IRRITATION EXPÉRIMENTALE DES TISSUS YASCULAIRES
Prenons pour exemple le tissu osseux, parce que les phénomènes qui s'y passent sont très faciles à observer. Là, en effet, les travées osseuses limitent des espaces dans lesquels la moelle, tissu vasculaire et actif par excellence, est le siège de presque toutesJes modifications nutritives et formatrices; chaque espace médullaire les montre à l'état d'isolement.
Qu'on perce un os, qu'on y introduise un fil, chez un lapin ou tout autre petit mammifère, une inflammation beaucoup plus rapide que lorsqu'il s'agissait du cartilage se développe, et au bout de deux ou trois jours on peut déjà l'étudier. Pour cela il faut placer une petite portion de l'os irrité dans une solution d'acide chromique à j-^, ou dans une solution concentrée d'acide picrique, et, lorsqu'il est ramolli, on en fait des sections minces qui permettent d'étudier les modifications qu'il a subies.
Supposons un os court ou l'extrémité d'un os long.
Dans le cas d'irritation artificielle que nous étudions en ce moment, il y a d'abord une formation de tissu embryonnaire aux dépens des cellules médullaires sous-périostiques et aux dépens de celles qui sont contenues dans les espaces médullaires. Ces cellules médullaires à l'état normal ne sont pas enchâssées dans une substance fondamentale solide et peuvent être facilement isolées. Les unes sont petites, cellules médullaires proprement dites (médullocelles) ; les autres sont grandes, à un ou plusieurs noyaux ovoïdes, cellules mères (myéloplaxes). Il existe en outre de grandes cellules adipeuses et des cellules fusiformesoustellaires. C'est aux dépens de ces diverses cellules que naissent les cellules embryonnaires nouvelles.
Dans les vésicules adipeuses de la moelle irritée, le noyau s'hypertrophie, puis se divise; le protoplasma, devenu plus abondant, entoure chaque noyau; en même temps, la graisse disparaît, et elle est remplacée par un liquide albumineux. Les éléments nouveaux, en se multipliant, finissent par remplir complètement la vésicule adipeuse.
dont la membrane se détruit ou se rompt, et les cellules embryonnaires deviennent libres.
Les cellules médullaires reprennent les caractères des cellules embryonnaires dont elles sont si voisines.
FiG. 48. — Cellules médullaires et vésicules adipeuses irritées. — a, vésicule adipeuse dont le noyau s'est hypertrophié et paraît entouré d'une couche épaisse de protoplasma ; b, vésicule adipeuse dont la ffraisse a été résorbée. — Grossissement de 400 diamètres.
Les cellules à noyaux multiples, de plates et comme desséchées qu'elles étaient, deviennent turgides; leurs noyaux se multiplient par division; le corps de la cellule donne naissance à des bourgeons qui se séparent, de manière à constituer des cellules embryonnaires libres (voy. fig. 4, h).
Si Tirritation se continue, les lamelles osseuses voisines du tissu médullaire se résorbent, et chaque cellule osseuse (les corpuscules osseux contiennent tous des cellules) tombe dans les cavités médullaires. Il en résulte que les cavités médullaires s'agrandissent, sont remplies de cellules embryonnaires, et que les travées osseuses sont en voie de résorption (voy. iig. 49). Le mécanisme intime de ce phénomène sera étudié en détail à propos du tissu osseux.
Les vaisseaux capillaires subissent pendant ce temps des modifications très importantes; les cellules qui les constituent se gonflent, leurs noyaux deviennent beaucoup plus apparents, de telle sorte que, sur des sections transversales, on voit que les cellules endothéliales sont turgides et très apparentes. Ces cellules font ainsi saillie à l'intérieur du vaisseau et doivent gêner la circulation (voy. tig. 50, v).
Dans le tissu cellulaire sous-cutané il se passe des phénomènes analogues sous l'influence de l'irritation artificielle. Ce tissu contient des cellules aplaties placées entre des faisceaux de fibres connectives et des vésicules adipeuses. Les cellules connectives