RÉGÉNÉRATION DES NEUFS SECTIONNÉS
tion du nerf. Elle se rencontre non seulement à l'extrémité de son segment périphérique, mais encore dans le bout du segment central.
Les phénomènes auxquels elle donne lieu dans ce dernier segment doivent nous arrêter un instant. Il est un certain nombre d'observateurs (Neumann, Eichorst) qui ont soutenu que les altérations des tubes nerveux du segment central sont les mêmes que celles du segment périphérique. Ces auteurs qui ne connaissaient pas la migration des cellules lymphatiques dans les fibres à moelle, que nous avons découverte dans ces dernières années seulement, ont, sans aucun doute, confondu les modifications consécutives à cette migration et celles qui constituent la dégénération proprement dite des tubes nerveux du segment périphérique.
Dans tous les points du tube nerveux atteint par les cellules lymphatiques, la moelle est attaquée et mangée par elles. Le cylindre axe lui-même ne peut pas toujours leur résister et quelquefois il est partiellement détruit. Il en résulte des modifications de la fibre nerveuse qui diffèrent totalement des lésions dites dégénératives : la myéline, au lieu d'être simplement segmentée d'abord en gros fragments qui deviennent de plus en plus petits, est rapidement réduite en granulations fines qui, sous l'influence de l'acide osmique, prennent la coloration brun jaunâtre.
Généralement la migration des cellules lymphatiques dans le segment central s'arrête au premier étranglement annulaire. Quelquefois cependant elle le dépasse, mais elle ne remonte que très rarement au-delà du second segment.
Au bout de douze à dix-huit jours, lorsque la plaie du tissu cellulaire et des téguments s'est réunie par première intention, les deux bouts du nerf divisé, qui sont éloignés l'un de l'autre, sont renflés à leur extrémité et ils sont réunis par un tractus cicatriciel. Ce tractus cicatriciel qui est beaucoup plus mince que le nerf lui-même est grisâtre, légèrement translucide, et il a l'aspect d'un filet nerveux sans myéline ou d'un tractus de tissu conjonctif. Il n'y a pas encore soudure des parties essentielles du nerf, mais le chemin de la régénération est tracé.
Régénération des nerfs sectionnés. — La régénération du nerf ou plutôt les phénomènes qui la préparent commencent dans le bout du segment central peu de temps après la section ; mais c'est seulement après plusieurs semaines qu'elle atteint le segment périphérique, et elle s'y poursuit ensuite pendant plusieurs mois.
Dans le bout du segment central , deux ou trois jours après l'opération chez le lapin, les cylindres axes des tubes nerveux s'hypertrophient au voisinage de la section. Ils paraissent alors très nettement composés de fibrilles (fibrilles nerveuses élémentaires). Plus tard, ils se divisent suivant leur longueur, bourgeonnent et s'étendent dans le cordon cicatriciel. Ces fibres nerveuses, alors sans moelle, qui résultent du bourgeonnement des cylindres axes anciens, se divisent et se subdivisent de telle sorte qu'un seul tube nerveux peut donner ainsi naissance à un nombre plus ou moins considérable de fibres nerveuses nouvelles. Plus tard encore, à une époque qui ne peut pas être fixée absolument, car le processus a une marche variable, les fibres nerveuses, jusque là sans moelle, se recouvrent d'une gaine médullaire et prennent tous les caractères des tubes nerveux à myéline. Ils possèdent une gaine de Schwann et des segments inter-annulaires, mais ces derniers sont relativement très courts. C'est seulement lorsqu'ils ont revêtu tous ces caractères que les tubes nerveux peuvent être facilement suivis dans les préparations obtenues par dissociation après l'action de l'acide osmique.
Après qu'ils ont ainsi cheminé dans le cordon cicatriciel, on les voit atteindre le bout renflé du segment périphérique et y pénétrer. Ils y sont complètement isolés au milieu des anciens tubes dégénérés, ou bien, ce qui est le plus fréquent, ils pénètrent dans leur intérieur. Quand on dissocie le segment périphérique alors que la régénération l'a largement atteint, du soixante-dixième au centième jour chez le lapin, on trouve d'anciens tubes nerveux dans lesquels la myéline a presque entièrement disparu, sauf en certains points où elle existe encore sous la forme d'amas granuleux. Dans ces tubes, se trouvent comprises une, deux, trois et même parfois un nombre plus considérable de fibres nerveuses à myéline, minces, à segments interannulaires courts ; à côté d'eux se trouvent des libres sans moelle. Remak, qui, jadis, avait observé ce fait important, l'expliquait par une génération endogène résultant d'une segmentation longitudinale de l'ancien cylindre axe qui aurait été conservé. Mais nous savons aujourd'hui que, dans le segment périphérique des nerfs sectionnés, les cylindres axes, d'abord fragmentés, sont ensuite résorbés complètement. On ne peut donc plus admettre finterprétation de Remak, et dès lors nous avons été conduits à proposer la suivante :
Les tubes nerveux de nouvelle formation, développés dans l'intérieur des anciens qui ont été dégénérés, ne résultent pas simplement d'une genèse sur place, mais ils proviennent de bourgeons des cylin-
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dres axes du segment central qui, poursuivant leur développement, atteignent le cordon cicatriciel d'abord, puis le segment dégénéré et s'étendent soit dans l'intérieur des anciens tubes nerveux, soit entru ces derniers.
La membrane de Schwann, les éléments cellulaires qui la doublent et la gaine de myéline seuls se formeraient aux dépens des éléments cellulaires prolifères qui sont accumulés dans l'intérieur des anciens tubes (i).
Waller a montré par des expériences ingénieuses et nombreuses que la cause de la dégénérescence du segment périphérique d'un nerf sectionné doit être recherchée dans sa séparation d'avec son centre trophique.
La nutrition des nerfs est, en effet, sous la dépendance de cellules nerveuses ou ganglionnaires qui jouent, par rapport aux nerfs, le rôle de centres trophiques, de telle sorte que les nerfs dégénèrent quand on les en a séparés. C'est ainsi que les racines motrices de la moelle ont leurs centres trophiques dans la moelle elle-même, tandis que les racines postérieures ont leurs centres trophiques dans les ganglions spinaux. Aussi, si l'on coupe les deux racines d'une paire nerveuse dans le canal vertébral, le segment périphérique de la racine antérieure et le segment médullaire ou central de la racine postérieure sont seuls dégénérés. Si l'on coupe un nerf mixte à sa sortie du canal vertébral, il dégénère dans toute la partie qui a été -séparée des centres nerveux.
Tumeurs des nerfs. — Outre les névromes myéliniques et amyéliniques (voy. p. 280), on observe dans les nerfs des fibromes (voy. p. 192) et des myxomes (voy. p. 184) que l'on désignait autrefois et que les chirurgiens français désignent encore, sous le nom de névromes. Ces désignations appliquées aux fibromes et aux myxomes des nerfs, acceptées à une époque où les médecins ne connaissaient pas encore la véritable nature de ces tumeurs, doivent être absolument rejetées. Que dirait-on d'un nosologiste qui appellerait adénome toutes les tumeurs des glandes, ostéomes, toutes les tumeurs des os, myomes, toutes les tumeurs des muscles, etc.?
Le carcinome eiVépithéliome envahissent le plus souvent les nerfs par suite de la propagation d'une tumeur développée primitivement
(1) Pour de plus amples détails, voyez L Ranvier, Leçons sur Vhistologie du système nerveux, 1878.
dans une région voisine. Le tissu conjonctif périfasciculaire est d'abord atteint, la gaîne lamelleuse est dissociée par la néoformation (voy. fig. 257, e), les tubes nerveux subissent la dégénérescence grais-
FiG. 257. — Coupe transversale du nerf scialique dans un cas d'e'pithéliome à cellules cylindriques propagé de l'utérus à ce nerf.
],e tissu conjonctif interfasciculaire N est parcouru par les lobules épiihéliau.'c de nouvelle formation E, qui se développent aussi dans la gaîne lamelleuse. Les faisceaux nerveux M sont au contraire respectés. — Grossissement de -iO diamètres.
seuse et disparaissent. Fôrster a observé des carcinomes primitifs des nerfs, qui, ayant au début le volume d'une lentille, auraient amené, en se développant, la destruction complète du nerf.