjonctif voisin et forme avec lui une seule masse lardacée. En pratiquant cette dissection, on constate que les vaisseaux sont devenus friables, et que de légères tractions exercées par la pince suffisent pour les briser. Les artères ainsi épaissies par l'inflammation se distinguent difficilement à l'œil nu des cordons nerveux voisins.

L'examen histologique du vaisseau malade se fait sur des coupes qui comprennent à la fois ses tuniques et les tissus environnants, après que la pièce a été durcie. On observe alors une végétation de la tunique interne, c'est-à-dire de toute la partie comprise entre la surface interne du vaisseau et la lame élastique interne. Dans les parties végétantes, dont la forme et l'étendue sont variables, on reconnaît des cellules rondes ou des cellules aplaties dans différentes directions séparées les unes des autres par une faible quantité de substance intercellulaire. Des vaisseaux venus de la tunique adventice y pénètrent et y forment des anses. Cette vascularisation s'observe lorsque la tunique moyenne a disparu et qu'elle s'est transformée en tissu conjonctif. Quant à la tunique externe, ses faisceaux de tissu conjonctif et ses fibres élastiques sont maintenant séparés par un nombre plus ou moins considérable de cellules embryonnaires qui peuvent déterminer, comme dans toutes les inflammations du tissu conjonctif, une résorption des fibres connectives et des fibres élastiques. La tunique moyenne, comme nous venons de le voir, ne reste pas toujours indemne. On y observe des cellules qui s'éloignent du type musculaire et se multiplient, en même temps que les fibres élastiques se fragmentent et se résorbent.

Finalement, les différentes tuniques artérielles se confondent dans des zones plus ou moins étendues. De plus, sous l'influence de l'inflammation, les divers tissus qui constituent la paroi des artères ont de la tendance à prendre la structure de la tunique interne enflammée. Bientôt, à propos des anévrysmes, on retrouvera des exemples frappants de la transformation des tuniques externe et moyenne en un tissu semblable à celui de la tunique interne.

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