SURCHARGE ADIPEUSE
commence autour des noyaux el se continue dans les sillons longitudinaux qui contiennent aussi du protoplasma cellulaire. Dans le cas où il existe de la graisse libre dans les tissus, les cellules ont été détruites. Si cependant l'examen est fait sur des préparations obtenues après dessiccation, on trouve de la graisse libre en assez grande quantité sans que les cellules aient été détruites. Cela tient à ce que la graisse liquide remplit tous les espaces d'où l'eau de composition des tissus a été chassée par évaporation.
La graisse peut se montrer à l'état physiologique et pathologique dans deux catégories de faits. Tantôt elle remplit des éléments sans que ceux-ci aient cessé de vivre : ainsi se produit Vadiposité ou surcharge graisseuse. Tantôt les éléments envahis par la graisse se détruisent : c'est la dégénérescence ou nécrobiose graisseuse. Il est probable que les éléments anatomiques subissent en même temps d'autres modifications de nutrition qui rendent leur vie impossible.
Adiposité et surcharge adipeuse. — Vadi/posité se rencontre à l'état physiologique dans les cellules du tissu cellulo-adipeux; à mesure que l'individu engraisse, de nouvelles cellules connectives se remplissent de graisse.
Les cellules du foie et des capsules surrénales sont souvent aussi, à
ihi, 35' - MvxoHie lipoumlcux. Les cellules de tissu nuiqucux so remplissent de graisse. - a. cellule smfplT rune'^eÎuTe'vec une goultcletle graisseuse; c. cellule co.nplètement remphe d'une grosse goutte de graisse.
l'état physiologique, le siège de granulations ou de gouttelettes graisseuses. Dans le foie en particulier, on les rencontre en plus grande quantité au moment de la digestion.
76 GÉNÉUALITÉS SUR l'HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE.
Chez les femmes qui allaitent, aussi bien que chez toutes les femelles d'animaux pendant la lactation, les cellules hépatiques du centre des îlots sont surchargées de graisse, de telle sorte que le foie paraît être le magasin de graisse destiné à la glande mammaire pour la sécrétion du lait. Les cellules épithéliales des villosités intestinales sont aussi chargées de granulations graisseuses très fines pendant la digestion.
Les cellules des cartilages permanents montrent très souvent, à l'état physiologique, de la graisse accumulée en plus ou moins grande abondance.
La production excessive de la gj'aisse dans le foie^ la polysarcie, la formation de tissu adipeux entre les faisceaux musculaires dans certaines paralysies, ou à la place d'un organe atrophié, sont des exemples de surcharge adipeuse.
La surchage graisseuse du foie des phthisiques nous semble expliquée par la gêne de la circulation pulmonaire et par la diminution des combustions respiratoires.
Dégénérescences graisseuses. — Les dégénérescences graisseuses physiologiques sont nombreuses ; on les rencontre d'abord dans les glandes où la graisse entre comme produit de sécrétion, par exemple dans les glandes sébacées, cérumineuses et mammaires. Dans les glandes, au moins dans les glandes sébacées, la graisse élaborée sous forme de granulations dans l'intérieur des cellules est mise bientôt en liberté par la destruction de ces cellules elles-mêmes. La transformation graisseuse des cellules musculaires hypertrophiées de l'utérus après l'accouchement, celle des cellules du follicule de de Graaf dans les corps jaunes, sont aussi des phénomènes physiologiques.
La sénilité nous présente à considérer des transformations graisseuses très nombreuses. Tels sont les athéromes simples des tuniques interne et moyenne des artères et la dégénérescence graisseuse de quelques faisceaux primitifs des muscles des membres et du cœur ; tel est encore Varcus senilis de la cornée.
Les dégénérescences graisseuses pathologiques s'observent dans les empoisonnements par le phosphore, l'acide arsénieux, les sels d'antimoine, les acides minéraux et les sels de mercure.
Lorsque la circulation sanguine est arrêtée dans une partie limitée d'un organe et que cette partie est frappée de mort, ce qui a lieu
DÉGÉNÉnKSCENCES GRAISSEUSES. 77
dans les infarctus en général et dans le ramollissement cérébral en particulier, les éléments de la région atteinte subissent cette môme dégénérescence.
A la période ultime de toutes les néoplasies inlïammatoires ou autres, lorsque la quantité de sucs nutritifs qui arrivent par la circulation n'est plus suffisante pour la nutrition des éléments cellulaires nouveaux formés en grande abondance, une partie ou la totalité de ceux-ci subit la transformation graisseuse.
Des destructions graisseuses primitives, dont la cause nous échappe, se montrent dans les corpuscules osseux et dans les cellules des cartilages articulaires, dans la carie osseuse et dans les tumeurs blanches.
Si maintenant nous essayons d'expliquer le mode de destruction graisseuse des éléments dans ces différentes conditions, nous trouvons d'abord que la transformation graisseuse peut être consécutive cà la mort des éléments par arrêt de la circulation. Alors la graisse de
lue, 30. — Covpusi lll.r^ os^riux ayant perdu leur noyau et conît-nant des granulations graisseurs
dans un cas de carie.
composition des cellules devient libre et apparaît. Partant de ce fait, nous pouvons nous rendre compte de ce qui advient aux éléments qui ne peuvent plus être soumis aux échanges nutritifs, bien qu'ils séjournent au milieu des tissus vivants, et qu'ils y jouissent des conditions normales d'humidité et de température.
Toutes les maladies infectieuses peuvent être accompagnées de lésions analogues dans les différents viscères.
Pour bien faire ressortir cette pathogénie des dégénérescences graisseuses, n ous avons eu recours à l'expérience suivante que nous avons plusieurs fois répétée : De la moelle de sureau est placée dans le tissu cellulaire ou dans le péritoine d'un animal ; le corps étranger détermine une inflammation suppurative, et des globules de pus pénètrent dans les cellules de la moelle de sureau à travers leurs canaux poreux. Au bout de quelques jours, chez la grenouille, on trouve des
GÉNÉRALITÉS SUR l'hISTOLOGIE PATHOLOGIQUE.
globules de pus dans quatre ou cinq rangées de cellules. Les uns présentent des mouvements amiboïdes etn'ontpasde granulations graisseuses dans leur intérieur; d'autres conservent leur forme sphérique et montrent des granulations graisseuses. Enfin, à côté d'eux, on trouve des amas de granulations graisseuses noyées dans une masse protéique. On voit par là que des globules de pus soustraits aux conditions de leur nutrition normale subissent très rapidement la destruction graisseuse. C'est un processus analogue qui amène la dégénérescence graisseuse des produits inflammatoires et du pus, là surtout où les éléments cellulaires, très nombreux, très pressés, n'ont plus qu'une nutrition insuffisante.
Mais s'il est bien certain que, dans ces faits, la graisse provienne des éléments cellulaires préexistants où elle était masquée pendant leur vie, il n'en est plus de même dans les empoisonnements et dans les maladies infectieuses. Là, en effet, la quantité de gr.iisse est
FiG. 37. - Éléments infiltrés de granulations graisseuses dans un cas de pneumonîe tuuercuîeuse.
parfois considérable, et il nous semble évident qu'il y a un apport de graisse en plus grande quantité qu'à l'état normal, ou une élaboration plus intense de la graisse par les éléments cellulaires eux-mêmes. Certains auteurs, Foerster en particulier, pensent que les substances albuminoïdes peuvent, au sein de l'organisme, donner directement naissance à de la graisse, et vont même jusqu'à dire qu'une granulation protéique peut devenir une granulation graisseuse. Nous ne connaissons aucune observation microscopique qui justifie cette manière de voir.
D'après ce qui précède, on voit que la question des transformations graisseuses est loin d'être résolue définitivement. A propos de chacun des faits, on peut émettre des hypothèses qui, il est vrai, ne s'excluent pas les unes par les autres et qui sont les suivantes :