CONGESTION, IIÉMORRHAGIE ET INFLAMMATION DES NERFS
Les vaisseaux lymphatiques ne pénètrent pas dans les faisceaux nerveux, lis se perdent dans le tissu conjonctif périfasciculaire. Mais le plasma soiti des capillaires sanguins, après avoir concouru à la nutrition des éléments nerveux et s'être chargé de leur déchet, s'engage entre les lames de la gaine lamelleuse, en suivant le trajet très compliqué compris entre ces lames, et arrive dans le tissu conjonctif périfasciculaire, où il peut être repris par les vaisseaux lymphatiques.
>; 2. — Histologie pathologique des nerfs.
Congestion, hémorrhagie et inflammation des nerfs. — La congestion des nerfs est assez commune, puisqu'elle se montre sur tous les nerfs qui font partie d'un foyer inflammatoire; elle s'étend souvent au-delcà de ce foyer. Dans le phlegmon de la jambe, par exemple, il n'est pas rare de trouver une congestion du nerf sciatique qui s'étend jusqu'à l'échancrure sciatique.
Lorsque l'on dissèque avec soin les nerfs qui sont en rapport avec une plaie, on les trouve légèrement gonflés. Sur leur surface se dessinent des traînées rouges parallèles à leur direction et qui sont l'indice de la congestion qui existait durant la vie.
Certains auteurs ayant fait l'examen des nerfs dans les plaies suivies de tétanos ont vu dans la congestion de ces nerfs la cause de cette affection. C'est ainsi que Lepelletier, Curling et Rokitansky ont rattaché le tétanos traumatique à la propagation de la congestion et de l'inflammcition dans les nerfs qui parlent de la plaie. Mais c'est là une erreur à coup sûr, puisque cette congestion peut être observée sur les nerfs dans le fond de presque toutes les plaies qui sont le siège d'une inflammation un peu intense bien qu'elles soient très rarement suivies de tétanos.
Dans la congestion des nerfs dont, nous le répétons, la fréquence est bien plus grande qu'on ne le pense généralement ; l'hyperhémie porte sur les vaisseaux péri-tasciculaires et peut être facilement reconnue. L'hyperhémie des vaisseaux intra-fasciculaires existe aussi, mais il n'est pas toujours aisé de l'apprécier à l'œii nu, car, pour voir dans les faisceaux nerveux les vaisseaux remplis de sang, il est nécessaire de fendre la gaine lamelleuse. Si l'on se propose d'apprécier la dilatation des capillaires, il convient de faire des coupes transversales du nerf après l'avoir fait durcir dans l'acide chromique.
C'est ainsi qu'une coupe transversale du nerf saphène interne, chez un soldat qui avait une plaie de la jambe produite par un éclat d'obus, présentait des capillaires intra-fasciculaires dilatés et remplis de sang. Dans le panaris profond, les nerfs collatéraux nous ont montré une lésion semblable ; il est fort probable que l'hyperhémie intra-fasciculaire des nerfs est une cause importante de la douleur si vive qui accompagne cette lésion.
La congestion des nerfs détermine une augmentation de la tension sanguine et une exsudation séreuse dans le tissu conjonctif péri-fasciculaire ; souvent aussi il s'y produit des hémorrhagies miliaires. Il s'y forme également des foyers sanguins plus étendus et par voie directe, lorsque les nerfs sont dénudés, dans les plaies par exemple.
L'inflammation des nerfs, caractérisée par de la congestion et une exsudation séreuse, est commune, ainsi qu'on vient de le voir; par contre, l'inflammation suppurative est rare dans les faisceaux nerveux. La gaine lamelleuse oppose à la diffusion du pus dans l'intérieur de ces faisceaux une barrière à peu près infranchissable; aussi, voit-on, dans un foyer en pleine suppuration, des nerfs dont le tissu péri-fasciculaire est le siège d'hyperhémie, d'exsudation séreuse et même de suppuration diffuse, et qui ont conservé leurs propriétés. Si l'on examine au microscope les nerfs compris dans un foyer purulent, ce n'est pas sans un certain élonnement que l'on y trouve les tubes nerveux complètement normaux. Cette résistance des nerfs doit bien être attribuée, en grande partie, à la gaine lamelleuse, mais on conçoit aussi que les nombreuses anastomoses de leurs vaisseaux sanguins, soit dans le tissu conjonctif péri-fasciculaire, soit dans le tissu conjonctif intra-fasciculaire, en assurant l'indépendance de leur circulation, les mettent à l'abri des influences de voisinage. Cette indépendance peut être démontrée par l'expérience ; en effet, il est possible de dénuder et de séparer lenerf sciatique dans toute l'étendue de la cuisse, chez un animal vivant, sans que les fonctions du nerf en soient troublées et sans qu'il soit frappé de mort.
Par une expérience analogue, il est possible de prouver la résistance de la gaine lamelleuse à la suppuration : lorsque, après avoir dénudé le nerf sciatique, on répand dans la plaie du vermillon délayé dans l'eau, les cellules lymphatiques se chargent des granulations colorées et les transportent dans diverses directions (voy. p. 641); mais jamais les globules lymphatiques porteurs de vermillon ne