‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 40 sur 199 · INFLAMMATION EXPÉRIMENTALE DES TISSUS NON VASGULAIRES · texte numérisé non relu

INFLAMMATION EXPÉRIMENTALE DES TISSUS NON VASGULAIRES

Si l'on prend pour sujet d'expériences les cartilages permanents, par exemple les cartilages costaux ou diarthrodiaux, qu'on évide une partie de leur surface, celle-ci sera recouverte au bout d'une huitaine de jours par une couche pulpeuse grisâtre. Si l'on fait une section comprenant à la fois la couche pulpeuse précédemment indiquée et le cartilage qu'elle recouvre, voici ce qu'on observe :

Dans les couches du cartilage les plus éloignées de la plaie, on voit les capsules cartilagineuses contenant des cellules dont les noyaux sont bien visibles quand au lieu d'eau on emploie pour les

ie

FiG. i3. — Section d'un cartilage irrité artilicicllemont — a, capsules et cellules Je la partie profonde du cartilage; 6, les mêmes devenues sphériquos; c, d, les mêmes en voie de division et de prolifération alioulissant à former du tissu embryonnaire e, parcouru par des vaisseaux i, venus des parties voisines. — Grossissement de 250 diamètres.

examiner une solution d'acide picrique (a, fig. 43). A mesure que, de ces couches éloignées, on s'avance vers la solution de continuité, le noyau des cellules devient plus gros, le protoplasma est plus abondant, et les capsules sont plus volumineuses. Bientôt, cette irritation nutritive se transforme en irritation formative, le noyau se divise, il est encore entouré d'une masse unique de proloplasma; celle-ci se divise à son tour pour former à chacun des nouveaux noyaux une masse disLincte. Chaque cellule excrète alors autour

06 DES INFLAMMATIOXS.

d'elle de la siibslance cartilagineuse sous forme de capsule. Jusque-là l'irritation n'a modifié ni la structure du cartilage , jii la propriété que possèdent ses cellules de former autour d'elles de la substance cartilagineuse. Cette zone(c, d, fig. 43), où la prolifération s'observe dans le tissu cartilagineux, est plus ou moins étendue. Plus loin, la surface du cartilage est découpée en festons : chacune de ces dépressions correspond à une capsule cartilagineuse qui s'est ouverte. A côté de celles-ci, on voit des capsules encore closes remplies d'éléments cellulaires devenus embryonnaires, qui ont perdu Ja propriété de former autour d'eux de la substance cartilagineuse.

La surlace grise qui recouvre la solution de continuité d'origine traumaticjue est un tissu embryonnaire (e, fig. 43) ; dans ce tissu se développent des vaisseaux sanguins (i, fig. 43) qui viennent des parties voisines. Le tissu embryonnaire dérive du tissu cartilagineux en même temps que celui-ci est détruit.

Les épilhéliùms constituent aussi des tissus non vasculaires, bien que généralement un revêtement épithélial repose sur une membrane riche en vaisseaux. On trouve dans le grand épiploon une exception à cette règle. Ce grand repli du péritoine forme un sac dont les parois ne sont pas constituées par une membrane fibreuse continue, mais par une sorte de filet à mailles inégales et à travées fibreuses d'épaisseur très différente.

Les plus épaisses seulement contiennent des cellules adipeuses et des vaisseaux.

Les plus minces n'ont pas de vaisseaux et représentent un seul faisceau de tissu conjonctif ou deux de ces faisceaux intimement unis. Toutes ces travées sont recouvertes d'une simple couche de larges cellules épithéliales. La iorme et la constitution de ces cellules ne peuvent être appréciées que par l'imprégnation d'argent.

Le dépôt d'argent se produit entre les cellules et décèle leurs contours. Elles apparaissent alors comme des plaques qui se moulent exactement sur la surface des travées fibreuses, et dans lesquelles on distingue un noyau snr les préparations qui ont été ensuite colorées par le picro-carminate d'ammoniaque.

Cette disposition du grand épiploon n'existe que chez les mammifères adultes; chez les nouveau-nés il est formé d'une membrane continue. C'est donc sur des adultes qu'il faut expérimenter, si l'on veut étudier les altérations qui surviennent dans l'endothélium des travées épiploïques sous rinfluence de l'irritalion. On détermine

INFLAMMATION EXPÉRIMENTALE UU GRAND l':i>IPLOON.

celle-ci en injectant dans le péritoine ([uelciucs gouttes d'une solution de nitrate d'argent au centième, ou de teinture d'iode.

FiG. 44. — Grand épiploon du rat imprcg'nô par le nitrate d'arçent, à l'état normal.

Yingt-quatre heures après l'opération, le liquide péritonéal est trouble et contient des éléments cellulaires. Les uns sont semblables aux corpuscules du pus, d'autres sont plus volumineux et possèdent un ou plusieurs noyaux ovalaires à contour net; entre ces deux espèces de cellules on observe également des intermédiaires.

FiG. 45. — Grand épiploon du rai, enflammé artificiellement et traité par le nitrate d'argent. — a, cellule épithéliale en prolifération ; 6, globule de pus; g, g, cellules épithélialos devenues globuleuses et saillanies, se détachant des travéïis fibreuses t; f, cellule épitliéliale tnméfiée, mais encore adhérente aux travées. — Grossissement de 250 diamètres.

Sur les travées du grand épiploon, il n'y a plus alors de plaques endothéliales, ce dont nous nous sommes assurés en employant, comme plus haut, l'imprégnation d'argent. On trouve sur les travées ou entre elles de grandes cellules globuleuses contenant un ou plusieurs noyaux (fig. 45 et 46).

CORNIL ET RANVIER. I. — 7

On observe dans ces cellules tous les phénomènes de la multiplication des éléments cellulaires. Cette multiplication est très active et

FiG. 46. — Grand épiploon du rat, enflammé artificiellement et traité par le nitrate d'argent. Les cellules endothcliales en voie de prolifération se détachent des travées. Des globules de pus sont englobés par de la fibrine et sont reliés aux travées fibreuses.

les cellules hyperlrophiées font saillie sur les travées où elles sont adhérentes, tantôt par une large surlace, tantôt seulement par un point. Elles se détachent et peuvent continuer de vivre et de végéter, bien qu'elles soient isolées dans le péritoine. Elles ne présentent pas de membrane et sont constituées par un protoplasma mou, granuleux, susceptible de prendre les formes les plus variées et de donner naissance à des prolongements amiboïdes. Autour d'elles, la substance fibrinogène exsudée des vaisseaux donne naissance à des filaments de fibrine qui entourent les éléments cellulaires nouveaux et peuvent, en les fixant, les maintenir encore un certain temps attachés aux travées. Les globules de pus sont le dernier aboutissant de cette néoformation.

Au bout de cinq ou six jours, on trouve encore des îlots de cellules de pus ou des cellules en prolifération, mais la majorité des cellules volumineuses et turgides se réappliquent conire la paroi des travées épiploïques en montrant encore des ventres saillants; elles reviennent sur elles-mêmes, s'aplatissent contre cette paroi, présentent un protoplasma moins granuleux et reviennent à leur type primitif (a, 6, fig. 47). A ce moment, on trouve dans la cavité péritonéale des éléments granuleux, en dégénérescence graisseuse, car ces éléments, libres en grand nombre dans la cavité péritonéale, ne sont pas placés dans des conditions favorables pour leur nutrition. Nous avons vu les mêmes phénomènes se produire dans les globules de pus qui pénètrent dans la moelle de sureau placée dans une cavité séreuse. Le long des vaisseaux des travées vasculaires il existe aussi des cel-

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