CHAPITRE X
LÉSIONS DES VAISSEAUX CAPILLAIRES § 1. — Histologie normale.
Les vaisseaux capillaires sont essentiellement formés par des cellules endothéliales soudées par leurs bords, et agencées de manière à constituer des canaux anastomosés les uns avec les autres et disposés en réseaux (voy. p. -42 et suiv.), Les capillaires ont partout la même structure, mais leur dimension et la forme de leurs réseaux varient dans chaque organe et dans chaque tissu. Les capillaires sont entourés de tissu conjonctif fascicule, ou de tissu conjonctif réticulé, ou bien ils sont compris dans des espaces lymphatiques. Dans le tissu conjonctif fascicule, les capillaires recouverts de cellules plates se trouvent placés dans les espaces de ce tissu, à côté des faisceaux, sans y adhérer, et la lymphe se trouve en rapport direct avec la paroi vasculaire, de telle sorte qu'en réalité un capillaire du tissu conjonctit est situé dans un espace lymphatique. Cette disposition existe non seulement dans le tissu cellulaire sous-cutané, mais dans la peau, dans les muscles, dans les nerfs et dans le tissu cellulaire des organes.
Dans les organes lymphoïdes (ganglions lymphatiques, follicules de rintestin, des amygdales, glomérules de la rate, thymus, etc.), les capillaires sont recouverts d'une couche fibrillaire serrée, de laquelle partent les fibrilles du stroma. La lymphe qui baigne ce stroma est donc séparée du torrent sanguin par deux couches, la membrane cellulaire du capillaire et son revêtement réticulé.
Les capillaires des glandes se trouvent placés dans les espaces lymphatiques qui entourent les culs-de-sac et qui les séparent des culsde-sac voisins.
Les capillaires des centres nerveux sont contenus dans une gaine périvasculaire.
INFLAMMATION DES CAPILI,AIRES. Glo
Lorsqu'un capillaire occupe un espace lymphatique, il est habiluellement recouvert d'une couche endothéliale, et il est relié à la paroi de cet espace lymphatique par des tractus connectifs d'épaisseur variable.
De l'existence constante d'espaces lymphatiques placés entre les capillaires et les éléments constitutifs des tissus et des organes, il résulte que ces éléments ne sont pas en rapport direct avec le plasma du sang, mais que ce plasma ; répandu d'abord dans des espaces lymphatiques, y est pris par les éléments placés dans ces espaces suivant les besoins physiologiques ou pathologiques de chacun d'eux. Il ne faudrait cependant pas, conclure de ce qui précède que les liquides exsudés soient sans influence sur les fonctions de ces éléments. Nous avons en effet montré, à propos de l'œdème, les modifications des cellules plates du tissu conjonctif sous l'intluence d'une exsudation séreuse considérable etfectuée dans les espaces du tissu conjonctif. En résumé, ce n'est pas le sang qui est le milieu intérieur nourricier des éléments, mais bien la lymphe venue du sang.
§ 2. — Histologie patiiologiqac des capillaires.
Inflammation des capillaires. — Nous ne reviendrons pas maintenant sur le détail des faits que l'on observe dans les vaisseaux enflammés et dont il a été question plus haut (voy. pages 121 et suivantes) ; mais nous devons cependant indiquer dans ce paragraphe les altérations spéciales des capillaires dans l'inflammation.
Les capillaires des tissus vasculaires enflammés présentent deux ordres de phénomènes. Les uns consistent dans une modification de leur paroi, les autres dans l'expansion des anciens vaisseaux et dans une néoforraation vasculaire.
Comme nous l'avons vu, on observe au début de l'inflammation un gonflement des cellules endothéliales des capillaires : les cellules qui étaient plates, homogènes, et ne pouvaient êlre distinguées, paraissent alors granuleuses; vues de profil, elles semblent fusiformes et sont distinctes les unes des autres. C'est surtout sur les coupes transversales des vaisseaux dans les parties enflammées que l'on peut bien apprécier cette disposition (voy. fig. 249).
Dans le mésentère de la grenouille qui a été exposé à l'air, il est beaucoup plus difficile de voirie gonflement des cellules. Cependant, quand on est prévenu, on peut le reconnaître, La disjonction des
éléments cellulaires des vaisseaux capillaires a pour conséquence leur dilatation et favorise la sortie des globules blancs, des globules rouges et du plasma fibrinogène.
C'est dans les inflammations de longue durée siégeant dans des membranes, notamment dans les inflammations catarrhales des mu-
Fi6. 248. — Tissu conjonctif enflammé.
a, espace occupant la place des vésicules adipeuses dont la graisse h a été résorbée, et qui sont remplies par des noyaux de nouvelle formation c, entourés d'un protoplasma granuleux; e, cellules embryonnaires; V, section d'un vaisseau dont la paroi est formée par des cellules endoihéiiales tuméfiées.
queuses, que la dilatation des vaisseaux capillaires est surtout considérable. Dans ce cas, les capillaires dilatés restent pleins de sang après la mort et donnent des taches ou des arborisations rouges visibles à l'œil nu, tandis que les capillaires qui ne sont pas malades se sont habituellement vidés du sang qu'ils contenaient sous l'influence du retrait qu'ils éprouvent après la mort. Ce seul fait suffit à démontrer que les vaisseaux modifiés par l'inflammation ont perdu une de leurs propriétés les plus importantes, l'élasticité.
La modification des parois vasculaires, jointe à une augmentation de la pression sanguine, détermine divers accidents que l'on observe surtout dans le cerveau.
Dans les foyers de ramollissement et d'hémorrhagie de cet organe, et particulièrement autour de ces foyers, on voit souvent de petites taches ou nodules rouges qui correspondent à des capillaires dilatés
ANÈVRYSMES MILIAIUES.
OU dans la gaîne périvasculaire desquels il s'est produit une suffusion sanguine. La dilatation des capillaires amène en effet souvent une rupture de leur paroi et le passage du sang dans la gaîne péri- Yasculaire. Cette dernière forme, qui est de beaucoup la plus com-
FiG. 249. —Vaisseau capillaire du cerveau qui présente une extravasation sanguine dans sa gaîne périvasculaire . — Grossissement de 250 diamètres.
mune, a été désignée par Kôlliker et Pestalozzi sous le nom d'anévrysme disséquant des capillaires.
Quant aux anévrysmes miliaires du cerveau qui ont été décrits
FiG. 250. — Anévrysrae iniliaire d'une artériole du cerveau : a tronc de l'arlériolo qui prc'sentedes granulations graisseuses m ; c, gaîne périvasculaire ; 6, 6', anévrysmes formés par la dilatation uniforme des tuniques artérielles ; n, h, épanchements de sang dans la gaîne périvasculaire c'; d,d,f, branches capillaires émanant de l'artériole. — Grossissement de 30 diamètres.
par Charcot et Bouchard, ils consistent plus souvent dans une dilatation des artérioles que des capillaires. Ils paraissent être la consé-
quence d\m travail inflammatoire dont le siège est dans la paroi même des vaisseaux, et à ce point de vue leur pathogénie ne diffère pas de celle des anévrysmes de moyen calibre. Ces anévrysmes, qui sont fusiformes ou sacciformes, s'accompagnent presque toujours d'hémorrhagie dans la gaîne périvasculaire. Ils sont alors à la fois miliaires et disséquants (voy. fig. 251).
Pour ce qui concerne la néoformation des vaisseaux dans les tissus enflammés, nous n'avons rien à ajouter à ce qui a été dit plus haut dans le chapitre de l'inflammation (pages 121 et suiv.).
Lésions de nutrition des capillaires. — La plus commune des lésions des capillaires consiste dans la transformation graisseuse de leur paroi. On la rencontre dans tous les organes vasculaires, mais elle est fréquente surtout dans le rein et dans les centres nerveux. On l'observe toutes les fois que la nutrition est très amoindrie ou abolie^
Fig. 251. — Cristaux d'héraatoïdiiie : a, cristaux libres; 6, cristaux contenus dans des cellules; f, vaisseau capillaire contenant des granulations d'Iiéniatoidine.
et elle accompagne alors la transformation graisseuse des éléments qui constituent les organes. Cependant, dans le cerveau et la moelle des enfants nouveau-nés et pendant les premiers mois de la vie, on trouve toujours le long des capillaires une grande quantité de corps granuleux. Dans le ramollissement cérébral, les capillaires du cerveau, qui à l'état physiologique présentent aussi souvent chez l'adulte quelques granulations réfringentes disséminées, sont chargés de granulations graisseuses qui, en quelques points, donnent au capillaire la forme d'un cylindre obscur et granuleux. La gaîne périvasculaire contient alors du sang et des granulations d'hématoïdine (fig. 250), ce qui indique qu'il s'est produit une diapédèse ou une rupture du vaisseau capillaire altéré. D'autres fois les gaines périvasculaircs