TRAJET PROBABLE DKS FIBRES DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
la moelle que pour les cordons postérieurs, qui sont séparés en deux faisceaux par le sillon postérieur intermédiaire. On appelle cordon de GoU le faisceau compris entre le sillon longitudinal médian postérieur et le sillon intermédiaire, et cordon cunéiforme, celui qui est contigu à la corne postérieure. Ce dernier, qui confine aux cornes postérieures et qui est traversée par les fibres des racines postérieures, porte aussi le nom de zone radiculaire postérieure.
Trajet probable des fibres de la moelle. — Si l'on connaît assez bien la structure des élémenls isolés de la moelle, cellules et tubes nerveux, on est très peu avancé relativement à leurs connexions réciproques, et l'on est réduit à peu près uniquement aux hypothèses plus ou moins rationnelles basées sur les faits physiologiques et pathologiques.
On sait que chaque cellule nerveuse des cornes antérieures est en relation avec un tube nerveux des racines antérieures par son prolongement de Deiters, et que les nombreux prolongements ramifiés qui en partent se perdent dans le tissu de la névroglie ou se continuent avec des prolongements émanés de cellules voisines. On considère les faisceaux blancs des cordons antéro-latéraux comme récepteurs des incitations motrices émanant de l'encéphale et des cornes antérieures de la moelle.
Les racines postérieures se rendent dans les cornes postérieures. Leurs fibres les plus externes passent entre les fibres longitudinales pour entrer dans la substance grise, puis traversent la substance gélatineuse et se coudent pour prendre la direction verticale dans les cordons postérieurs. Elles pourraient même s'infléchir pour se rendre dans la partie antérieure de la corne postérieure ou même dans la corne antérieure. Les libres internes des racines postérieures se recourberaient en arc ou en S, se dirigeraient horizontalement à travers la portion externe des cordons postérieurs, et pénétreraient dans la partie antérieure des cornes postérieures ou se perdraient dans les cornes antérieures. Il ne paraît pas douteux qu'elles puissent se terminer dans les cellules des colonnes de Clarke.
En examinant la moelle de la région cervicale à la région lombaire, on voit les faisceaux blancs diminuer d'épaisseur relativement à la substance grise. Ils sont en effet renforcés de bas en haut par les nerfs qui se rendent en partie aux centres gris de la moelle, en partie au cerveau et au cervelet.
§ 2. — ^altérations histologlques des méninges rachidiennes.
Bien que la plupart des données générales exposées plus haut à propos des méninges cérébrales s'appliquent aussi aux enveloppes de la moelle, comme elles offrent parfois des lésions qu'on ne trouve pas dans les premières ou qui en diffèrent notablement, nous croyons qu'il est utile de leur consacrer une description spéciale.
Hémorrhagie des méninges rachidiennes. — Des épanchements sanguins plus ou moins considérables peuvent siéger tantôt autour de la dure-mère, entre cette membrane et le canal osseux ; tantôt dans la cavité de l'arachnoïde ou dans les espaces sous-arachnoïdiens. Dans le premier cas le sang est répandu et en partie coagulé dans le tissu cellulo-adipeux et autour des racines nerveuses. Dans le second, il existe, soit de simples ecchymoses à la surface interne de la dure-mère, soit de véritables épanchements sanguins plus ou moins étendus. Ces héraorrhagies reconnaissent pour cause des traumatismes directs ou indirects, des lésions des vaisseaux et parfois même des anévrysmes ; on en a rencontré aussi dans le tétanos, l'asphyxie et les méningites.
Méningites. — Nous ne reviendrons pas sur la méningite aiguë, ni sur la méningite cérébro-spinale épidémique, dont nous avons déjà indiqué les caractères à la page 680, mais nous devons donner ici la description des méningites spinales chroniques, qui diffèrent absolument des méningites cérébrales.
Les méningites spinales chroniques ne sont pas rares ; elles portent sur la dure-mère, l'arachnoïde et la pie-mère. La pachyméningite chronique se rencontre toutes les fois que des tumeurs inflammatoires ou autres, ayant leur point de départ dans les vertèbres ou dans les articulations vertébrales, proéminent du côté du canal rachidien et déterminent une irritation de la dure-mère. Il est deux formes de pachyméningite chronique qui doivent être traitées à part,' la pachyméningite cervicale hypertrophique et la pachyméningite tuberculeuse du mal de Pott.
A. Pachyméningite cervicale hypertrophique. — Cette lésion très rare, indiquée déjà par plusieurs auteurs, a été pour la première fois bien décrite par Charcot et Joffroy {Archives de Physiologie^ 1869).
PACHYMÉNINGITE CHRONIQUE TUBERCULEUSE. 711
La moelle cervicale et ses enveloppes constituent un renflement fusiforme qui remplit le canal rachidien et qui adhère aux ligaments vertébraux. Les méninges, épaissies et adhérentes entre elles, forment avec la moelle qu'elles entourent une masse dans laquelle on ne peut plus les isoler les unes des autres. Sur une coupe transversale comprenant toute la tumeur, on trouve la dure-mère considérablement épaissie, mesurant plusieurs millimètres. Lorsque la ligne de démarcation entre la dure-mère et la pie-mère est encore visible, on constate que cette dernière est aussi très notablement épaissie. La moelle épinière déformée, aplatie, par exemple, d'avant en arrière, laisse cependant reconnaître assez distincteiîient parfois sa substance blanche de sa substance grise.
L'examen microscopique de la dure-mère a montré qu'elle est alors constituée par un grand nombre de lames de tissu conjonctif disposées en couches concentriques; sa structure est comparable à celle du tissu cornéen, ou mieux à celle des fibromes lamellaires.
Les fibres nerveuses des racines qui traversent la dure-mère ainsi modifiée sont plus ou moins comprimées et altérées elles-mêmes.
Au milieu de cette enveloppe de tissu fibreux, formée en grande partie par la dure-mère, la moelle est elle-même très compromise. A sa périphérie, par exemple, la substance blanche peut être sclérosée et être devenue grise et semi-transparente au point de se différencier à peine de la substance grise centrale.
L'examen histologique des parties sclérosées de la substance blanche y fait voir toutes les lésions de la sclérose de la moelle qui seront décrites plus loin. C'est à peine si, dans certains segments de la moelle, on peut retrouver des îlots de substance grise et de substance blanche; ailleurs les lésions sont moins prononcées. Cette destruction partielle plus ou moins étendue de la moelle cervicale détermine des dégénérescences secondaires au-dessous et au-dessus de la partie malade, dégénérescences qui sont ascendantes dans les cordons postérieurs et descendantes dans les cordons antérieurs, ainsi que nous le verrons bientôt.
B. PACHYMÉNINGITE CHRONIQUE TUBERGULEUSe DU MAL DE POTT. —
Dans la plupart des observations de mal de Pott, avec ostéite tuberculeuse ou avec arthrite fougueuse, la dure-mère est plus ou moins atteinte. Il est rare qu'elle ne soit pas tout au moins épaissie, et couverte à sa face externe, au niveau des vertèbres malades, par du pus caséeux qui y forme une couche plus ou moins épaisse. Elle
•est habiluellement recouverte à sa face externe de bourgeons en forme de champignons d'un gris sale, infdtrésde puscaséeux {pachiméningite externe caséeuse). Le ligament vertébral antérieur esl ■dissocié, détruit par place, de telle sorte que le pus venu des vertèbres et celui qui est sécrété à la surface de la dure-mère occupent un clapier dont les parois sont formées par la surface externe de la dure-mère et par le canal osseux. Ce clapier communique souvent avec une poche pleine de pus qui lait saillie au-devant de la colonne vertébrale, au-dessous du ligament vertébral commun antérieur.
L'inllammation de la dure-mère se limite exactement aux parties des vertèbres altérées. Cette membrane est infiltrée, soit dans ses cou ches externes seulement, soit dans sa totalité, par de nombreuses cellules embryonnaires. Lorsqu'elle est intéressée dans toute son épaisseur, sa surface interne, en contact avec l'arachnoïde et la piemère, présente aussi des signes manifestes d'inflammation ; Yulpian y a vu des néo-membranes vascularisées.
Michaud (thèse de doctorat, De la méningite et de la myélite dans le mal vertéhral)^ qui a fait l'étude histologique de plusieurs de ces faits de pachyméningite, a vu que les couches profondes de la duremère étaient infiltrées d'éléments embryonnaires entre les lames et faisceaux fibreux, tandis que les bourgeons saillants à la surface externe présentaient les mêmes éléments pressés en couches épaisses et infiltrés de granulations graisseusses. li a, de plus, noté, dans l'épaisseur de la néoformalidn , de petits foyers contenant des cellules rondes et en dégénérescence graisseuse, et il les a regardés comme des foyers purulents microscopiques.
L'un de nous ayant observé plusieurs de ces faits a trouvé dans la dure-mère épaissie, dans les bourgeons caséeux de sa surface externe et même au niveau de sa surface interne, des granulations tuberculeuses aux différents stades de leur évolution. Ces granulations, qui étaient très caractéristiques, étaient isolées ou confluentes et contenaient de nombreuses cellules géantes (1). Certaines d'entre elles subissaient la fonte caséeuse. Il est probable que, dans la majorité
(1) Dana une première observation présentée par l'un de nous à la Société de biologie, {Comptes rendus, 1873, p. 363), il y avait, au milieu de la ilure-mère enflammée, des r.avités remplies de cellules épithélioïdes assez volumineuses. Ces cavités avaient été prises d'abord pour des sections de vaisseaux lymphatiques enflammés. Plus tard, nous avons eu â notre disposition d'autres faits de pachyméningite dans lesquels les bourgeons et le tissu embryonnaire épaissi de la dure-mère présentaient des granulations tubercuieuses très bien caractérisées. En examinant alors à nouveau les coupes de la dure-mère ■^QÏ 3e rapportaient à a première observation, nous avons reconnu aisément que les ca-