CHAPITRE XV
LÉSIONS DE LA MOELLE ÉPINIÈRE § 1. — nistologie normale.
Configuration de la moelle épinière. — La moelle épinière, située au milieu du canal vertébral, est entourée de membranes analogues à celles du cerveau, qui sont la dure-mère, l'arachnoïde, le tissu conjonctif sous-arachnoïdien et la pie-mère. Le liquide céphalo-rachidien est compris dans le tissu sous-arachnoïdien.
La moelle est allongée sous la forme d'un cordon à peu près cylindrique et elle présente deux renflements, le renflement cervical et le renflement lombaire. Elle se termine en cône à sa partie inférieure, où elle se contmue avec ie iiium terminale.
La pie-mère, très épaisse, lui adhère intimement. Au-dessous de cette membrane, on distingue à sa surface plusieurs sillons longitudinaux qui sont le sillon médian antérieur, le sillon médian postérieur, et les sillons latéraux d'où naissent les racines antérieures et postérieures. Ces racines, à leur émergence de la moelle, se réunissent pour entrer dans les trous de conjugaison ; les postérieures sont, à leur sortie de la dure-mère, en rapport avec les ganglions rachidiens. Les racines postérieures sont notablement plus grosses que les antérieures.
Les deux sillons antérieur et postérieur divisent la moelle en deux moitiés symétriques réunies par une commissure.
On appelle cordons antérieurs les faisceaux blancs de la moelle compris entre le sillon antérieur et les racines antérieures; cordons postérieurs, les faisceaux compris entre le sillon longitudinal postérieur et les racines postérieures, et cordons latéraux, toute la région de l'écorce de la moelle, limitée en avant par les racines antérieures et en arrière par les racines postérieures.
Sur une section transversale, la moelle montre une substance blanche périphénque et une substance grise centrale. Celle-ci affecte a forme d'un H dont les deux branches antérieures constituent les
cornes antérieures, et les branches postérieures les cornes postérieures, la ligne horizontale représentant la commissure grise.
Structure de la moelle. — L'écorce blanche de la moelle qui forme les cordons antérieurs, latéraux et postérieurs, est composée en majeure partie de fibres nerveuses à myéline dont la direction est longitudinale. Aussi, sur une coupe transversale (1), elles apparaissent comme autant de petits cercles au centre desquels est la section du cylindre d'axe. Les fibres obliques et horizontales se trouvent dans la commissure blanche, dans le cordon postérieur et le cordon latéral, au voisinage de la corne postérieure et aux points d'émergence des racines nerveuses.
La substance grise des cornes antérieures et postérieures contient une grande quantité de cellules nerveuses dont la disposition et la forme varient suivant les points des cornes antérieures et postérieures que l'on considère.
Les cellules nerveuses des cornes antérieures, appelées cellules motrices en raison de ce qu'on connaît aujourd'hui sur leurs fonctions, sont, de toutes, les plus considérables; si bien qu'on peut les distinguer à l'œil nu lorsqu'elles sont colorées et isolées. Elles possèdent un grand nombre de prolongements ramifiés ou protoplasmiques,etun seul prolongement qui ne se ramifie pas, prolongement cylindraxile ou de Deiters (voyez a, fig. 20, page 34). Elles forment, dans les cornes antérieures, des groupes distincts , surtout au niveau des renflements cervical et lombaire. Les cellules située§ à la partie la plus antérieure des cornes antérieures se décomposent
(1) Pour étudier la moelle, soit à Tétat normal, soit à l'état pathologique, il faut d'abord examiner ses différents éléments, les cellules des cornes antérieures et des cornes postérieures, et les tubes nerveux par la dissociation à l'état frais et avec l'aide des substances colorantes (carmin, picrocarminate d'ammoniaque et acide osmique). L'examen à l'état frais ne peut pas être suppléé par l'étude des coupes de la moelle, car il est des éléments qu'on ne peut bien voir que de cette façon, par exemple les cellules en dégénérescence graisseuse et les corps granuleux. Mais la disposition des éléments, leur groupement, les modifications pathologiques, telles que Tatrophie de certains groupes de cellules ou d'un faisceau, et surtout les scléroses ou hypertrophies du tissu conjonctif de la moelle, ne peuvent être bien apprécfëes que sur des coupes. C'est le plus souvent aux coupes horizontales qu'on a recours. Elles nécessitent le durcissement préalable de la moelle. Pour arriver à ce durcissement, on emploie diverses méthodes, soit Tacide chromique en solution à 2 pour 1000 et changée souvent, soit la liqueur de Millier, soit le bicromate de potasse ou le bicromate d'ammoniaque ; soit l'alcool d'abord pendant vingt-quatre heures, suivi de l'action de l'acide chromique ou des bichromates. Il ne faut pas moins de deux ou trois mois pour obtenir un bon durcissement. Les coupes minces exécutées sur des tronçons de moelle ainsi durcie sont colorées au carmin ou au picrocarminate, puis éclaircies par l'action successive de l'alcool et de Tessence de térébenthine ou de girofle, et conservée? dans le baume de Canada ou la résine Damar.
en un groupe anléro-interne et un groupe antéro-externe ; ce dernier est séparé, au niveau des renflements, en plusieurs groupe? distincts. A l'angle saillant en dehors que fait la corne antérieure à sa partie postérieure, il existe un autre groupe de cellules moins volumineuses.
Les colonnes de Clarke (noyaux dorsaux de Stilling), situées à l'union des cornes antérieures et postérieures, possèdent un assez grand nombre de cellules nerveuses de moyenne dimension.
Les cornes postérieures et la substance gélatineuse de Rolando renferment des cellules nerveuses plus petites, la plupart fusiformes, avec deux ou trois prolongements.
Les cornes postérieures se prolongent en s'effdant jusque dans les racines postérieures, tandis que les cornes antérieures n'arrivent pas jusqu'à l'écorce de la moelle. Les racines sensitives pénètrent dans les cornes postérieures en passant, en partie du moins, par la substance gélatineuse, où ailes forment de petits faisceaux séparés.
La commissure grise, située en arrière de la commissure blanche, ôst percée en son milieu par le canal de l'épendyme, qui se continue en haut avec le quatrième ventricule, en bas avec le filum terminale. Ce canal, dont la cavité est habituellement effacée, est tapissé d'une couche de cellules cylindriques. De chaque côté on voit deux gros troncs artériels et veineux. En arrière du canal de l'épendyme est la commissure postérieure, de couleur grise, bien qu'elle soit traversée par quelques fibres nerveuses à direction transversale.
Le tissu conjonctif de la névroglie, qui se continue jusqu'à la piemère et qui sert de soutien aux vaisseaux qui rayonnent de la circonférence au centre, entoure tous les tubes nerveux des cordons blancs . Il est assez abondant dans la substance grise des cornes, ainsi que dans la commissure postérieure, autour du canal central et au niveau sillon longitudinal postérieur; il est constitué essentiellement par des fibres minces extrêmement longues. Ce tissu contient en outre des cellules plates ou arrondies, qui sont nombreuses surtout dans la substance grise.
Les cordons blancs longitudinaux de l'écorce de la moelle peuvent être divisés, comme nous l'avons déjà dit, en antérieurs, latéraux et postérieurs. Mais on divise encore chacun de ces cordons en deux faisceaux secondaires. On distingue, par exemple, le faisceau antérieur interne et le faisceau antérieur externe, le faisceau latéral antérieur et le faisceau latéral postérieur.
Cette division, un peu arbitraire, n'est bien visible à l'extérieur de