DÉGÉNÉRESCENCE VITREUSE DES MUSCLES
Les cylindres dits fibrinciix de la maladie de Bright paraissent formés par une substance très analogue à celle des kystes : même rclVingence, même coloration facile par le carmin, résistance analogue à l'acide acétique.
Nous rattachons aux substances colloïdes, ainsi que nous l'avons déjà fait pressentir, la dégénérescence vitreuse des muscles (dégénérescence cireuse de Zenker).
FiG. 33. — Fibi-es musculaires en dégéiiérosconcc vitreuse. — a, faisceau altéré ; b, cellules adipeuses. Grossissement de 300 diamètres.
Dans celle-ci les fibres musculaires se gonflent et deviennent transparentes ; elles présentent des cassures transversales et longitudinales; la substance nouvelle qui détermine ces changements physiques se colore par le carmin, se gonfle légèrement par l'acide acétique qui en fait disparaître les fentes. Cette altération s'observe dans la fièvre typhoïde et dans beaucoup d'affections des muscles, quelle que soit leur cause (fièvres éruptives, tumeurs, abcès, etc.).
Nous retrouvons des caractères semblables dans les cellules épithéliales ayant subi la dégénérescence dite fibrineuse de Wagner, lésion importante des muqueuses atteintes de diphthérite. Les cellules obtenues par la dissociation des pseudo-membranes diphthéritiques ont pris un aspect vitreux, transparent ; elles montrent des prolongements,
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se colorent très facilement dans le picrocarminate d'ammoniaque et se gonflent très légèrement dans l'acide acétique.
Dans les tumeurs (épithéliome, sarcome, carcinome, etc.), les transformations muqueuses et colloïdes des cellules sont très communes. Lorsqu'elles existent, elles détruisent les éléments cellulaires
FiG. 34. — Cellules épithélialcs des fausses membranes diplillie'ritimius.
et le tissu ; elles arrivent à former des cavités anfractueuses pleines de matière muqueuse qu'on peut extraire et dont on peut constater les réactions; cette lésion est très commune dans les sarcomes, les carcinomes, les fibromes, les myxomes, etc. Dans certains épithéliomes et quelquefois dans les kystes, on constate les caractères de la matière colloïde. Ces transformations muqueuses et colloïdes des tumeurs servent alors à établir dans chacune d'elles des variétés.
E. Infiltration amyloïde.
On donne le nom de substance amyloïde à une matière albuminoïde disposée tantôt sous forme de globes à couches concentriques, tantôt infiltrée dans les cellules et les tissus, matière qui possède la propriété de se colorer en rouge acajou dans l'eau iodée. Quelque faible que soit la solution employée, cette substance se colore fortement, tandis que les tissus voisins sont à peine teintés en jaune. Souvent, après la coloration par l'iode, on obtient une couleur bleue, verte ou violette, en ajoutant de l'acide sulfurique. Avec le violet de méthylaniline ou violet de Paris (violet de Lauth) on décèle tout aussi bien qu'avec l'iode les parties atteintes de dégénérescence amyloïde.
INFILTRATION AMYLOÏDE. 73
Le violet d'Hoffmann présente la même réaction. Il suffit de faire une solulion bien colorée de ces couleurs et de teindre une section mince de la pièce à l'état frais ou après son durcissement dans la liqueur de Mûllcr, l'acide picrique et l'alcool. Au contact de la préparation, le violet se dissocie en deux couleurs, rouge violacé et bleu violet. Toutes les parties amyloïdes sont colorées en rouge violacé, tandis que les portions normales sont colorées en bleu violet. Cette dissociation est parfaitement nette sur les parties élémentaires les plus fines, comme, par exemple, les fibrilles et les granulations, aussi bien que sur les cellules. Aussi permet-elle d'étudier dans tous ses détails le siège de la substance amyloïde.
Cette substance existe à l'état physiologique sous forme de granulations ou de masses plus ou moins considérables, à couches concentriques, dans la prostate; elle se montre sous forme de petits globes dans le système nerveux central, principalement à la périphérie de la moelle et à la surface du cerveau. Avant d'employer l'iode et l'acide sulfurique on ne saurait dire toujours si l'on a affaire à des productions colloïdes ou amyloïdes; la réfringence est en effet la même dans les deux cas, et les globes colloïdes présentent aussi souvent des couches concentriques.
A l'état pathologique, la matière amyloïde infiltre divers éléments. Elle se dispose alors d'une manière diffuse dans les cellules qui sont ensuite détruites, perdent leurs noyaux et se transforment en blocs amorphes, plus ou moins volumineux, ainsi qu'on l'observe souvent dans le foie et dans la rate. Mais le tissu le plus disposé à cette dégénérescence est le tissu musculaire lisse des petites artères et la membrane des capillaires.
Lorsque les cellules en dégénérescence amyloïde sont disposées de manière à limiter un canal, par exemple dans les vaisseaux sanguins et dans les canaux urinifères, elles se soudent, se fondent en une masse commune , amorphe ; la membrane du canal devient très épaisse; les éléments cellulaires se tuméfient et s'unissent de telle sorte que le calibre des vaisseaux et des tubes urinifères, dans certains de ces cas, devient très étroit.
La production de corpuscules amyloïdes dans le cerveau et la moelle s'effectue dans tous les processus inflammatoires chroniques de ces organes.
On rencontre cette substance sous forme d'infiltration diffuse dans les éléments du foie, de la rate, du rein, des ganglions lymphatiques, des vaisseaux de l'intestin, du poumon, etc. ; dans un assez grand
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nombre de suppurations chroniques , surtout lorsque la suppuration est liée à la scrofulose, à la tuberculose ou à la syphilis.
F. Adiposité ou surcharge graisseuse et dégénérescence graisseuse.
Les matières grasses se rencontrent dans l'organisme sous deux états. Elles sont combinées intimement avec d'autres substances, et elles ne peuvent être alors décelées que par l'analyse chimique : telle est la graisse de composition des éléments. D'autres fois elles apparaissent au microscope sous forme de granulations et de gouttelettes. Les causes qui font apparaître la graisse de constitution ou graisse larvée ne nous sont pas encore bien connues. Cependant, pour certaines cellules, nous avons pu constater qu'il suffit de la mort des éléments pour rendre la graisse apparente. Nous rappellerons à ce sujet ce que nous avons dit de l'apparition de la graisse dans les viscères des fœtus ayant macéré dans le sein maternel <p. 62 et 6â).
Les granulations graisseuses se présentent au microscope comme des corps sphériques, de dimension très variable, fortement réfringents, transparents, incolores ou un peu jaunâtres, s'accusant par un contour très ombré à la lumière transmise. La graisse est insoluble dans l'acide acétique, dans la potasse à 40 pour 100; elle se dissout au contraire dans l'alcool absolu, l'éther et le sulfure de carbone. Elle ne se colore pas par le carmin, se colore en brun par l'iode et en noir par l'acide osmique.
Lorsque la graisse séjourne dans l'organisme et qu'elle n'est plus ■soumise aux échanges nutritifs ayant pour organes les cellules, elle se décompose et donne des acides gras et de la cholestérine. L'acide stéarique (voy. fig. 23) cristallise en aiguilles rhomboïdales isolées ou rayonnant à partir d'un point central de manière à figurer le Iruit du châtaignier. Les cristaux de cholestérine se présentent sous forme de lames rhomboïdales extrêmement minces, dont un ou plusieurs angles sont souvent coupés par une échancrure à bords parallèles aux bords correspondants du cristal (voy. fig. 23). Ces derniers cristaux se colorent en rouge sous l'influence de l'acide sulfurique concentré, et en bleu si ayant été préalablement colorés en brun par l'iode ils sont traités par l'acide sulfurique.
La graisse semble toujours se déposer dans le proloplasma des cellules. C'est ainsi que, dans les faisceaux musculaires, le dépôt