‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 175 sur 199 · GOMMES SYPHILITIQUES DES MÉNINGES · texte numérisé non relu

GOMMES SYPHILITIQUES DES MÉNINGES

Ces bourgeons occupent à la face externe de la dure-mère une étendue plus ou moins considérable; ils sont loi^és dans des pertes de substance de l'os et se continuent directement avec le tissu médullaire.

Leur structure est celle des bourgeons inflammatoires. Le tissu médullaire enflammé, les lamelles osseuses du diploë en voie de résorption, présentent à considérer les mêmes détails histologiques que nous avons décrits dans l'ostéite raréfiante (voyez page 394). A leur contact avec les lamelles osseuses, les bourgeons nés de la dure-mère et le tissu médullaire enflammé présentent une grande quantité de cellules géantes logées dans les encoches qui succèdent à la résorption du tissu osseux.

Dans les faits où celte pachyméningite externe syphilitique est très intense, l'ostéite se propage jusqu'à la surlace externe de l'os, le périoste épicrânien présente des bourgeons analogues à ceux de la dure-mère, et l'os tout entier est percé de trous comme une écumoire.

Tumeurs des méninges. — Fibromes. — On peut décrire avec les fibromes les corpuscules de Pacchioni, qui, se développant en grand nombre, forment de véritables tumeurs capables de déterminer même la perforation des os du crâne, et qui contiennent des vaisseaux sanguins plus ou moins nombreux, plus ou moins dilatés.

Ces corpuscules sont composés de lames de tissu fibreux et de cellules aplaties, analogues à celles qui constituent les plaques fibreuses de la rate (fibromes lamellaires, voyez page 188). Ces corpuscules, qui existent à l'état normal, n'acquièrent d'importance pathologique que par leur développement exagéré qui paraît lié parfois à l'alcoolisme. Leur structure est très caractéristique et n'a rien de commun avec celle des granulations tuberculeuses, avec lesquelles on a pu les confondre. Ces petites tumeurs s'incrustent souvent de sels calcaires.

On a vu des fibromes vrais adhérents à la dure-mère, mais ils sont rares.

Kystes. — On trouve fréquemment dans les plexus choroïdes de petits kystes séreux qui se développent aux dépens de bourgeons vasculaires;on en rencontre d'analogues dans le tissu cellulaire sousarachnoïdien, surtout au voisinage du quatrième ventricule.

Gommes syphilitiques. — Les méninges cérébrales sont assez souvent le siège de gommes.

A la face externe de la dure-mère elles ont la forme de petites tumeurs sphériques, d'un volume variable, habitueUement delà gros-

seur d'un petit pois. Elles sont logées dans des cavités creusées dans les os du crâne. Leur centre est caséeux lorsqu'elles sont anciennes. Ces gommes de la dure-mère et du crâne peuvent être suivies de tous les accidents d'ostéite et de nécrose, avec formation de clapiers purulents, que nous avons déjà décrits (voyez page 405).

Les gommes de la pie-mère et de l'arachnoïde, qui sont beaucoup plus rares que celle de la dure-mère, peuvent acquérir un volume assez considérable. Elles se développent alors du côté de la substance cérébrale qu'elles envahissent dans une étendue plus ou moins grande et elles déterminent autour d'elle un foyer limité d'encéphalite.

Tubercules. — Ils n'existent ordinairement que dans la pie-mère et dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien. Cependant on peut en rencontrer dans les fausses membranes de la dure-mère.

Sarcomes. — Ils sont communs dans la dure-mère, qui présente alors consécutivement les lésions de la pachyméningite, et ils peuvent, comme ceux du cerveau, se présenter sous deux formes différentes : les sarcomes névrogliques, qui se développent souvent sur le trajet des nerfs crâniens, et les sarcomes angioiithiques, que l'on observe fréquemment à la face interne de la dure-mère, dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien et dans les plexus choroïdes (voyez pages 165 et 166).

Carcinomes et èpithéliomes. — Ils sont très rares dans les méninges, où ils sont toujours secondaires.

Toutes les tumeurs de la dure-mère peuvent perforer les os du crâne.

Ces perforations ne sont pas spéciales aux gommes syphilitiques, et des sarcomes ou des carcinomes peuvent, en se généralisant, déterminer des lésions analogues. Aussi l'inspection d'un crâne sec montrant des pertes de substance tout à fait semblables à celles que les gommes y produisent ne permet pas d'affirmer la nature du néoplasme dont elles sont la conséquence.

§ o. — Altérations du cerveau et du cervelet.

V anémie cérébrale est caractérisée uniquement par la pâleur de la substance nerveuse; elle n'est pas accompagnée de modifications appréciables des éléments.

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Congestion cérébrale. — La congestion cérébrale, lorsqu'elle a duré un certain temps, laisse toujours des traces après la mort. L'injection des vaisseaux est toujours très prononcée ; les circonvolutions sont rosées, augmentées de volume, et parfois tellement serrées les unes contre les autres, que les sillons qui les séparent sont presque complètement eftacés.

A la surface du cerveau il existe quelquefois des taches ou des pla^ ques rougeâtres , dont la coloration rappelle celle des fleurs de l'hortensia, d'où le nom de plaques couleur hortensia. Si l'on divise le cerveau à leur niveau, on voit que la substance corticale est d'un gris rosé, et que la substance blanche est criblée de points rouges qui correspondent à la section des capillaires gorgés de sang. Ces points rouges , lorsqu'ils sont nombreux et très rapprochés les uns des aulres, constituent ce qu'on a appelé Yétat sablé du cerveau.

Si l'on examine au microscope des parties enlevées sur ces plaques hortensia, on reconnaît des globules rouges et même des granulations pigrnentaires jaunes ou rouges dans les gaines périvasculaires. Elles sont accumulées en plus grande abondance au niveau de l'angle de bifurcation des vaisseaux, là où la gaine est séparée df la paroi vasculaire par un espace plus considérable.

Les cellules nerveuses et les éléments de la névroglie ne sont ou tout au moins ne paraissent pas altérés, ni dans les plaques hortensia, ni autour d'elles. Notons en passant que les congestions répétées qui accompagnent la méningo-encéphalite diffuse provoquent une pigmentation des cellules nerveuses.

Œdème du cerveau. — On a désigné sous le nom d'œdème du cerveau une accumulation de liquide dans les cavités des ventricules et dans la cavité sous-arachnoïdienne, accompagnée d'anémie et d'un ramollissement de la voûte à trois piliers. On ne connaît aucune lésion histologique qui réponde à cet état, dû simplement à l'imbibilion de la substance cérébrale par de la sérosité.

La cause principale de l'œdème est la compression des veines de Galien, autour desquelles se sont développées des granulations tuberculeuses. Aussi le ramollissement de la voûte à trois piliers, qui coïncide avec une accumulation de sérosité dans les ventricules, est-il la règle dans les cas de méningite tuberculeuse.

Lésions du cerveau dans la mélanémie. — Dans la mélanémie palustre, les capillaires du cerveau contiennent un assez grand

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nombre de cellules lymphatiques chargées de pigment noir pour que la circulation y soit entravée. Les artérioles elles-mêmes peuvent être plus ou moins remplies des mêmes éléments et forment parfois alors de petits anévrysmes dont la paroi est pigmentée.

Hémorrhagie cérébrale. — Les hémorrhagies cérébrales sont tantôt consécutives à des altérations du sang, comme cela a lieu dans les fièvres graves, dans la variole, dans le scorbut, dans la leucocythémie, etc.; tantôt elles sont liées à des altérations du cœur et des vaisseaux. L'hypertrophie du cœur coïncidant avec une induration athéromateuse des parois de l'aorte, de la carotide interne et des branches de l'hexagone artériel de la base du cerveau, a été regardée comme une cause très commune d'hémorrhagie cérébrale. Il est de fait que, dans ces conditions, les artères ayant perdu leur élasticité ne peuvent plus rendre continue l'ondée sanguine saccadée envoyée par chaque systole ventriculaire. L'impulsion saccadée du sang, transmise alors dans les capillaires cérébraux, est, selon toute probabilité, une des causes de la dilatation de ces petits vaisseaux et de leur rupture. Mais la lésion la plus commune qui coïncide avec les hémorrhagies et qui peut être regardée comme leur cause prochaine, consiste dans des dilatations anévrysmales des petites artères et des capillaires de l'encéphale. Ces dilatations portent tantôt sur les capillaires, où elles ont été étudiées d'abord par Pestallozzi et Kôlliker, etc. (voyez page 615), tantôt sur les artérioles; elles ont été décrites dans ces dernières années par Charcot et Bouchard, qui ont bien fait ressortir l'importance de leur rôle dans la pathogénie des hémorrhagies cérébrales (voyez page 615).

Ces hémorrhagies peuvent se présenter sous deux formes distinctes : l'hémorrhagie capillaire et l'hémorrhagie en foyer.

Vhémorrhagie capillaire, apoplexie capillaire de Gruveilhier, siège tantôt dans les circonvolutions, tantôt dans les parties centrales du cerveau. La portion du cerveau qui en est atteinte est ramollie et parsemée de petits points rouges qui ressemblent au premier aspect à des gouttelettes de sang coagulé. Lorsqu'on dissèque le tissu cérébral avec des aiguilles au niveau des points rouges, on voit qu'ils correspondent à des vaisseaux qu'on peut poursuivre et isoler dans une certaine longueur. Autour de ces points, le tissu cérébral est légèrement ramolli et coloré en rouge clair.

Si, après l'avoir isolé, on l'examine au microscope, avec le vais-

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