LÉSIONS CONSÉCUTIVES A LA SECTION DES NERFS
traversent la eaîne lamelleuse et ne viennent se fixer entre les tubes nerveux.
Il n'en est plus de même si la gaîne a été déchirée; par exemple, si l'on a placé un fil à travers le nerf, les cellules chargées des granulations trouvent alors une voie ouverte et gagnent le tissu conjonctil intra-fasciculaire.
Les inflammations de longue durée et les néoplasmes à développement continu ont sur les nerls une action bien plus grande. La néoibrmation cellulaire, qui caractérise leur évolution , se poursuivant dans le tissu conjonctif périlasciculaire et entre les lames de la gaîne lamelleuse des faisceaux nerveux, les écarte, comprime ces faisceaux, et les tubes nerveux subissent au-dessous du point altéré la série des transformations que l'on observe dans le segment périphérique d'un nerf sectionné. Ces transformations seront étudiées dans le paragraphe suivant.
Les nerfs des membres paralysés, dans les hémiplégies anciennes accompagnées de contracture des extrémités. off"rent une augmentation de volume très manifeste qui peut même aller jusqu'à doubler leuj' diamètre. Les tubes nerveux ont conservé leur structure normale et l'hypertrophie tient uniquement à l'épaississement du tisssu conjonctif.
Pour étudier le développement des néoplasmes inflammatoires ou autres dans les nerfs, il ne suffit pas de les disséquer ou de les dissocier, il faut encore y pratiquer des coupes après les avoir fait durcir dans une solution d'acide chromique à 2 pour 4000. Sur les préparations obtenues à l'aide de cette méthode, il sera possible d'observer comment le tissu conjonctif périfasciculaire d'abord, la gaîne lamelleuse ensuite et finalement le tissu conjonctif intrafasciculaire sont successivement envahis par des cellules de nouvelle formation.
Des lésions qui surviennent a la suite de la section des nerfs. — Il faut avoir recours à l'expérimentation chez les animaux pour suivre les divers phénomènes qui se montrent à la suite de la section des nerfs. L'occasion de les étudier chez l'homme est rare, bien que, dans la guerre, les blessures des nerfs soient communes; mais alors les blessés succombent rapidement, ou bien ils guérissent. Dans ces derniers cas, ils éprouvent une série de symptôme»
que l'on peut retrouver pour la plupart chez les animaux soumis à l'expérimentation.
Quelques auteurs, Fôrster entre autres, parlent de la réunion immédiate des nerfs. Très probablement, ils se basent sur des faits cliniques vrais, à savoir, le rétablissement rapide de la sensibilité dans la zone qui correspond à un nerf sectionné. MM. Arloing et Tripier ont expliqué ces faits par l'existence de branches récurrentes périphériques; ils ont appuyé leur interprétation sur des observations anatomiques et sur des expériences physiologiques.
Chez les animaux, la section d'un nerf n'est jamais suivie d'une réunion immédiate, quand bien même on a réuni les deux segments par un point de suture. Il faut donc mettre en doute, aujourd'hui, une semblable réunion chez l'homme.
Lorsqu'un nerf a été coupé, son segment périphérique subit une dégénérescence spéciale, et, après un temps variable qui n'est pas inférieur à trois mois, il se régénère. Il s'est fait à ce moment une réunion des deux segments du nerf qui ne rentre dans aucun des modes admis par les chirurgiens. Ce n'est en effet ni une réunion immédiate ou par première intention, ni une réunion secondaire par l'intermédiaire de bourgeons charnus. Il s'agit là d'un évolution histologique toute spéciale.
Quarante-huit heures après la section chez le lapin, quatre jours après chez le chien, le segment périphérique du nerf a perdu son excilo-motricité, mais déjà avant cette époque, il est survenu dans le bout central et dans le segment périphérique des modifications importantes qui se poursuivent ensuite et conduisent finalement à la régénération du nerf d'abord dégénéré.
Dans une première période, en effet, le segment périphérique du nerf sectionné subit une série d'altérations qui ont été considérées comme étant de nature dégénérative. Dans la seconde, au contraire, les tubes nerveux qui ont été détruits, au moins dans leurs parties essentielles, font place à de nouveaux tubes nerveux qui reconstituent le nerf primitif.
Dégénération des nerfs sectionnés. — Les altérations qui surviennent dans le segment périphérique du nerf sectionné, pendant les jours qui suivent l'opération, ont été longtemps considérées comme étant absolument de nature dégénérative. Elles paraissent consister essentiellement dans une division de la myéline en fragments, en
DÉGÉNRHATION DES NRRFS SECTIONNÉS. 66^i
boules et en granulations qui, à la longue, disparaissent plus ou moins complètement par résorption.
Mais, en réalité, cette décomposition de la gaîne médullaire des lubes nerveux est la conséquence d'un travail actif du protoplasma des segments interannulaires ; de telle sorte que si nous conservons le nom de dégénération à ce processus qui aboutit à la destruction de la myéline, il importe de dire qu'il ne s'applique nullement à un processus passif.
Déjà vingt-quatre heures après la section du nerf, alors que les propriétés du segment périphérique sont encore conservées, on constate , dans les tubes nerveux , que le noyau de chaque segment interannulaire est gonflé et que le protoplasma qui l'entoure a subi un accroissement notable. La meilleure méthode pour constater ces faits consiste à dissocier le nerf après l'avoir laissé séjourner dans une solution d'acide osmique à 1 pour 100.
Au moment où survient l'abolition de l'excitabilité, c'est-à-dire quarante-huit heures après la section chez le lapin , quatre jours après chez le chien, les noyaux et le protoplasma des segments interannulaires ont déjà pris un accroissement considérable. Au centre de chacun de ces segments, le noyau et le protoplasma qui l'entoure se sont étendus et occupent à ce niveau tout le calibre du tube nerveux. La gaîne médullaire et le cylindre axe ont été coupés; le protoplasma s'est accumulé également sur différents points de la l<3ngueur du segment interannulaire, et, en s'avançant vers l'axe du tube nerveux, il a divisé la gaîne médullaire et le cylindre axe. La gaîne de myéline est donc interrompue, non seulement au niveau du noyau interannulaire, mais encore en différents autres points de la longueur du segment, quelquefois même a ses deux extrémités.
On voit donc qu'au moment même où le nerf perd ses propriétés, les cylindres axes, qui en sont les parties physiologiques essentielles, sont coupés et ne peuvent plus transmettre les incitations motrices. Le rapport est donc complet entre les phénomènes physiologiques observés et les altérations histologiques.
Ces lésions se complètent progressivement dans les jours suivants, de telle sorte qu'une semaine après la section, les tubes nerveux du segment périphérique montrent une décomposition de leur gaîne médullaire en fragments, en boules ou en granulations.
Le protoplasma des segments interannulaires est parsemé de fines granulations graisseuses qui se colorent en jaune noirâtre par l'acide
osmique, pendant que la myéline est colorée en noir bleuâtre sous l'influence du même réactif.
Les noyaux des segments interannulaires se sont multipliés : l'aciivité des cellules interannulaires se traduit donc non- seulement par l'accroissement de leur protoplasma et par l'hypertrophie de leurs noyaux, mais aussi par la multiplication de ces derniers.
A ce moment les cylindres axes sont décomposés en une série de fragments plus ou moins éloignés les uns des autres, plus ou moins repliés et contournés, chacun d'eux restant entouré d'une couche de myéline. Ainsi que nous l'avons déjà dit, cette destruction partielle du cylindre axe est consécutive à l'activité du protoplasma.
A la même époque (7" jour) on constate dans le tissu conjonctif interfasciculaire et dans les vaisseaux sanguins qui y cheminent des altérations qui ont commencé beaucoup plus tôt, mais qui sont maintenant très accusées. Elles consistent dans une transformation granulo-graisseuse des cellules connectives et des cellules endothéliales des capillaires sanguins.
Les granulations graissseuses qui se montrent dans ces différents éléments cellulaires proviennent vraisemblablemeni de la myéline. La graisse de composition de cette substance, dissoute d'abord, a dû traverser en cet état la membrane de Schwann pour être fixée ensuite dans le protoplasma des cellules connectives et des cellules endothéliales des capillaires. Mais ce ne sont pas les seuls éléments cellulaires qui, compris entre les tubes nerveux, se sont chargés de granulations graisseuses ; à côté d'eux se montrent des cellules lymphatiques qui en ont absorbé et qui forment ainsi des corps granuleux.
Les cellules lymphatiques semblent avoir alors pour fonction de transporter dans la circulation générale une partie des déchets provenant de la dégénération de la gaine médullaire et des cylindres axes. Elles sont plus nombreuses dans le segment périphérique au voisinage de la section que dans le reste de son étendue, et, à ce niveau, elles sont chargées non seulement de granulations graisseuses, mais aussi de véritables gouttelettes de myéline; cette substance s'est échappée des tubes nerveux qui ont été divisés et elle a 3té prise par les cellules lymphatiques. Quelques-unes d'entre elles pénètrent même dans les tubes nerveux ouverts, cheminent dans leur intérieur et se chargent des granulations de myéline qu'elles rencontrent sur leur passage.
Cette migration des cellules lymphatiques dans l'intérieur des tubes nerveux est surtout marquée dans les jours qui suivent la sec-