‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 160 sur 199 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

^ fl . — Histologie normale.

La sh'ucture des troncs et des vaisseaux lymphatiques est semblable à celle des veines de même calibre. On leur décrit aussi trois tuniques, une adventice, une moyenne musculaire et une interne extrêmement mince, tapissée de cellules endothéliales. Les valvules sont beaucoup plus nombreuses dans les lymphatiques que dans les veines. Au-dessus d'elles, le vaisseau présente un rentlement assez considérable (renflement supra- valvulaire), au niveau duquel la tunique moyenne montre de nombreuses fibres musculaires entrecroisées dans tous les sens. Dans les autres régions, au contraire, les éléments musculaires ont une direction transversale. Les renflements supra- valvulaires semblent jouer un rôle important dans la circulation de la lymphe.

Les capillaires lymphatiques, comme les capillaires sanguins, sont dépourvus d'éléments musculaires. Ils se montrent sous la forme de tubes cylindriques ou aplatis limités par un endothélium dont la forme est caractéristique. Les cellules qui le composent, après avoir été fixées par le nitrate d'argent, présentent des dents latérales mousses et s'engrenant les unes dans les autres.

Tandis que les veines prennent naissance dans le réseau capillaire, les lymphatiques naissent au sein même des tissus et n'ont à leur origine aucune communication directe avec le système sanguin. Les lymphatiques se jettent dans les veines sous-clavières, à gauche par le canal thoracique, à droite par le grand canal lymphatique. C'est ainsi que la lymphe, absorbée directement dans les tissus, se mélange au sang veineux après avoir cheminé dans le système lymphatique.

Depuis la découverte des lymphatiques jusqu'à Magendie, on leur attribuait un rôle exclusif dans les phénomènes de l'absorption.

Bien que Magendie ait démontré que les veines absorbent activement, on n'en doit pas moins considérer les lymphatiques comme les principaux agents de Tabsorption,

Une des questions les plus intéressantes et des plus débattues est celle de l'origine des vaisseaux lymphatiques dans les tissus. A l'époque où l'on étudiait ces vaisseaux par des injections faites à l'aide du mercure et d'une forte pression, on croyait que le réseau ainsi injecté était la seule origine du système lymphatique. Mais depuis qu'on s'est servi de liquides plus pénétrants, du bleu de Prusse dissous dans l'eau par exemple, on a pu injecter de nombreux vaisseaux lymphatiques dans lesquels le mercure ne pouvait pénétrer. Il suffit même de faire, avec une seringue de Pravaz, une injection interstitielle de bleu de Prusse dans le tissu conjonctif pour que ce liquide pénètre dans quelques vaisseaux lymphatiques. Cependant on ne peut pas remplir complètement le réseau lymphatique par cette méthode. Pour le faire, il est nécessaire que la pointe de la canule pénètre directement dans un vaisseau. On doit admettre néanmoins que les vaisseaux lymphatiques s'ouvrent dans les mailles du tissu conjonctif, puisque, en injectant ces dernières, le liquide pénètre habituellement dans quelques vaisseaux lymphatiques. Nous avons montré plus haut comment les cavités séreuses sont une dépendance du système lymphatique, en ce sens qu'il existe des communications directes entre les séreuses et les vaisseaux de ce système. Aussi n'y a-t-il pas de modification pathologique des séreuses sans que les lymphatiques correspondants ne soient en même temps altérés.

§ %v — Histologie pathologique des vaisseaux lymphatiques.

La lymphangite ou inflammation des vaisseaux lymphatiques est une affection assez commune, tantôt aiguë, tantôt chronique et d'intensité variable. On l'a étudiée surtout à la surface des séreuses et dans l'utérus. Dans la pleurésie, la péricardite et la péritonite, les coupes qui comprennent l'exsudat et la séreuse sous-jacente montrent très nettement dans celle-ci la lumière des vaisseaux lymphatiques coupés dans diverses directions. Ces vaisseaux sont dilatés et contiennent une substance tout à fait semblable à celle de l'exsudat de la surface de la séreuse. Ils renferment du pus ou de la fibrine en-

globant des corpuscules de pus, lorsque rinilammation de !a séreuse est purulente.

L'endothélium de ces vaisseaux est toujours gonflé, desquamé et proliféré, et leur paroi est infiltrée d'éléments nouveaux et même de globules de pus.

Dans les lymphangites des membres, lorsqu'elles sont intenses, rinflammation suppurative s'étend au tissu cellulo-adipeux qui avoisine les lymphatic|ues enflammés, de telle sorte qu'ils forment, avec le tissu induré qui les entoure, un cordon dur, infiltré de pus, dont le diamètre est bien plus considérable que celui d'un lymphatique simplement rempli.

Dans la métrite puerpérale, les vaisseaux lymphatiques qui se trouvent aux angles de l'utérus et dans le ligament large se montrent souvent dilatés et remplis de pus. Leurs tuniques sont infiltrées de globules de pus.

On a considéré les gaines périvasculaires du cerveau comme de véritables lymphatiques. Mais elles sont, en réalité, une dépendance des espaces sous-arachnoïdiens. Nous étudierons les altérations pathologiques qu'on observe dans ces gaines à propos des maladies de l'encéphale.

Il convient d'ajouter que dans certains cas de carcinome de l'estomac on a rencontré les vaisseaux lymphatiques de la plèvre et du poumon complètement remplis et distendus par du pus plus ou moins caséeux. i\lM. Raynaud, Troisier, etc., en ont publié des observations. Nous avons observé des altérations analogues des vaisseaux lymphatiques pulmonaires dans un cas de gommes syphilitiques de l'estomac (Voy., pour plus de détails, à l'article Poumon).

Celte réplétion des vaisseaux lymphatiques de la plèvre et du poumon, dans des tumeurs de l'estomac, ne saurait être interprétée comme le résultat du transport direct dans les lymphatiques de produits venant de la tumeur primitive. Il nous semble qu'on doit l'attribuer bien plutôt à une lymphangite subaiguë secondaire, simplement inflammatoire dans certains cas, de nature carcinomateuse dans d'autres, et qui est liée à l'inflammation simple ou cancéreuse des ganglions bronchiques.

Dilatation des vaisseaux lymphatiques (lymphangiectasie) . — Dans l'éléphantiasis et dans la macrogiossie congénitale, les vaisseaux lymphatiques sont dilatés sans que leur structure ait subi de notables

modifications. Leurs cellules épithéliales sont développées et faciles à voir. L'injection de ces vaisseaux est toujours plus facile qu'à l'état normal. (Voyez pages 290 et suivantes.)

Lésions des vaisseaux lymphatiques dans les tumeurs. — La tuberculose des vaisseaux lymphatiques s'observe très souvent dans les séreuses (plèvre, péricarde, péritoine).

Sur le péritoine viscéral, au niveau des ulcérations tuberculeuses de l'intestin, on voit souvent des cordons noueux, blancs, opaques, qui partent en rayonnant du fond induré de l'ulcération. Ces cordons, qui forment un relief à la surface péritonéale de l'intestin, se rendent à travers le mésentère aux ganglions lymphatiques voisins. A leur surface, on voit souvent des granulations tuberculeuses faire saillie, et lorsqu'on les coupe en travers, on en fait sortir une substance caséeuse blanche ou jaunâtre et opaque. Le contenu de ces vaisseaux présente des cellules lymphatiques ordinaires, des corpuscules plus volumineux remplis de granulations graisseuses et des granulations graisseuses libres. On en fait l'étude histologique sur des coupes obtenues après durcissement par les méthodes habi-

/ii j ""v^.vi:

FiG 255. — Section à travers un vaisseau lymphatique tuberculeux de la surface de l'intestin : a, cavité du lymphatique qui est remplie de cellules lymphatiques et qui est rétrécie ; c, tissu conjonctif sous-pcritoncal au milieu duquel passe le lymphatique dont les parois sont très épaissies par le développement du tissu tuberculeux ; l, tissu tuberculeux dont la zone externe est formée de cellules arrondies plus volumineuses que celles de la zone interne, lesquelles sont caséeuses ; v, vaisseaux capillaires ; n, couche des fibres musculaires lisses longitudinales ; m, couche des fibres musculaires transversales de l'intestin.

tuelles. On y observe toutes les phases du développement des granulations tuberculeuses. Dans un premier degré, les vaisseaux sont remplis d'éléments cellulaires : les uns sont des cellules lymphatiques ordinaires, les autres proviennent vraisemblablement de

rendothclium vasculaire. La paroi des lymphatiques et le tissu conjonctif voisin sont infiltrés de cellules embryonnaires dans une grande étendue. Dans un second degré, les cellules groupées dans la paroi des lymphatiques et dans le tissu conjonctif forment des nodules ayant tous les caractères des granulations tuberculeuses. Les granulations tuberculeuses, disposées sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, sont plus ou moins espacées. Souvent elles se touchent et même se confondent avec des granulations voisines pour former une masse de tubercules confluents.

Il peut se faire aussi que l'inflammation tuberculeuse des vaisseaux lymphatiques se propage jusqu'au canal thoracique, qui est alors rempli de pus caséeux, tandis que des granulations tuberculeuses se forment dans sa paroi.

Lorsqu'un carcinome développe une inflammation dans les vaisseaux lymphatiques qui partent de la tumeur, on les voit former des cordons durs dont le volume augmente peu à peu jusqu'à celui d'une plume de corbeau. C'est ce qui a lieu, par exemple, dans certains carcinomes durs de la mamelle, où plusieurs angioleucites répétées finissent par transformer les vaisseaux lymphatiques en des cordons durs, pleins et complètement squirrheux.

Dans les carcinomes secondaires des poumons et de la plèvre, on voit quelquefois, à la surface de cette séreuse, des réseaux lymphatiques noueux et indurés, gris, semi-transparents ou opaques. Les vaisseaux qui composent ces réseaux contiennent un suc laiteux formé par de grandes cellules semblables à celles de la tumeur. On trouve parfois aussi de petites nodosités carcinomateuses comprises dans leur paroi. On peut observer les mêmes formes de la dégénérescence carcinoraateuse des vaisseaux lymphatiques dans les autres séreuses, dans le péritoine notamment.

Les lymphatiques communiquent avec les alvéoles du carcinome (voy. page 208). Il est dès lors très probable que les cellules qu'ils contiennent peuvent pénétrer dans ces vaisseaux, y cheminer plus ou moins loin, s'y multiplier ensuite et devenir le point de départ de la transformation carcinomateuse de leur paroi et des nodules secondaires développés à leur voisinage.

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